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«La situation d’exploitation et d’abus sexuels en République Centrafricaine qui a entraîné la démission du chef des Forces onusiennes est l’illustration de l’ampleur du phénomène, mais aussi de la décision d’adopter une politique de tolérance zéro pour des cas de violence basée sur le genre dans les théâtres d’opérations.» L’avis est de l’administratrice de Femmes Africa solidarité (Fas), Mme Coumba Fall Venn. C’était à l’occasion de l’ouverture, hier, d’un atelier de formation de réplication au profit de la Police nationale. Une session de formation de trois jours qui entre dans le cadre du Projet pilote de formation du personnel des missions de maintien de la paix sur la prévention et la lutte contre les abus sexuels. Lequel programme est porté par le Centre panafricain pour le genre, la paix et le développement (Pac) et Femmes Africa solidarité (Fas). L’enjeu d’un tel programme de formation qui s’adresse aux forces de défense et de sécurité du Sénégal qui sont en instruction ou en pré-déploiement et du présent atelier repose, selon Mme Venn, «sur la sensibilisation des agents de la police sur le concept genre, l’équité du genre, la vulnérabilité des femmes dans les zones de conflits et la nature des violences sexuelles. Aussi, les instruments juridiques de protection des droits des femmes et sur les outils de prévention des abus et exploitations sexuels». Il s’agira, indique l’administratrice de l’Ong Fas, de rappeler et de promouvoir l’éthique à travers un code de conduite exemplaire, de tolérance zéro et de combat contre l’impunité dans ces cas avérés.
Indiquant que la formation vient à point nommé, Mme Coumba Fall Venn, de soutenir qu’elle va renforcer la volonté de la communauté internationale et du Sénégal sur la lutte contre les exploitations sexuelles en zone de conflits. «Durant des décennies, la question des violences sexuelles a toujours été au centre des discussions des Nations unies, dont le Conseil de sécurité a adopté plus de 5 résolutions depuis 2000 traitant des violences. Aujourd’hui, la question se pose avec acuité au regard de l’actualité et de la recrudescence des violences et abus sexuels sur les populations civiles par les forces de maintien de la paix déployées», fera-t-elle savoir. Un problème qui résulte, selon elle, «en grande partie de la précarité des conditions de vie des populations dans les zones de conflit et du non-respect des règles par les agents de maintien de la paix chargés de la sécurité de ces mêmes populations». Toutes raisons qui ont poussé les Nations unies et les gouvernements, soutenus par les organisations de la Société civile, à mettre en place des stratégies qui tendent à prévenir les cas d’exploitation et d’abus sexuels par son personnel déployé sur le terrain, dira Mme Venn qui magnifie par ailleurs «le rôle exemplaire de notre pays, le Sénégal, dans les opérations de maintien de la paix». En effet, fera-t-elle savoir, «notre pays, 7e contributeur mondial de troupes avec 3 700 agents et 3e en Afrique, a enregistré très peu de cas de violences commis par ses contingents». S’engouffrant dans cette brèche, le commandant du Groupement mobile d’intervention (Gmi) Amadou Hamady Lam considère que même si le Sénégal reste l’un des plus grands pays contributeurs de troupes dans le monde, il ne doit pas dormir sur ses lauriers. Toutes raisons pour le commissaire divisionnaire de classe exceptionnelle de saluer l’initiative de l’Ong Fas «de contribuer à la formation de nos personnels, préalablement à leur déploiement sur les théâtres des opérations de maintien de la paix».
Devant les autorités administratives, militaires et civiles, l’officier supérieur fera savoir que le monde est aujourd’hui en proie à de nombreux conflits armés, dont les principales victimes sont les populations civiles, en particulier les femmes et les jeunes filles qui subissent toutes formes de violences sexuelles. Ces dernières, dira-t-il, «autrefois utilisées par les groupes armés comme armes de guerre, sont aujourd’hui paradoxalement commises par les forces de maintien de la paix». Des abus et violences sexuels qui sont à bannir parce que, estime le commandant du Gmi, «non seulement ils exposent son auteur à des sanctions, mais ternissent l’image de tout un contingent voire toute une corporation».
L’officier supérieur renseigne qu’au cours de l’année 2016, l’Onu a recensé plusieurs accusations d’abus sexuels contre les casques bleus. Il cite «la Minusca en République Centra­fricaine, la Monusco en Répu­blique démocratique du Congo, la Minustah en Haïti, l’Onuci en Côte d’Ivoire, la Minuss au Souda du Sud, la Minusma au Mali, entre autres».

nfniang@lequotidien.sn

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