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«A l’hôpital de Fann, on s’est organisé très tôt pour faire face à cette pandémie. Le directeur avait mis en place une cellule de riposte composée de tous les chefs de service. Une cellule pluridisciplinaire qui nous a permis de manière collégiale de prendre les bonnes décisions au moment opportun en vue de prendre en charge les patients. Parmi nos patients, nous recevons qui sont asymptotiques, c’est-à-dire qui ne présentent aucun signe. Mais aussi à côté, des patients un peu sévères qui vont nécessiter un apport en oxygénothérapie. Et derrière, nous avons des malades qui peuvent être graves. Nous les recevons dans les unités de réanimation. L’unité de réanimation de Fann a été dédiée au Covid-19 depuis le 25 mars dernier. Cela nous a permis de recevoir le premier patient grave arrivé au pays. Dans cette unité, nous avons un personnel disponible avec une équipe de médecins qui monte la garde et une autre avec des paramédicaux composés d’infirmières et d’infirmiers. Tous travaillent avec nous continuellement au niveau de la salle de réanimation. Il faut rappeler que les formes graves demandent beaucoup de ressources humaines.
L’expérience nous a montré que la prise en charge de ces patients est très lourde et nécessite une assistance permanente auprès des malades. Ce sont des patients qui nécessitent un appareillage très compliqué, du matériel de ventilation, de dialyse et de toutes les formes d’assistance, parce que ce sont des patients qui vont avoir des défaillances de plusieurs organes. Actuellement nous sommes en première ligne dans la prise en charge des formes graves. D’ailleurs, toutes les formes graves recensées sont acheminées à Fann pour une meilleure prise en charge. Nous le faisons bien avec les centres de traitement des épidémies qui sont autour de Dakar. Je coordonne les admissions de ces formes graves à Fann et en réanimation. Ainsi, je suis interpellé par tous les Cte qui ont des patients dont les cas sont graves. La coordination mise en place nous permet de les recenser et d’aller les chercher pour les transférer chez nous. Jusque-là, nous avons recensé sept (7) patients en réanimation, nous avons enregistré 4 décès, pour dire que c’est assez lourd (Ndlr : l’entretien a eu lieu vendredi). Des patients s’en sont sortis et sont rentrés chez eux, mais nous avons déploré les cas de décès, pour la plupart des malades qui présentaient beaucoup de dysfonctionnements. Et on n’a pas réussi à les sauver.
Effectivement, les patients qui s’en sont sortis sont moins âgés et tous les décès sont dans la soixantaine. L’un des patients décédés avait beaucoup de pathologies associées et des antécédents très lourds. Et lorsqu’il a eu l’infection, il n’a pas pu supporter. Pour vous dire que l’âge est un facteur de risque important sur la mortalité, mais aussi et surtout les comorbidités, c’est-à-dire les infections antérieures, notamment les maladies chroniques que présentent certaines personnes. Celles-ci constituent des facteurs de risque et de mortalité.
Il faut d’abord souligner que la maladie est encore inconnue et elle a une évolution très imprévisible. Il arrive qu’un patient soit bien portant aujourd’hui, le soir son état se dégrade et le lendemain il décède. Cela est dû à une évolution très rapide et la non-maîtrise encore du virus. Dans notre stratégie de riposte, nous avons des médecins au niveau des Centres de traitement des épidémies (Cte). Ils sont au chevet des malades et guettent les critères de gravité. Et quand les besoins en oxygène augmentent, on nous alerte pour qu’on puisse prendre les devants. Mais malgré cela, on a eu des décès, car le transfert prend un peu de temps et arriver à la réanimation, l’état du patient se dégrade très vite… Il y a beaucoup d’hypothèses qui sont là et nous, à notre niveau, nous les acceptons et adaptons nos traitements. On essaie de prévoir, d’intervenir plutôt, mais l’évolution est toujours imprévisible.
Un malade est admis en réanimation quand il a un organe qui est défaillant. Il ne peut pas survivre sans cet organe. Et en réanimation, on essaie de suppléer cet organe. Lorsque le malade a par exemple des problèmes d’oxygène, il est admis en réanimation, on lui branche une machine qui apporte l’oxygène. Il s’agit de traitements adaptés en fonction de la défaillance. La réanimation est calquée sur la défaillance d’organe qui est suppléé pour maintenir le malade en vie.

Equipement
Dire qu’on est prêt à faire face c’est se mentir, car on a vu des pays qui sont plus développés que nous, mais ils sont en difficulté et ils n’ont pas pu gérer l’afflux important de malades vers les réanimations. Donc, on peut avoir la prétention de dire qu’on est prêt et qu’on pourra faire face. On a des limites et on les connaît. On doit aussi tout faire pour ne pas les atteindre, car le jour où on va les atteindre, ce sera la catastrophe. Même en ressources humaines, on est très limité dans le pays. Il n’y a pas beaucoup de réanimateurs, environ la centaine au niveau national. Mais aussi, les réanimations équipées pour pouvoir faire face, il n’y en a pas beaucoup et tout cela pose problème. Ce qu’il faut souhaiter, c’est de ne pas atteindre de nombres importants en réanimation. Le jour où on va l’atteindre, on sera très rapidement saturé et on aura tous les problèmes pour contenir la maladie.»

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