PARTAGER

Les pertes et préjudices liés au changement climatique subis dans la pêche, notamment en Afrique de l’Ouest dans l’écorégion marine ouest-africaine, sont incommensurables. Et selon l’économiste Amadou Aly Mbaye de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), les pays développés et ceux émergents qui causent ces dégâts les reconnaissent, mais n’en assument pas jusqu’à présent la responsabilité. Face à cette situation, l’universitaire invite les pays africains à mener une bataille juridique afin que la communauté internationale accepte ses responsabilités et les obligations financières qui en découlent.

Certaines îles, lorsqu’elles sont menacées de disparition du fait du changement climatique, leurs Etats ont bataillé ferme pour amener la communauté internationale à accepter ses responsabilité et ses obligations financières. Pour le Professeur Amadou Aly Mbaye, les pays africains doivent faire de même car, considère l’ancien doyen de la Faculté des sciences économique et de gestion (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop, «le changement climatique est une question d’injustice que les pays africains subissent. C’est quelque chose qui est provoqué par l’homme. Et l’importance des facteurs entropiques est bien établie. D’une part, les pays développés et les pays émergents y contribuent pour beaucoup. D’un autre côté, les pays africains subissent ces effets sans y contribuer significativement. Si on était en droit commun, la réparation serait automatique. Quand quelqu’un subit un préjudice du fait de son prochain, il a droit à une forme de compensation». Mais dans le domaine du changement climatique, précise l’économiste, «les pays qui causent des dégâts les reconnaissent, mais n’en assument pas jusqu’à présent la responsabilité. Les moyens financiers destinés à corriger les dégâts causés suivent les mécanismes d’aide. Quand on reçoit de l’argent des pays développés et des pays émergents, ça vient sous forme d’aide, alors que ça devait venir sous forme de réparation». Ainsi, estime l’universitaire, «il y a une bagarre juridique à mener. Les Etats insulaires ont fait énormément de progrès, parce qu’ils ont réussi à faire en sorte que la communauté internationale accepte ses responsabilités et les obligations financières qui en découlent».
M. Mbaye intervenait hier, lors d’une présentation d’une étude sur la «Pêche et changement climatique : pertes et préjudices induits dans la pêche artisanale».
Les pertes et préjudices, d’après Papa Gora Ndiaye, coordinateur de cette étude, par ailleurs directeur exécutif du Réseau sur les politiques de pêche en Afrique de l’Ouest (Rpao), peuvent être liés «à la diminution des ressources ha­lieu­tiques. Ce qui risque de contribuer à une augmentation de la pauvreté et de la marginalisation de groupes socialement désavantagés, ainsi qu’à une insécurité alimentaire locale, voire mondiale, particulièrement en termes de pénurie en protéines et micronutriments». Aussi, indique-t-on dans un document, «les pertes et préjudices dans les pêcheries et zones côtières pourraient imposer des contraintes socio-économiques et accroître la probabilité de migrations climatiques (Banque mondiale, 2013). De plus, les pertes et préjudices non économiques, y compris ceux concernant les valeurs traditionnelles et culturelles associées aux ressources marines et à leur usage dans l’alimentation et les modes de vie, contribueront probablement à une dégradation de la cohérence des communautés puisqu’ils ont des implications sur les identités et cultures locales».
Pr Amadou Aly Mbaye espère ainsi que le comité en charge des négociations climatiques pourra mettre ces évidences sur la table pour que l’Afrique, d’une seule et même voix, puisse réclamer les réparations.
Cette étude a été menée à travers un partenariat étroit entre la Giz, le Réseau sur les politiques de pêche en Afrique de l’Ouest (Repao) et l’Université Cheikh Anta Diop ­(Ucad) de Da­­­k­a­r.
dialigue@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here