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L’occupation anarchique et l’accaparement des terres dans les Niayes, une zone agricole hautement stratégique dans le développement de l’activité maraîchère et horticole du Sénégal, inquiète la Fédération nationale pour l’agriculture biologique (Fenab), qui a organisé hier à Mboro, un atelier pour échanger sur le sujet et les impacts sur leurs activités agricoles.

«La zone des Niayes perd au moins 60 ha de terres à usage agricole par an.» L’avis est de Kader Fanta Ngom. L’expert foncier prenait part à un atelier organisé par la Fédération nationale pour l’agriculture biologique (Fenab) et ses partenaires à Mboro. S’appuyant sur «les études qu’ils ont réalisées», M. Ngom renseigne que la zone perd ses terres «au profit de l’habitation, des résidences privées et de l’industrie». Et ceci, poursuit-il, «au détriment des activités de base des agriculteurs». Il détaille : «Depuis quelque temps, on assiste à l’arrivée en masse d’investisseurs nationaux comme étrangers qui s’investissent sur les terres à usage agricole. Un phénomène qui, malheureusement, bénéficie de l’appui des pouvoirs étatiques qui n’ont peut-être pas compris que, dans le cadre de la mise en valeur des terres, il n’y a pas seulement que  l’agriculture avec un petit ‘’a’’. Car, au-delà de celle-ci, il y a aussi de vastes zones de pâturage qui quotidiennement  sont mises en valeur par les pasteurs.» Et pour lui, «c’est la non-prise en compte de cette dimension  qui est souvent préjudiciable aux agriculteurs qui assistent impuissants  à une réduction drastique de leur zone d’activité au profit des investisseurs privés qui s’engouffrent dans la porte ouverte par l’Etat pour s’accaparer des terres». Dans ce cadre, Kader Fanta Ngom fera noter que «le décret sénégalais en la matière est assez éloquent quant à la politique de l’Etat. Ce qui est clairement matérialisé, dans cedit décret portant création de la Commission nationale de la réforme foncière, est que les populations locales, n’ayant pas assez de moyens pour exploiter les terres mises à leur disposition, il faut ouvrir la porte à d’autres acteurs qui ont des moyens propres pour les mettre en valeur. Et de ceux-là, il y a les investisseurs privés sénégalais comme étrangers». L’expert foncier poursuit, «laquelle ouverture, qui ne tient pas compte des facilités qui leur sont accordées en termes douaniers, fiscaux, réglementaires du point de vue du droit du travail mais aussi sur l’exportation des produits récoltés».
Revenant sur la rencontre d’échanges et de réflexion, sur l’occupation anarchique du foncier et l’accaparement des terres dans la zone des Niayes, et l’impact que ce phénomène a leurs activités agricoles, le président de la Fenab, Doudou Diop, fera savoir que les conclusions de ces assises devront leur «permettre de s’entendre sur des propositions de mesures et des orientations à porter au niveau des décideurs relativement à la prochaine réforme foncière».  Pour dire, selon lui, «tout l’intérêt de cedit conclave qui se tient dans un contexte particulier fait d’une importante ruée vers les terres, d’une  démographie galopante avec son corolaire d’urbanisation à outrance mais aussi et surtout de l’arrivée d’investisseurs étrangers. Une situation dans laquelle le seul perdant ne peut, de toute évidence, être que le paysan». Outre ce problème, la rencontre a été aussi l’occasion, pour les producteurs, d’ouvrir une brèche sur la question du domaine public maritime, objet de beaucoup de débats depuis quelque temps à Thiès avec le bradage de celui de Cayar. Et selon l’expert foncier Kader Fanta Ngom, c’est «une question assez complexe en ce sens qu’elle comprend un principe et des exceptions». En effet, indique-t-il, «le domaine public maritime, comme son nom l’indique, relève du domaine public et donc mis à la disposition de tous les citoyens et il est inaliénable. Mais, à côté de ce principe, il y a des exceptions qui permettent à l’Etat d’autoriser des occupations à un privé et même déclasser un domaine public et le verser dans son domaine privé pour pouvoir le mettre à la disposition des usagers». Ce qui explique, selon lui, «la prolifération des occupations dans l’espace maritime avec comme conséquence le fait, à certains endroits, qu’il est même devenu impossible aux riverains d’avoir une vue sur la mer».
nfniang@lequotidien.sn

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