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Pr Mame Thierno Dieng, ministre de l’Environnement et du développement durable, est venu et a vu la situation du parc Niokolo Koba. Dans cet entretien, il parle de la situation de l’environnement, de la gestion de ce département stratégique.

Dans quel cadre s’inscrit la visite que vous venez d’effectuer au Parc national Niokolo Koba ?
Vous comprendrez qu’un problème avant de le dresser, il faut d’abord le poser. Je suis dans cette dynamique d’identification des problèmes pour faire l’état des lieux de toutes les structures ou ressources relevant de mon domaine de compétence. Incontesta­ble­ment, un des symboles de l’environnement au Sénégal et à travers le monde est le parc dans lequel nous sommes aujourd’hui et qui m’a accueilli dans le cadre de cette visite. Elle rentre en droite ligne de l’exécution de la politique publique que le président de la République m’a confiée dans le domaine de l’environnement. Je suis venu donc, pour faire l’état des lieux dans le Parc national Niokolo Koba. C’est un espace naturel devenu un patrimoine mondial de l’Unesco, classé en péril. C’est pourquoi, je suis venu pour voir quel est l’état de la ressource, les efforts qui sont entrepris pour la préserver, dans quelles conditions travaillent nos hommes, leurs difficultés et leurs préoccupations entre autres. Ce sont ces éléments qui ont motivé mon déplacement en compagnie de mon staff.
Quels enseignements tirez-vous de votre visite ?
Le premier enseignement que j’en tire, c’est d’abord l’importance et l’étendue du parc, mais aussi la diversité de la ressource. Pour caricaturer, le parc fait une fois et demie la région de Thiès. Il fait 913 000 hectares sur 100 km de long et 40 km de large du point de vue de l’étendue. Il est frontalier au Mali et à la Guinée Conakry et même on peut le dire à la Gambie. La première impression, c’est donc l’importance du parc par rapport à sa superficie. Sa superficie étant le contenant. Par rapport au contenu maintenant, c’est encore plus important. Parce que si on parle de biodiversité, c’est dans ce parc que cette notion est le mieux illustrée. En effet, vous avez ici plus 300 espèces d’oiseaux différents, plus de 180 espèces d’animaux et la population est presque innombrable. C’est-à-dire qu’aujourd’hui on est en train de travailler pour établir la démographie de ces animaux. Cela va prendre 10 jours avec les moyens les plus sophistiqués. A terme, on saura le nombre d’animaux que compte le Parc national Niokolo Koba.
Il y a une flore diverse, dense et très riche aussi. Il existe encore ici des arbres qui ont presque disparu du territoire national. J’ai posé la question au conservateur à savoir : est-ce que parmi ces arbres il y a des espèces fruitières ? Il m’a répondu par l’affirmative. On y trouve du maada, du ditaax, du bouye entre autres. Toutes choses, qui inondent les marchés de la capitale. Du point de vue de la flore, c’est cette richesse qu’on retrouve ici. C’est un parc dans lequel les animaux vivent en autarcie parce que tout ce dont ils sont besoin en termes de nourriture, de disponibilité hydrique est dans le parc. Nous avons vu les lacs qui sont à l’intérieur du parc qui est traversé par le fleuve Gambie sur 200 km. Tout cela, crée un écosystème équilibré. Dans ce milieu évoluent en parfaite symbiose les animaux, la flore et dans un sol extrêmement riche en termes d’éléments nutritifs. C’est pourquoi, à l’échelle mondiale, après que le Sénégal a compris l’importance du parc, le monde a compris à son tour son importance. Il n’est plus un patrimoine sénégalais seulement, mais un patrimoine mondial inscrit dans les patrimoines classés et répertoriés par l’Unesco.
On a constaté que certaines mares sont en train de tarir. Est-ce que cela ne va pas entrainer la migration des animaux ?
