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Attrait hier devant le juge des flagrants délits du Tribunal de grande instance de Dakar pour viol et pédophilie, le prévenu Modou Sylla a été libéré par le juge. Comme le Parquet, il n’a pas été convaincu par les éléments apportés pour rentrer en voie de condamnation.

Les maîtres coraniques sont nombreux aujourd’hui à être dans les liens de la détention pour viol sur leurs talibés. Les histoires sont rocambolesques, les unes plus que les autres. Dans la grande majorité, c’est la peine maximale, c’est-à-dire 10 ans de prison ferme, qui est retenue à l’encontre de ces enseignants. Mais Modou Sylla alias Oustaz Sylla, lui, a échappé à une condamnation pour des faits de viol et de pédophilie sur son élève. Le juge des flagrants délits du Tribunal de grande instance de Dakar l‘a renvoyé des fins de la poursuite. Faute d’éléments probants dans cette affaire qui s’est produite au daara Sokhna Nafissatou sis au quartier Castor de Dakar, le Tribunal a arrêté les poursuites contre le prévenu.
A.S, née en 2004 à New York aux Etats-Unis, n’a pas eu peur pour s’exprimer dans une salle bondée de monde. Avant le démarrage de l’interrogatoire, son oncle, civilement responsable en l’absence de ses parents vivant au pays de l’Oncle Sam, chuchotait à l’oreille de la supposée victime quelques mots. Dans sa robe de couleur meuve, assortie d’un voile noir, elle a répondu avec assurance aux différentes questions. Dans son récit, elle a fait comprendre que Oustaz Sylla avait introduit son doigt dans son sexe. Selon elle, c’est lorsque une des femmes responsables du daara l‘a envoyée à la cuisine que M. Sylla l‘a entraînée de force dans sa chambre située à côté. Et c’est après lui avoir ôté son slip, dit-elle, que le prévenu a procédé aux attouchements sexuels sur elle.
A la question du président de séance de savoir si elle a ressenti des douleurs après le geste, elle a répondu par l’affirmative. Mais elle a affirmé n’avoir pas eu à saigner ce jour-là. Le prévenu, dans sa version des faits, a balayé d’un revers de la main les accusations de la fille. Contrairement aux dires de celle-ci, Oustaz Sylla dit n’avoir jamais dispensé de cours à A.S. Et la dame qui aurait envoyé la fille, dans son témoignage, a réfuté cette déclaration de la petite. L’oncle de A.S, pour sa part, a rappelé que l’examen clinique parle de perte récente de l’hymen. «Nous n’avons aucun élément objectif qui prouve que Modou Sylla est bien l’auteur. Aucun élément ne montre aussi qu’il n’est pas responsable des faits qui lui sont reprochés. Seul Dieu sait», reconnaît d’emblée le procureur dans son réquisitoire. Et de poursuivre : «Je suis envahi par le doute à l’absence d’éléments objectifs. Face à un tel dilemme, je vous demande de renvoyer le prévenu des fins de la poursuite.» L’avocat de la partie civile a accablé le prévenu, mais aussi les témoins. Et il a sollicité que le Tribunal réserve les dommages et intérêts de sa cliente. Pour la défense, c’est en voulant rejoindre ses parents aux Usa que A.S a porté ces accusations contre son client. Il a demandé le renvoi des fins de la poursuite de Modou Sylla. Cette demande a été accordée par le Tribunal après que le maître coranique a goûté à la prison. Mais il sortira sans doute de cette épreuve avec beaucoup d’enseignements.

msakine@lequotidien.sn

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