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La Gambie voulait enterrer 2016 et ouvrir 2017 avec des rêves majuscules en conjuguant au passé l’ère Jammeh qui a vicié l’air de ce pays pendant plus de 22 ans. De sombres perspectives accompagnent la naissance de cette année avec une intervention militaire agitée par la Cedeao pour faire respecter la volonté populaire. Peut-être, Père Noël a dans sa hotte d’autres cadeaux.

A Banjul, il se joue une tragi-comédie de mauvais goût dont l’acteur et aussi le metteur en scène. Yahya Jammeh, qui dirige la Gambie d’une main de fer depuis 22 ans, veut rester à la tête de cette enclave sans entraves ad vitam aeternam. Privé de ce rêve par les électeurs, il s’obstine à vouloir rester à la tête de son pays en ayant en tête que des armes peuvent lui coûter la vie. Il s’en fout de cet adage applicable à tous les dictateurs : «Celui qui régna par les armes périra par les armes».
Il n’y a qu’une vingtaine de jours qui le séparent des som­bres abysses où il risque de se retrouver au-delà du 19 janvier prochain. C’est le jour où Adama Barrow est censé devenir le baron de la State House. C’est le jour où la Cedeao a promis d’installer son successeur et de le bouter dehors.
Aviné par le pouvoir, l’ex-capitaine de l’Armée gambienne, devenu à force de décrets mégalomanes Son Excellence Cheikh Professeur Alhaji Dr. Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Jammeh Nasirul Deen Babili Mansa, refuse de lâcher la barre et prendre les voiles pour un avenir plus tumultueux. En proie aux incertitudes, acculé par une conscience plus pesante, consumé par des remords, Yahya Jammeh a décidé de se maintenir à la tête de son pays bien qu’il ait perdu la légitimité populaire et malgré la pression internationale. La peur d’éventuelles poursuites judiciaires en est la cause.
Comme la mode, la dictature s’adapte aussi au temps. Aujourd’hui, les pseudo-démocrates se montrent plus rusés, rangent au fond de leurs placards leur treillis et leur uniforme bardé de décorations, organisent des élections et mettent en place des commissions électorales indépendantes. Comme Lénine n’est pas son maître, Yahya Jammeh s’est inspiré de ce courant de pensée pour perpétuer son régime sous couvert d’un vernis de démocrate. Mais il a été rattrapé par sa véritable nature que le temps et le recyclage politique n’ont pas permis de transformer. Après avoir reconnu les résultats de l’élection, félicité son adversaire, il est revenu sur la sincérité de la Prési­dentielle du 1er décembre dernier en confisquant la souveraineté du Peuple gambien. Il met aussi en péril sa propre vie. Mais elle n’égale pas celles qu’il a prises pour allonger la durée de sa présidence.
bsakho@lequotidien.sn

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