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Seydi Gassama

Le bureau régional d’Amnesty international, Amnesty international Sénégal et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains ont lancé hier la campagne «Osons le courage». Elle vise à mettre en place un filet de protection des défenseurs des droits humains et s’étend sur 2 ans. Aussi, elle appelle les Etats de la région à reconnaître la légitimité de ces personnes.

Amnesty international a lancé hier une nouvelle campagne mondiale baptisée «Osons le courage» pour mettre fin aux attaques dont sont victimes les hommes et les femmes qui défendent les droits hu­mains. Cette campagne est lancée au Sénégal pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre en même temps que dans le reste du monde. «Nous avons connu beaucoup de journalistes qui ont perdu la vie en 2016, plus de 150 défenseurs des droits humains, y compris des journalistes qui ont été tués. Un nombre sans cesse croissant», révèle Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty international. Il y voit une main de l’Etat. «Très souvent, ces meurtres sont faits par les agents de l’Etat. Le discours de diabolisation et de dénigrement, le discours d’hostilité des hommes politiques envers les défenseurs des droits humains constituent une incitation à leurs militants. Une incitation de toutes les personnes qui pensent qu’en les attaquant, on attaque en même temps leurs intérêts. Ce qui constitue une incitation de toutes ces personnes de s’attaquer aux défenseurs», dénonce M. Gassama. Abondant dans le même sens, Me Diène Ndiaye, président d’Amnesty international Séné­gal, estime que même là où «les Etats ne tuent pas, les défenseurs doivent faire face à des campagnes de dénigrement, de diabolisation, et d’intimidation avec les surveillances d’une communication téléphonique et électronique». «Des restrictions étatiques de l’accès au financement des organisations de défense des droits humains pour financer leur travail ont été utilisées par beaucoup d’Etats pour réduire au silence les défenseurs des droits humains», dénonce M. Ndiaye. Et les chiffres font froid dans le dos : Au moins, 87 défenseurs des droits humains et 48 journalistes ont été arrêtés arbitrairement en Afrique de l’Ouest depuis 2014. Tous les 5 jours, rapporte Amnesty international, un manifestant est tué pendant un rassemblement.
Par conséquent, Amnesty inter­national exige des Etats du monde un respect des engagements pris lors de l’adoption en 1998 par l’Assemblée générale des Nations unies, par consensus et à l’unanimité, de la déclaration sur les défenseurs des droits humains. Cette déclaration, note-t-on, appelle les Etats à reconnaître le rôle fondamental et la contribution essentielle des hommes et des femmes qui défendent les droits humains et à prendre des mesures efficaces pour les protéger. Pour assurer cette protection d’ici fin 2018, Seydi Gassama et Cie appellent les Etats dont le Sénégal à adopter des lois qui reconnaissent l’importance du travail des défenseurs des droits humains et les protègent contre la violence et toutes formes de persécution. Outre l’adoption des lois, ils demandent aux plus hautes des autorités étatiques de reconnaître publiquement le rôle irremplaçable des défenseurs dans la promotion et la protection des droits de tous. «Dans les prochaines semaines, notre coalition soumettra aux autorités gouvernementales un avant-projet de loi, de protection des droits humains qui, nous n’en doutons pas, recevra le soutien attendu», informe Diène Ndiaye, au nom de la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains.

Situation des défenseurs des droits de l’Homme dans la région
Dans un rapport intitulé Etouffées et publié hier, il est écrit que depuis janvier 2014, Amnesty a dénombré 271 manifestants tués, soit un tous les 5 jours et des milliers de blessés lors des rassemblements. Depuis 2014, Amnesty a enregistré 87 arrestations arbitraires en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. En Mauritanie rien qu’en 2016, 13 militants anti-esclavagistes ont été traduits en justice et condamnés à des peines allant de trois à 15 ans. Au Tchad, 4 militants de la démocratie ont été arrêtés. Quid du Sénégal ? Selon François Patuel, chercheur d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest, le fait que certains Etats comme le Sénégal maintiennent les dispositions liberticides dans le Code pénal comme, l’insulte, l’injure ou outrage au chef de l’Etat, «beaucoup de manifestations des défenseurs des droits humains ou de partis politiques sont interdites. C’est quelque chose qui est vraiment préoccupant», fait-il savoir. «Nous avons beaucoup de préoccupations au Sénégal. Prenons l’exemple de Alioune Tine qui a été malmené et depuis lors rien n’est fait. A cela s’ajoutent le cas de Birahim Seck, le fait que le Code de la presse n’ait pas été adopté…», ajoute-t-il.
Stagiaire

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