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Du point de vue historique, il n’y a pas de grands changements sur les problèmes auxquels l’on est confronté lorsque survient une épidémie. Les historiens, ayant pris part au panel organisé hier par le ministère de l’Enseignement supérieur, ont relevé des similitudes entre les différentes épidémies connues par le Sénégal du point de vue de la perception et des réticences. Pour le Pr Mor Ndao, directeur de l’Ecole doctorale Etudes de l’homme et de la société de l’Ucad, «les sociétés et les autorités politiques et sanitaires ont été confrontées aux mêmes questions». Ce sont seulement les contextes qui sont différents.

Des épidémies le Sénégal en a connu comme il est en train d’en faire face actuellement avec le coronavirus. Au regard des historiens, des similitudes existent dans la lutte et la réticence des populations à suivre les recommandations sanitaires.
Hier, lors du panel organisé par le ministère de l’Ensei gnement supérieur, de la recherche et de l’innovation consacré à «L’histoire de épidémies au Sénégal, les leçons du passé», le Pr Mor Ndao a fait ressortir lors de son intervention, le fait que durant la période coloniale, «les sociétés et les autorités politiques et sanitaires ont été confrontées aux mêmes questions, même si c’est dans des contextes différents». Ces questions sont entre autres  : «Que faire lorsque survient une épidémie ? Doit-on isoler les sujets atteints ? Faut-il dépister systématiquement pour enrayer le mal ? Doit-on privilégier l’hygiène individuelle voire collective ? Quel rôle assigné à l’Etat, à la collectivité.» Pour M. Ndao, «la clé ne se trouve pas à un niveau strictement biomédical».
D’après lui, en période de crise, «les médiateurs, les porteurs de voix, ceux qui sont entendus et qui ont un écho sur la population peuvent avoir un impact dans la résolution des crises».
Lors de ce panel, Pr Mor Ndao a aussi rappelé le rôle joué par El hadj Malick Sy dans la crise liée à l’épidémie de la peste en 1914. Selon lui, «le guide religieux El Hadj Malick Sy a été mis en avant dans la médiation pour rapprocher les positions». A en croire l’historien, cette stratégie mise en place a pratiquement permis d’esquiver «une bombe sociale, une crise politique». Poursuivant les explications sur la démarche du guide religieux à l’époque, l’enseignant relève «une lettre qu’il a écrite est adressée a beaucoup de mosquées à l’époque».
Dans ce courrier, informe Pr Ndao, il disait de ne pas désobéir aux recommandations des médecins, d’avoir du respect et de la considération pour eux, de ne pas obéir au charlatanisme. Analysant le contexte, l’enseignant à l’Ucad souligne que «la situation était d’autant plus difficile parce qu’il s’agissait de transposer des logiques étrangères». Ainsi dans la gestion de la crise sanitaire, il recommande de «suivre notre logique et nos réalités sociales». «Ce qui est en jeu, c’est la vision de l’hôpital, il faudrait des logiques à l’œuvre des sociétés, il faut essayer de manager et de prendre en charge ces études. La vision qu’on a de l’hôpital est très chargée. Parce que dans le passé, les hôpitaux étaient des cantonnements militaires, les premières ambulances c’était dans les camps militaires. Il y a toute une lecture sur l’image de l’hôpital par rapport aux sociétés africaines», a-t-il dit.
Par ailleurs, Pr Mor Ndao a aussi souligné l’importance de tirer des leçons des crises sanitaires. D’après lui, elles «sont des analyseurs qui permettent de dire, de comprendre les bouleversements au niveau des sociétés». Rappelant que les épidémies ont permis «aux 14 et 15 siècles, l’émergence de la médecine moderne et le triomphe de la rationalité sur l’obscurantisme», il estime que cette crise «on peut l’utiliser, la capitaliser pour occasionner des ruptures et envisager une transformation qualitative de notre système de santé, de la société (…)». C’est aussi l’avis du Dr Mamadou Moustapha Dieng qui a fait savoir que cette pandémie «met en évidence la relation très forte qui doit exister entre les maladies transmissibles, la prévention et la mise en place de dispositifs d’hygiène, la construction en quantité importante d’hôpitaux dans les différentes localités, l’augmentation de production de médicaments». Pour cet enseignant au département d’histoire de l’Ucad, « notre système de santé doit reposer sur une base matérielle solide».

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