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Khalifa Ababacar Sall a fait hier sa première sortie publique, après son élargissement de prison à la faveur d’une grâce présidentielle. L’ex maire de Dakar réaffirme son ancrage dans l’opposition en tant que Socialiste.

Exclu du Parti socialiste (Ps), Khalifa Ababacar Sall se considère néanmoins comme membre de la famille socialiste. Le Ps est membre de la mouvance présidentielle, mais lui réaffirme son ancrage dans l’opposition «avec responsabilité, mais sans compromission, avec fermeté, mais sans excès». Pour ce faire, il assure vouloir s’engager à s’opposer aux politiques des tenants du pouvoir qu’il qualifie de «néfastes» pour le Peuple sénégalais. Dans la même veine, l’ex maire de Dakar a exprimé l’attachement de ses amis et lui aux conclusions des Assises nationales. Parce que, dit-il, elles reflètent la richesse des expériences et les attentes du Peuple et constituent le document de référence de leur projet. Même s’il est convaincu qu’il faudra les adapter au contexte et aux évolutions du pays, de l’Afrique et du monde, «mais nous nous engageons à les mettre en œuvre sans rien omettre et sans les remettre en cause».

«Nous sommes des Socialistes»
Depuis sa sortie de prison à la faveur d’une grâce présidentielle le 29 septembre dernier, ses faits et gestes sont épiés par la presse. Après avoir refusé toute déclaration publique, Khalifa Ababacar Sall a décidé enfin de s’exprimer hier, en public. Il a ameuté la presse nationale et internationale. Au finish, la montagne a accouché d’une souris. Les journalistes qui s’attendaient à une conférence de presse ont eu droit à une simple déclaration. «Cette épreuve n’a pas entamé nos convictions, bien au contraire. La fidélité à nos valeurs nous a permis de résister à l’acharnement du pouvoir. Nous sommes les héritiers d’une histoire vivante forgée dans l’alliance entre la démocratie et le progrès. Nous devons en être fiers et porter son message fondé sur les valeurs de liberté, d’égalité, de justice et de solidarité. Si nous sommes plus résilients, et c’est le premier viatique. C’est donc grâce à notre identité que nous devons garder intacte. Nous sommes de gauche. Nous sommes des Socialistes» a-t-il claironné face à ses militants et sympathisants. Dans une salle archi-comble, cette déclaration a été saluée par des applaudissements.

«Nous ne devons avoir ni haine ni rancœur»
Avant son entrée dans la salle, les nerfs étaient tendus. Certains qui voulaient vaille que vaille se retrouver au-devant se sont heurtés au refus des préposés à la sécurité. Deux responsables ont failli même en venir aux mains. Mais l’arrivée du leader de Taxawu Senegaal a mis un terme à cette cacophonie. Khalifa Sall a fait son entrée sous des chants et des cris, «Khalifa ! Khalifa dirigez Sénégal !», scandaient en cœur les partisans, heureux de retrouver leur leader. A ses soutiens il dira : «Cette épreuve ne doit pas nous faire perdre notre humanité. Nous en sommes sorti le cœur ouvert. Cela est parfois mal compris, il est vrai. Mais nous ne devons avoir ni haine ni rancœur même dans l’adversité. Nous ne devons pas céder aux excès de la politique, ni perdre notre temps à ressasser le passé. Le passé est passé.» Les plus heureux ne pouvaient plus se retenir. Pendant que certains applaudissent, des «bilahi yaaye goor, tu es un homme digne» fusaient de partout dans la salle.
D’après lui, son séjour carcéral qui a été pour certains une épreuve de privation et pour d’autres de sacrifice fut pour lui un fort moment de communion avec Allah. Reconnaissant envers toutes ces personnes qui lui avaient manifesté leur solidarité dans les moments difficiles, Khalifa Sall leur a fait savoir qu’il n’«ignore rien des pressions, des intimidations et des émotions qu’ils avaient vécues et surmontées avec dignité et responsabilité».
Dans ses remerciements, il a cité toutes les sensibilités du pays, notamment ses avocats qui, selon lui, se sont illustrés «par leur loyauté, leur sens professionnel élevé et de brillantes plaidoiries dans un combat politique habillé des oripeaux d’une affaire judiciaire». Et d’ajouter : «Cette détention a renforcé mes convictions sur la nécessité d’améliorer les conditions de détention et le traitement des détenus. Elle m’a permis de voir les drames humains provoqués par les longues détentions préventives qui transforment des présumés innocents en présumés coupables avant même qu’ils ne soient jugés.» Il fait aussi un plaidoyer en faveur des agents de l’Administration pénitentiaire. Pour lui, l’Etat doit adopter un statut pour ces travailleurs des prisons, avec l’objectif d’améliorer leurs conditions de travail et permettre à ces serviteurs de l’Etat d’exercer leurs missions dans la dignité.
Il a aussi défendu les détenus. Il estime que l’Etat doit «rapidement» apporter des solutions telles que le maintien des liens familiaux, la transformation des lieux de privation de liberté en espaces d’acquisition de savoir pour favoriser la réinsertion des détenus et l’élargissement de la gamme de sanctions pénales alternatives à l’emprisonnement. Pour finir, il a exhorté ses partisans à continuer à faire front. Le maire de Dakar, Soham El Wardini, Barthélemy Dias, maire de Mermoz-Sacré Cœur, entre autres, avaient effectué le déplacement. En revanche, le maire de la Médina, Bamba Fall, était absent.
msakine@lequotidien.sn

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