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Ils sont 24 maraîchers à voir leurs activités agricoles suspendues. Poursuivis pour dégradation des biens publics, élimination non conforme d’eaux usées, ils encourent chacun 2 mois de prison et une amende de 200 mille francs à payer. Le Tribunal se prononcera le 7 janvier prochain.

«Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage.» C’est le sentiment des avocats des maraîchers qui estiment que l’Etat veut déguerpir les maraîchers des terres qu’ils sont en train d’exploiter à la Patte d’Oie et aux Almadies sous prétexte qu’ils utilisent de l’eau usée, impropre à la consommation pour arroser leurs plants. «Ce dossier n’a pas tout dit», a relevé Me Tall selon qui «il y a un complot ourdi qui vient de la spéculation foncière». De l’avis de l’avocat, «ce qui est visé, ce ne sont pas les cultures et les produits, mais les terres». C’est aussi la conviction de Me Assane Dioma Ndiaye. «Ce dossier intervient dans un contexte de suspicion et de déguerpissement pour la spoliation foncière», relève Me Ndiaye. Le président de la Ligue sénégalaise des droits humains ne s’explique pas que les maraîchers, accompagnés par la Fao dans leur projet, fassent aujourd’hui l’objet d’une diabolisation. «On comprend la diabolisation des personnes qui sont mues par des intérêts personnels au détriment de la santé des populations», dit-il pour essayer de sortir Ibrahima Mbengue et 23 autres personnes, poursuivis pour dégradation des biens publics, élimination non conforme d’eaux usées, d’affaire. Tout est parti de la descente effectuée par les agents du Service d’hygiène le 18 décembre dernier dans les champs de la Patte d’Oie. Selon le procès-verbal d’enquête, ils ont constaté que plusieurs maraîchers utilisaient des matières liquides pour arroser leurs jardins. C’est ainsi qu’ils ont procédé à leur interpellation. Mais parmi les interpellés, certains ont été relaxés. Les autres, au nombre de 24 maraîchers, au­raient reconnu avoir utilisé de l’eau usée pour arroser leurs légumes. C’est sur ces entrefaites qu’ils ont été placés sous mandat de dépôt pour les délits sus indiqués.
Devant la barre, les prévenus se sont tous inscrits en faux contre de telles accusations. Ils ont soutenu pour la majeure partie avoir signé un contrat avec l’Onas pour l’exploitation de l’eau usée qu’elle traite. Quant à d’autres, ils ont laissé entendre que leurs parcelles ne se trouvent pas près des installations de l’Onas. Ces dénégations n’ont pas emporté la conviction de l’agent judiciaire de l’Etat et le Parquet.

L’Etat réclame 500 millions aux maraîchers
Selon l’Aje, leur culpabilité est réelle en invoquant l’article 65 du Code de procédure pénale. Selon toujours lui, les procès-verbaux dressés par les agents du Service d’hygiène valent jusqu’à prescription de faux et que les avocats de la défense ne viennent pas soutenir le contraire, car les agents ont constaté que des personnes exploitent des champs dans les zones de la Patte d’Oie et des Almadies en utilisant de l’eau usée, impropre à la consommation. «On ne peut pas contester les constations matérielles des agents du Service d’hygiène. Il y a une procédure pour le faire», dit-il. Le conseil de l’Etat pense qu’on veut sacrifier les populations sur l’autel des intérêts personnels. «On empoisonne des Sénégalais en utilisant de l’eau impropre pour arroser des légumes. C’est pourquoi on voit aujourd’hui des jeunes âgés de 25 ans mourir de crise cardiaque. Il est temps d’y mettre un terme», a-t-il martelé. Avant de demander en guise de réparation la somme de 500 millions de francs.
Le Parquet l’appuie en estimant que ces pratiques expliquent le retour de certaines maladies comme la typhoïde dans le pays. Comme ils ont été déjà mis en demeure, le ministère public a demandé qu’ils soient condamnés à 2 mois ferme et à payer chacun une amende de 200 mille francs. Me Assane Dioma Ndiaye réplique : «Ce sont les maraîchers qui ont dénoncé l’eau usée qui vient des égouts et qui impactent leurs cultures. L’eau qu’ils utilisent est traitée par l’Onas, informe l’avocat qui se demande : Pourquoi on veut imputer le crime à nos clients qui n’ont que ces terres pour vivre ?» Me Tall pense que c’est à l’Onas de répondre de ces accusations. La défense a plaidé la relaxe pure et simple des maraîchers qui seront édifiés sur leur sort le 7 janvier prochain.
justin@lequotidien.sn

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