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A quelques heures de la Tabaski, les femmes, qui ont pris d’assaut les marchés, sont tétanisées par la hausse des prix en cette période de morosité.

A quelques heures de la Tabaski, les dames étalent leurs états d’âme. Au marché Hlm, connu pour son immensité et son attraction, le tissu getzner garde toujours la cote malgré sa cherté et la crise économique, qui étreint les chefs de ménage. Même si le «Djippir« et le «brodé» sont très prisés par les femmes, qui veulent être élégantes le jour de l‘Aïd El Kebir. Abdou Rahman Seck, vendeur de tissus, se réjouit de l’ambiance : «La Tabaski signifie littéralement la grande fête, c’est la fête la plus importante de l’islam, après l’Aïd El Fitr (la fête qui célèbre la fin du ramadan). C’est l’importance qu’elle représente pour les musulmans qui les motive à la préparer en grande pompe. L’affluence au marché des Hlm, en est la preuve.» Loin de cette joie exubérante de ce commerçant, Khady Fall s’éternise en marchandage. Il est difficile pour elle de convaincre ce marchand qui s’arc-boute sur ses prix de vente. Elle dit : «Les temps sont durs et les hommes ne nous aident plus assez, mais tout de même, c’est une grande fête pour nous musulmans, et c’est la meilleure occasion de réunir et de rendre heureuse toute la famille, donc on s’efforce de faire le maximum…» Elle trouve des circonstances atténuantes aux hommes, obligés de supporter d’autres dépenses liées à la Tabaski. «Il faut savoir qu’au Sénégal, même les plus pauvres se sentent obligés d’acheter un mouton, certains vont même jusqu’à s’endetter voire se ruiner parce que les prix flambent jusqu’à atteindre le million, mais moi je ne compte pas dépasser mes 50000 F Cfa», souligne-t-elle. Malick Diouf, un quinquagénaire, en pleine discussion, renchérit : «Il ne faut pas tomber dans le gaspillage non plus…»

«Les gens viennent mais n’achètent rien»
A quelques heures de la fête, le marché Hlm est plongé dans une ambiance festive. Il faut slalomer entre les files de ménagères pour se frayer un chemin. Mais, les apparences sont trompeuses. «La clientèle se fait rare parce que le mois est creux. Les femmes ont acheté leurs tissus dès le début du mois», jugent les vendeurs de tissus, qui attendent encore les acheteurs. Fatou Diallo insiste : «Le mois est creux. Pour la fête de Tabaski, il y a une variété de tissus : nous vendons des Djippir perlés, simples ou en couleur, des penjaps, des brodés, pancho, kamikaze, shantou, chiffon unique, perlé ou doré, soie, cirque, soie imprimé, perlage, pagne travaillé et aussi des tills qui sont plus tendancieux pour cette année.» Elle renchérit : «Cette année les tills, getzner sont à la mode mais les clientes se font rares sûrement elles ont déjà acheté dès le début du mois. Nous vendons les tissus à des prix très abordables car variant entre 6 000, 7 000, 8 000 jusqu’à 12 000 F Cfa. Cela dépend aussi de la qualité des tissus. Le prix d’un mètre getzner est à 12 000 F alors que le super getzner est à 15 000 F.» Mame Salla Faye, commerçante très réputée, a une façon très spéciale d’inciter sa clientèle. Elle a recruté une équipe de «Bongo men» qui assurent l’ambiance. «Les femmes ne sont déjà au rendez-vous Alham­dou­lilah ! Je gagne bien avec les tissus qui sont bien ven­dus», argue-t-elle. Air inquiet et grave, Cheikh Fall, habitant de la zone de captage, venu vendre ses moutons aux Hlm, confie : «Les moutons sont chers parce que nous les achetons à des prix chers, sans compter les dépenses pour leur entretien et leur nourriture, mais il faut aussi croire qu’il y a 3 catégories de moutons en ce qui me concerne qui vont de 65 mille à 500 mille F Cfa. Donc, on tient compte des mo­yens de tout le monde. Cepen­dant, avec moins de 65 000 F Cfa, je ne céderai même pas une corne, parce que je risquerais de ne pas avoir un retour sur investissement, j’ai investi tout ce que j’avais dans cette opération pour espérer m’en sortir. J’ai investi ma vie, et je n’ai toujours pas vu l’ombre d’un seul acheteur, les gens vont et viennent, mais il n’y a aucune vente conclue pour l’instant.» En écho à ces appréhensions, Malick Ly, éleveur de moutons, n’est pas pressé d’écouler ses béliers. Il a le temps. «Moi, mes moutons varient entre 95 mille et 1 million de F Cfa. Bien que je souhaite que tous les musulmans aient un mouton à sacrifier, je ne suis pas disposé à baisser mes prix, quitte à les ramener à l’enclos si je n’arrivais pas à vendre et c’est ce qui risque d’arriver à 4 jours de la fête. J’ai dépensé 150 mille F Cfa et je n’ai toujours aucun client.»
Cette joie des vendeurs con­tras­te nettement avec les états d’âme des populations riveraines obligées de supporter la pollution sonore. Astou Fall, habitant les Hlm, accablée par la chaleur, est passablement énervée par cette situation : «Nous les habitants de cette localité sommes terrorisés par ce bruit qui nous étouffe. Il est impossible de regarder la télé, les commerçants nous tympanisent, du ma­tin au soir on vit la même chose. Je suis obligé d’aller passer la journée chez ma grande-sœur avec les enfants vu qu’elles sont en vacances. On vit le martyr.»
Stagiaire

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