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Dans une adaptation très libre de la pièce de Jules Romains «Knock», l’acteur chouchou des Français joue le premier rôle sans que sa couleur de peau n’ait d’incidence sur le scénario.

C’est à notre connaissance une révolution dans le paysage cinématographique français. Pour une fois, un acteur noir tient le premier rôle dans une adaptation d’une grande pièce du répertoire théâtral : Knock ou le Triomphe de la médecine, écrit par Jules Romains en 1923. Encore plus fort, à part quelques allusions en début de film, sa couleur n’est pas le sujet du film. Certes cette nouvelle production est très éloignée de l’œuvre originale. Dans la pièce de départ, un médecin ambitieux, fraîchement débarqué dans un petit canton, réussit à mettre au pas les villageois en les convainquant qu’«un homme bien portant est un malade qui s’ignore».
Le texte avait déjà été immortalisé au cinéma en 1951 par le blafard et très inquiétant Louis Jouvet dans le rôle-titre. Il s’agissait d’un film sombre, grinçant. Celui réalisé par Lorraine Lévy, lui, tire vers la comédie populaire et modifie sensiblement l’intrigue. Le long métrage se situe dans les années 1950, explique le passé criminel du docteur, lui invente une amourette, une rivalité avec un curé, et se termine – sans en dire plus – sur une note optimiste. Pourtant, l’essentiel est respecté. Les dialogues, dans une langue riche et ironique, reprennent les formules iconiques de la pièce (le célèbre Ça vous gratouille ou ça vous chatouille ?). Et le docteur, jouant sur les peurs et la prétention de sa clientèle, finit par gouverner son petit Peuple de faux malades.

Une évolution dans le cinéma français
Réalisé sans grande originalité, mais bien interprété par une pléiade d’acteurs solides (Christian Hecq, de la Comédie française, Alex Lutz, Sabine Azéma…), le long métrage a donc surtout le mérite de bousculer un peu le casting en faisant appel à Omar Sy pour jouer Knock. Il y a certes eu quelques précédents d’adaptations colorées dans les salles obscures. On se souvient de l’apparition de Denzel Washington dans le Beaucoup de bruit pour rien, réalisé par Kenneth Branagh. Egalement de celle de l’Africain-Américain Ha­rold Perinneau jouant dans Romeo et Juliette de Baz Luhrmann. Mais il ne s’agissait pas de rôles de premier plan. Et les productions étaient américaines (ou anglo-américaines), plus attentives à la représentation des minorités.
De plus, à part une poignée de répliques très allusives («Ce docteur a quelque chose de différent, mais quoi ?»), sa couleur de peau n’interfère en rien dans le déroulement de l’intrigue. Un parti pris que la réalisatrice confie avoir eu du mal à imposer : «Un film en costumes, à partir d’un grand texte de notre patrimoine littéraire, est-ce que ça va intéresser le public ? Avec Omar Sy, oui, formidable, mais sans traiter de sa négritude, ouh là là attention, danger… Surtout dans un rôle du répertoire, donc de Blanc.» Or Knock n’est pas devenue subitement une pièce sur le racisme ou les discriminations. Des esprits chagrins regretteront sans doute l’anachronisme. Oui bien sûr, il devait y avoir peu de médecins noirs dans les campagnes à l’époque. Mais on oublie rapidement ce décalage historique face à la prestation de Omar Sy. Comme à son habitude, spontané, solaire et généreux, l’acteur propose une lecture totalement singulière du personnage qui appuie la vision de la réalisatrice.
Il y a trois ans, dans un entretien accordé lors de la sortie du film Samba, Omar Sy nous expliquait : «Je ne suis pas un acteur noir, je suis un acteur», mais il interprétait alors un immigré sans papiers. La transformation est désormais achevée.
Jeuneafrique.ccom

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