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La case foyer du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) a abrité la cérémonie officielle de la célébration de la Journée mondiale de la presse. Le thème cette année a porté sur : «Médias pour la démocratie : le journalisme et les élections en période de désinformation.» Les différents acteurs ont regretté les nombreuses difficultés du secteur de la presse.

L’avènement des réseaux sociaux remet en cause la prérogative du professionnalisme du journalisme et fait perdre simultanément au journaliste professionnel et aux médias traditionnels, leur monopole de l’information. Cela est suffisant pour que le ministre de la Com­munication et de la culture se désole de la situation de la presse au Sénégal. En présidant la cérémonie officielle de la 26ème édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse, au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), Abdoulaye Diop constate, pour le regretter, l’ouverture de l’espace médiatique et la multiplicité des acteurs. Par conséquent, se désole-t-il, «nous recevons des flots d’informations que les médias traditionnels reprennent souvent». Pour résister à ce phénomène et jouer pleinement leur rôle, le ministre exhorte les journalistes à s’en remettre aux principes fondamentaux d’éthique et de déontologie qui régissent la profession journalistique. «L’information étant sensible, ne doit être manipulée que par des professionnels suffisamment outillés pour éviter les dérives», recommande-t-il.
Il annonce que le gouvernement a engagé un processus d’assainissement de la profession et de son renforcement. Ainsi, il a ajouté que le nouveau code de la presse a été voté par les acteurs avant de rassurer que toutes les dispositions seront prises pour l’application rapide de l’ensemble de ses textes. La tutelle a également salué les efforts consentis dans la recherche de la liberté de la presse et du pluralisme médiatique au Sénégal. Ces principes fondamentaux, selon lui, sont consacrés par la Constitution qui permet à tout citoyen de créer un journal, de l’animer et de participer à la vie publique sans pour autant avoir besoin d’une autorisation préalable. Selon M. Diop, cette volonté politique relative à la liberté d’exercer le journalisme au Sénégal se traduit par un paysage médiatique riche avec l’existence sur toute l’étendue du territoire de plus de 400 organes d’informations.
Pour sa part, Dimitri Sanga, directeur du bureau régional de l’Unesco à Dakar, a prêché pour la liberté de la presse, condition sine qua non de la paix, de la justice, du développement durable et des droits de la personne. A son avis, il ne saurait y avoir de pleine démocratie sans accès à une information transparente et fiable. Mieux, la liberté de la presse est la pierre angulaire de l’édification d’institutions justes et impartiales. Elle permet aussi de mettre les dirigeants devant leurs responsabilités et d’exprimer la vérité face aux puissants.

Dérives dans les réseaux sociaux
La directrice du Cesti, Madame Cousson Traoré Sall, dans son allocution, a mis l’accent sur le rôle incontournable des médias et à travers eux, la place du journalisme dans la mise en œuvre de chacune des valeurs et pratiques démocratiques. «Il est sans conteste que l’information constitue l’épine dorsale de toute société démocratique dont les médias assurent le principe de pluralisme, de transparence et de gouvernance participative», a-t-elle déclaré. Mais, elle a tout de même déploré les méfaits de la prolifération des réseaux sociaux. Pour Mme Sall, les contours et l’identité de la profession du journaliste sont tous bousculés, les frontières de son exercice sont devenues confuses et le citoyen est balloté par une myriade de messages du fait de la prolifération des réseaux sociaux dont l’anonymat de la source et les techniques de manipulation le rendent vulnérable à la désinformation. Et, malheureusement, il devient incapable de distinguer le vrai du faux, s’inquiète la directrice du Cesti.

Plus de cent journalistes tués en 2018
Le Secrétaire général du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (Synpics), Bamba Kassé, a loué le bel environnement du journalisme au Sénégal où la pratique journalistique n’est pas à son avis synonyme de privation des libertés. Toutefois, il tient à noter des manquements dans la profession. Entre autres points qui entravent le plein essor du journalisme, M. Kassé cite la lenteur notée dans l’application du code de la presse, l’inexistence dans l’arsenal juridique d’une loi d’accès universelle à l’information. Il a déploré également la montée du discours de la haine contre les médias qui engendre la recrudescence d’actes de violence et de harcèlements contre les journalistes. Ce qui a entrainé, pour 2018, plus de 100 journalistes tués dans le monde dans l’exercice de leur fonction.
bseck@lequotidien.sn

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