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Dr Marie Khémesse Ngom Ndiaye, directrice de la Santé

A cause du Covid-19, le système sanitaire a été secoué dans tous les sens. Même les personnes vivant avec le Vih/Sida ont dû faire face à cette situation inédite qui a paralysé le monde entier.

c’est une année dysfonctionnée par la survenue du Covid-19. Cette situation a même éclipsé la Journée mondiale de lutte contre le Sida, célébrée hier. Mais elle n’a pas eu le même écho que les dernières années, car le monde a été happé par le traitement du coronavirus. «En 2020, la pandémie liée au nouveau coronavirus et ses répercussions ont monopolisé l’attention du monde entier, à l’image de l’épidémie à Vih», explique la directrice de la Santé, en présence du Secrétaire exécutif du Conseil national de lutte contre le Sida, lors de la célébration de cette journée tenue hier à la Place du Souvenir. «Presque tous les programmes de santé ont été fortement impactés négativement, notamment par une remise en question des progrès notables réalisés ces dernières années», enchaîne Dr Marie Khémesse Ngom Ndiaye.
Selon l’Unicef, la pandémie de Covid-19 a aggravé les inégalités d’accès aux services de lutte contre le Vih (qui sauvent des vies) pour les enfants, les adolescents et les femmes enceintes partout dans le monde, et l’on craint sérieusement qu’un tiers des pays à forte charge de morbidité liée au Vih ne soient confrontés à des perturbations liées au coronavirus. Dans certains pays, le traitement pédiatrique du Vih et les tests de charge virale chez les enfants ont chuté de 50 à 70%, et l’initiation de nouveaux traitements de 25 à 50% en avril et mai, ce qui a coïncidé avec les confinements partiels et complets pour contrôler le nouveau coronavirus.
Alors que la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a enregistré une couverture de 81% des thérapies antirétrovirales pédiatriques, les taux étaient de 46% et de 32% en Amérique latine et dans les Caraïbes, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale respectivement. La région de l’Asie du Sud a enregistré une couverture de 76%, l’Afrique orientale et australe de 58% et l’Asie de l’Est et le Pacifique de 50%. Au Sénégal, le Conseil national de lutte contre le Sida a élaboré un plan de contingence intégré pour une meilleure gestion de la situation dont le but est de contribuer au contrôle de la pandémie du Covid-19 et atténuer son impact sur le programme Vih. «Cette pandémie a exacerbé les difficultés auxquelles sont déjà confrontées les personnes vivant avec le Vih en matière d’accès aux soins», souligne Dr Ndiaye, qui estime que la pandémie en cours «a contribué de manière significative et dans de brefs délais à creuser les inégalités sociales et économiques, aggravant ainsi la vulnérabilité des personnes infectées ou à risque important (…)».

Plan de con­tingence intégré
En écho, le ministre de la Jeunesse Néné Fatoumata Tall a insisté sur l’accès sans interruption aux traitements et dans l’atteinte des trois 90 (90-90-90). Elle insiste sur l’importance «d’amplifier et de compléter les initiatives agissantes pour et avec les adolescents jeunes» et de «maximiser les investissements en faveur de la santé sexuelle et de la reproduction des adolescents, la lutte contre les Ist/Vih/Sida».
Il faut savoir que l’épidémie du Sida au Sénégal est de type concentré avec une prévalence basse dans la population générale, âgée de 15-49 ans, qui s’établit à 0,5% (Spectrum Onusida 2019, Es continue 2017) et très élevée dans certaines populations et localités.
Les dernières estimations de l’Onusida en 2019 estiment que les nouvelles infections à Vih sont passées de 4 428 en 2005 à 1 427 en 2019, soit une baisse de 67,7%. En même temps, la prévalence du Vih chez les jeunes filles âgées de 20 à 24 ans est de 0,5% contre 0,2% chez les jeunes garçons, selon la dernière Enquête démographique de santé-continue 2017. Alors que la tranche d’âge 15-24 ans constitue pour plus du quart des nouvelles infections. En plus, il faut noter que les estimations font état d’environ 1 200 décès liés au Vih en 2019 contre 1 280 en 2018. «Pour réduire le nombre de nouvelles infections au Vih chez les jeunes, parvenir aux objectifs plus larges d’égalité fixés par les Odd et inverser la tendance de l’épidémie, les efforts en matière de prévention et de traitement du Vih doivent être adaptés aux besoins spécifiques des jeunes gens et des plus vulnérables», conseille Mme Tall.

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