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La presse sénégalaise, comme toutes les autres, fait face à des bouleversements irréversibles. Dans le cadre de ses «Senegalaiseries» organisées en collaboration avec le Raw Material, le journaliste Ibou Fall a posé le débat sur la précarité dans ce secteur.

Le monde des médias connait des bouleversements irréversibles. Au Sénégal, cela se traduit par une montée inquiétante de la précarité dans le secteur. Pour les premières «Senegalaiseries» de l’année 2020, le journaliste Ibou Fall a invité quelques professionnels du secteur pour débattre de la question dans le cadre du Raw Material.
Pour le porte-parole du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (Synpics), Maguette Ndong, une telle situation s’explique si l’on sait que l’entreprise de presse sénégalaise n’a pas un fonctionnement normal. «Les patrons de presse ne respectent pas la loi», déplore le syndicaliste qui en veut pour preuve le retard dans l’application de la nouvelle convention collective adoptée pour le secteur avec l’onction des pouvoirs publics. «Cette convention doit être appliquée mais un an après, on attend toujours», fustige le syndicaliste qui estime que «l’Etat doit avoir un droit de regard sur ce que font les patrons de presse».
En plus, estime-t-il, l’arrivée de nouvelles formes de journalisme sur divers supports comme YouTube et autres tend à banaliser le métier de journaliste. D’ailleurs, l’ancienne directrice du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), Eugénie Aw, parle d’une figure du journaliste «menteur national». Elle explique en outre que les journalistes ont passé le témoin aux médias citoyens pour ce qui est de la passion qui devrait être le principal moteur dans ce secteur. «A l’époque, quand on décidait de devenir journaliste, ce n’était pas forcément pour avoir de l’argent mais vraiment par passion.» Elle poursuit en soulignant que le métier s’est largement dévoyé et que les journalistes sont dans une situation précaire due quelque part, a un manque d’imagination des propriétaires de médias. Seulement, déplore Maguette Ndong, «la plupart des journalistes les plus influents n’ont pas un bon salaire», ce qui participe à décourager les vocations. Une porte ouverte à la précarité mais qui amorce également ce que d’aucuns qualifient de baisse du niveau des journalistes. Hamadou Tidiane Sy, directeur de l’école de journalisme E-jicom, estime tout de même que la baisse du niveau dans les médias n’est que le reflet de la situation dans le domaine de l’enseignement. «Ce n’est pas un problème propre aux médias mais qu’il faut lier à la dégradation du système éducatif», dit-il. Mais pour Fatou Jagne Senghor d’Article 19, c’est le Code de la presse lui-même qui empêche les journalistes de faire des productions de qualité. L’exemple le plus patent étant l’existence d’un délit de recel de documents administratifs. «Ces dispositions empêchent la liberté d’expression et réduisent l’envie de faire des investigations», dit-elle.
Pour le journaliste Ibou Fall, le principal obstacle auquel la presse est confrontée, c’est que son économie échappe aux acteurs. En effet, ces dernières années, une classe particulière d’hommes d’affaires s’est emparée de plusieurs publications pour en faire des moyens de pression. Une situation que les organes de régulation auraient dû résoudre. Mais le constat des panelistes est le même. Les organes de régulation, Cnra et Cored notamment, ne jouent pas toujours leurs rôles. «L’Etat a rôle à jouer en mettant en place des institutions d’arbitrage. Mais il faut d’abord régler la question de l’indépendance et le problème de la nomination des membres au sein de ces instances de régulation et par leur autonomie de décision», estime Fatou Jagne.
mamewoury@lequotidien.sn

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