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L’ancien Premier ministre Boun Abdallah Dionne a profité de la réunion du Conseil national de sécurité pour chercher à justifier son comportement irresponsable de Touba. Cons­cient que même ses collègues du gouvernement ne comprenaient pas son geste, encore moins l’approuver, il a pris le raccourci de décharger sa responsabilité sur la tête du khalife général des Mourides, auprès duquel il avait été envoyé en mission.
Les personnes qui l’ont entendu affirment que M. Dionne a déclaré qu’étant arrivé en retard au rendez-vous avec le khalife, il a trouvé Serigne Mountakha qui s’apprêtait à se rendre à la mosquée pour la prière. Et ce dernier l’aurait prié de l’accompagner, ce qu’il n’a pas osé décliner. Et pour ce dernier justificatif, le secrétaire général de la Présidence ajoutera que «le marabout se lave régulièrement les mains et utilise du désinfectant» pour éviter les microbes et autres virus.
On en aurait ri si la vie de plusieurs personnes n’était pas en jeu. L’ancien Pm n’a soufflé aucun mot sur les centaines de personnes, de toutes catégories qui, à la sortie de la prière, se sont agglutinées autour du khalife et de son entourage pour essayer de les toucher et de se faire remarquer de leur guide. Peut-on espérer que tout ce monde avait les mains bien propres et les visages parfumés, pour suivre sa logique ?
En vérité, M. Dionne peut difficilement déclarer après coup qu’il n’avait pas mesuré l’ampleur de l’acte qu’il a posé à Touba. Dans un système où il n’y a pas de chef de gouvernement, il fait office de numéro 2 de facto de l’attelage. Il participe activement aux Con­seils de ministres et en approuve l’ordre du jour en amont. Il savait donc que deux jours auparavant, son chef avait demandé, en réunion du Conseil des ministres, le respect des mesures limitant les rassemblements, même à caractère religieux.
En se rendant à Touba à une heure qui coïncidait avec la grande prière, il savait qu’il risquait d’être mis en situation de trancher entre sa position de talibé et son statut de membre d’un gouvernement engagé dans une lutte féroce contre un mal pernicieux. Il a, de manière raisonnée et en toute responsabilité politique, décidé de ce qu’il jugeait bon.

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