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L’heure a sonné pour que les artistes de la banlieue sortent de la galère, selon le chanteur El Hadji Faye qui pense que le meilleur moyen d’y parvenir est de s’organiser. C’est la raison pour laquelle il a porté sur les fonts baptismaux «Art sunuw tiiss».

L’un des doyens de la musique sénégalaise qui a débuté sa carrière en 1973, en cheminant avec Youssou Ndour à l’Etoile de Dakar, a mis en place une association dénommée «Art sunuw tiiss» qui regroupe l’ensemble des artistes de la banlieue. Cette nouvelle structure vise, selon lui, «à régler les difficultés auxquelles font face les artistes». Lors d’une rencontre de cette nouvelle structure, El Hadji Faye a expliqué les raisons qui ont conduit à sa mise en place. «Si on y prend garde, les artistes vont continuer à nager dans une mer de difficultés. Si on se n’organise pas, on risque de ne pas sortir de l’ornière. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place cette association pour changer la donne», explique l’artiste. «Normale­ment, les artistes devraient avoir un syndicat. On nous reproche de ne pas être solidaires. Nous ne bénéficions pas de subventions des mairies. Nous ne sentons pas le soutien du ministre de la Culture», s’indigne-t-il. D’ailleurs, El Hadji Faye dit ne même pas connaître le visage de son ministre de tutelle. «Je ne sais pas comment s’appelle notre ministre de la Culture. Je ne connais même pas son nom. Nous ne sentons pas le ministère à nos côtés», déplore l’un des doyens de la musique sénégalaise. Une grande mobilisation avec les artistes est prévue, selon lui, pour les conscientiser sur l’importance de cette association et aussi de s’organiser.

Regard critique sur la musique d’aujourd’hui
Aujourd’hui, après une longue et riche carrière, l’ancien chanteur de l‘Etoile de Dakar soutient que «la production ne fait plus gagner de l’argent à cause de la piraterie». Mais El Hadji Faye estime que la prolifération des chanteurs sans talent est favorisée par la multiplication des supports de communication. «Du temps où il n’y avait que la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts), certains musiciens étaient censurés parce qu’on les auditionnait. Et ce n’est plus cas», s’indigne-t-il. Poursuivant sa diatribe, il met au banc des accusés les animateurs. «Il y a plus d’animateurs de cérémonie familiale que de radios sur la bande Fm. Certains d’entre eux ont transposé dans les médias ce qu’ils avaient l’habitude de faire à travers les cérémonies familiales. La musique s’est gâtée à partir du moment où les orchestres sont sollicités pour assurer l’animation des baptêmes et les mariages», accuse celui qui en tire comme conséquence la chute du mythe des artistes. «Autrefois, il suffisait que tu sois musicien pour être idolâtré. Tu ameutais les foules. Ce n’est plus le cas, le musicien passe inaperçu et la musique est devenue un mouchoir à jeter. Il n’y a plus de thème, on ne fait plus le travail comme il le faut. Il y a trop de cacophonie dans la musique», souligne-t-il. Malgré tout, El Hadji Faye reconnaît qu’il existe des jeunes talentueux. «Tout n’est pas mauvais, il y a de jeunes talents qui émergent. Ils sont dans la bonne voie», se contente-t-il de dire. Entre­tenant toujours une relation avec Youssou Ndour, il dit être dans les dispositions de faire un duo avec le leader du Super Etoile.
L’artiste a profité de l’occasion pour déverser sa bile sur la société des droits d’auteur. Si cela ne dépendait que de lui, souligne-t-il, le Bureau sénégalais des droits d’auteur (Bsda) n’allait pas être dissout pour être remplacé par la Société de gestion des droits d’auteur et droits voisins (Sodav). «On avait promis de nous payer en décembre, on est en janvier sans rien recevoir. On oppose l’argument selon lequel les radios ne se sont pas acquittées de leur droit pour se justifier. C’est dur pour un artiste de vivre dans cette situation. Du temps de la Bsda, les artistes étaient payés tous les six mois», souligne-t-il.
ambodji@lequotidien.sn

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