C’est une situation qu’on déplore. Mais, elle n’est pas de notre volonté. On a évoqué la question lors de la visite guidée. Je disais à cet effet, que parmi les conséquences du réchauffement climatique, il y a la remontée du niveau des eaux salées qui l’érosion côtière et la raréfaction des eaux douces. Un des facteurs d’assèchement précoce de ces mares me semble être le réchauffement climatique qui n’épargne pas le Sénégal, car c’est un phénomène mondial. Cependant, à l’échelle du parc, la première conséquence visible de ce réchauffement climatique est, entre autres, cet assèchement précoce des eaux.
Est-ce qu’il ne faudrait pas penser à la réalimentation de ces sites par un système artificiel ?
Il faut dire que pour la réalimentation, on en a parlé également lors de la visite. C’est vrai qu’il y a des animaux qui sont attirés par l’eau. On peut penser effectivement que ces espèces soient menacées dès lors que les niveaux d’eau qui les attire s’assèchent. Par rapport à la solution, c’est comme dit en médecine, on ne traite pas une maladie en agissant seulement sur ses symptômes. C’est le même cas ici aussi. Il ne faudra pas agir seulement sur l’effet. Je veux dire par là agir sur la cause. Mais, à condition que cette cause soit maîtrisable au préalable. Parmi l’un des moyens physiques, c’est probablement, le désensablement des zones. Il va falloir les décaper. A cet effet, le technicien a laissé entendre qu’il faut mesurer l’épaisseur de la zone à décaper pour ne pas le faire en excès et enlever la couche imperméable qui retient l’eau. Il y a ce décapage nécessaire. Ensuite, on pourrait envisager des possibilités de drainer l’eau d’une source comme le fleuve Gambie qui n’est pas loin pour alimenter les lieux. Ce qui est rassurant, c’est que dès l’installation de l’hivernage, les eaux retrouvent leur niveau. C’est vrai que les mares s’assèchent précocement, mais cela n’a pas encore atteint un niveau d’irréversibilité.
Les conditions d’exercice et de vie des agents des parcs ne sont pas des meilleures. Qu’est-ce qu’on peut attendre de vous ?
Ce qu’il faut dire, c’est que le contraste est frappant entre l’étendue, la richesse de ce qu’il faut défendre et les moyens mis en œuvre pour le défendre. Il faut reconnaître effectivement que les agents qui sont ici n’ont que leur détermination, patriotisme et le sens du devoir qui les conduisent parfois jusqu’au sacrifice. C’est ce qui explique les résultats qu’ils obtiennent. Je dis ça parce qu’il est incontestable qu’en nombre ils sont en sous-effectif. Il est incontestable aussi qu’ils sont sous équipés. La motivation de ces agents aurait pu être également meilleure. Heureusement, qu’on a en face de nous un leader aussi clairvoyant et animé d’un sens très élevé de la responsabilité en la personne du président de la République Macky Sall. Il est très sensible à ces problèmes. Je suis certain qu’en lui rendant compte fidèlement de ces problèmes, il ne manquera pas d’apporter les solutions attendues. En termes d’augmentation du nombre d’effectif. D’ailleurs, je précise qu’exceptionnellement cette année, on a recruté 200 agents. En plus de mettre en place un programme d’équipement très ambitieux. On va aller dans le sens également des les motiver mieux. Ce sont des gens qu’on pourrait considérer exactement comme des militaires en zone d’opération. Ils sont exposés tous les jours à des risques. Il ne faut pas cacher les choses. Le parc est agressé par des braconniers qui sont armés et organisés. Tout de suite on a visité la statue d’un agent de parc décédé en 1984. Il a été abattu par ces derniers. C’est dire donc, que ce sont des gens qui sont dans des conditions d’isolement d’abord, d’absence de confort et prenant des risques pour leur vie.
Ils devraient pouvoir bénéficier de tous les avantages dont bénéficient les militaires qui sont en zone d’opération, ce d’autant qu’ils sont des paramilitaires. J’ai constaté effectivement le contraste qu’il y a entre ce qu’il faut défendre et les moyens avec lesquels on doit le défendre. Je peux affirmer sans risques de me tromper que le parc tient à cœur le président de la République, Macky Sall, de même que les autres questions qui assaillent la République. Il ne ménagera aucun effort pour améliorer les conditions de ces derniers. C’est rassurant. C’est pourquoi, je me suis donné les moyens de venir pour rester le temps qu’il faut. Non pas pour voir ce qui marche, mais voir les problèmes les plus aigus afin d’y apporter les solutions appropriées.
