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Dialika Sané a donné ce lundi au Grand Théâtre le clap de fin de la Journée mondiale du théâtre, à travers la première représentation sur scène de sa première pièce théâtrale : Et la rose s’écroula. Jouée par Dialika Sané en personne, constitue en effet un poignant témoignage sur l’excision, à laquelle elle veut mettre fin.

Au Sénégal, parler de l’excision, c’est commettre un sacrilège pour certains. Rares sont les femmes mutilées génitales, qui osent aborder le sujet de face. D’habitude, c’est un sujet tabou. Et les femmes qui en sont victimes développent de profonds complexes vis-à-vis de leurs maris, de leur entourage et des autres femmes qui ne l’ont pas subi. Dialika Sané ne l’a pas subie, mais ses proches oui. Aussi, s’est-elle engagée à travers son monologue : Et la rose s’écroula, à faire écrouler les barrières. Interprétée au Grand Théâtre, à l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, ce monologue sur l’excision, a attendri les cœurs.
Il était presque minuit, lorsque la jeune comédienne, Dialika Sané franchit le seuil de la scène. Vêtue de noir et de blanc elle interprète le rôle de Sala, une rose sans couronne. Qu’est-ce qu’une rose sans couronne ? Qu’est-ce qu’une femme sans ce bout qui fait d’elle une femme ? Toute désemparée, Sala s’interroge et raconte comment elle a été dépossédée de ce bout qui fait d’elle une femme ; comment elle a été conduite à la guillotine par sa propre famille. Ses propres tantes, coépouses de sa mère, décédée du cancer du sein alors qu’elle n’avait que 7 ans, Sala subira, seule au monde, cette épreuve douloureuse de sa vie, loin d’imaginer que des mains fouineraient sous sa robe pour lui laisser cette plaie. Elle s’est pourtant débattue corps et âme, contre la voleuse de pétale, contre la lame féroce, contre ce métal, mais hélas, elle subira quand même l’excision, comme d’autres filles avant elle : sa mère, sa grand-mère par exemple.
Les regards fixés sur elle, la comédienne originaire de la Casamance joue son monologue et relève le poids douloureux de cette tradition perpétuée de mère en fille, chez les Diola et qui, de surcroît, exige que la femme subisse sans sourciller.
A travers la belle métaphore de la rose, de la couronne, des pétales et les gestes bien accordés, Dialika Sané plonge le public dans la cruelle enfance de Sala, de façon à susciter l’empathie. L’assistance, pantoise, regarde la vieille édentée voler la couronne de la petite âme sans défense, mais comprend par delà tout, le message de Dialika Sané qui espère mettre un terme à l’excision au Sénégal.
Au bout de 45 minutes de spectacle, le stress de Dialika Sané, faisait place à la joie. Pour sa première prestation sur scène, la comédienne s’est félicitée de l’accueil du public sénégalais. Voir un public attentif et réceptif, ce n’était pas évident pour elle. Toutefois, il faut avouer que certains ne sont pas restés jusqu’à la fin de la pièce. Certainement parce qu’ils n’y comprenaient pas grand-chose ou bien qu’ils étaient lassés par le programme chargé de cette Journée mondiale du théâtre au Sénégal. A Sorano, à Pikine, à Douta Seck, et enfin au Grand Théâtre.
Samba Yade de l’Arcots a assisté à toutes les fêtes. Il se réjouit d’avoir pu se procurer du plaisir avec la prestation de troupes théâtrales Diamniadio, Sébikotane, Yeum­beul Timtimol. Ces dernières en assurant leurs partitions en langues locales ont tenu en haleine, ce public constitué pour la plupart de Sénégalais lambda, et cela avant l’interprétation de la dernière pièce de cette Journée mondiale du théâtre au Sénégal : Et la rose s’écroula.
aly@lequotidien.sn 

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