Vous avez émis des idées pour la rentabilité du parc. En quoi consistent-elles ?
Il faut faire preuve de réalisme. On a un potentiel touristique extraordinaire qui est inépuisable. Mais si on ne prend pas les précautions, les mesures d’accompagnement qu’il faut, ça risque de ne pas nous profiter comme il se devrait. La première chose à faire à mon sens, c’est d’ériger une structure d’accueil et d’hébergement digne de la richesse qu’on défend. Et que ces ressources n’agressent pas l’environnement. Qu’on le fasse en conformité avec l’environnement et les réalités socioculturelles du terroir. C’est la première chose à faire. La seconde chose est de ramener la sécurité. Tertio, il faut des moyens de communication efficaces afin que les gens n’aient pas l’impression d’être coupés du monde dès qu’ils sont dans le parc. Il faut à cet effet, rétablir les circuits téléphoniques performants et continus et un accès à internet permanent.
Je donne un exemple. Aujourd’hui, vous avez une urgence à gérer ou bien un de vos agents se perd dans le parc et qu’on n’a aucun moyen d’alerte. Comment on peut le secourir ? C’est donc des enjeux de sécurité et de confort qu’il faut d’abord régler. Une fois que ces conditions sont réglées, on fait une facturation des coûts réels des prestations qu’on a faites. C’est dérisoire de demander à quelqu’un 5000 F Cfa pour disposer d’un tour journalier dans le parc, avec tout ce que cela recèle comme potentialités. Il y a des structures qui doivent être facturées en annexe comme le pont suspendu que je viens de voir. Dans tout le monde, le seul endroit où on peut trouver un site pareil c’est à Capillano à Vancouver au Canada. C’est 30 dollars rien que la traversée. Ce pont n’a pas une valeur touristique supérieure au nôtre.
La facturation de la traversée du pont suspendu doit se faire à part. Je pense que si on fait preuve d’imagination et d’ingéniosité, le parc lui-même peut être autarcique en générant les fonds qui vont générer la pérennité de toutes les espèces. Peut-être même générer d’autres ressources qui vont être investies dans autre chose. Il ne faut pas aller ailleurs pour trouver les moyens. Les moyens sont dans le parc. C’est lui qu’il faut mettre en valeur avec ses réelles potentialités de façon juste, sincère et réelle. 5000 F, ce n’est vraiment rien par rapport à ce qu’on veut faire et les ambitions du chef de l’Etat Macky Sall.
Nous sommes dans une zone où interviennent beaucoup de compagnies minières. Quelle appréciation faites-vous de la cohabitation qui existe entre le parc et ces dernières ?
Notre responsabilité est de préserver et de pérenniser la ressource, le Parc national Niokolo Koba. Maintenant, à un moment donné de l’évolution des choses, il y a eu effectivement des espoirs de découvertes de mines, qui ont attiré les miniers. Ils sont dans leur rôle. Mais, le nôtre est de faire en sorte que leur exploitation quelle quelle soit ne compromette pas la disponibilité et la pérennité de cette ressource. Elle est au-dessus de tout. Une des causes principales du réchauffement climatique, les enjeux et défis majeurs, c’est la déforestation. Parce que l’arbre que tu vois là à son importance. On dégage du gaz carbonique qu’inspire l’arbre. L’arbre dégage de l’oxygène que nous inspirons. C’est pourquoi quand tu es sous l’arbre, tu respires très bien. Mais, quand on enlève les arbres, qui va aspirer le gaz carbonique ? Les arbres contribuent à maintenir la température terrestre à un niveau normal. Parce qu’ils absorbent le gaz carbonique. Autant dire qu’aucune vie humaine n’est possible sans les arbres. Je pense qu’au-delà de la communauté nationale, on doit se donner les moyens de mettre en valeur le parc. Et à lui seul, il contient les moyens pour s’autogérer. C’est à nous de faire preuve d’imagination, de créativité et d’ingéniosité pour rentabiliser cette richesse.

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