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Des assisses nationales sur les urgences médicales sont réclamées par le Sutsas. C’est parce que la question est d’une importance capitale. Et pour cause, il y a urgence à résoudre la problématique des urgences médicales au Sénégal. A Diourbel et Kédougou, le secteur a été diagnostiqué et une plus grande attention demandée.

Dans la région de Diourbel, il n’existe pas de service d’accueil d’urgence qui répond aux normes. Les urgences médicales sont devenues une équation à plusieurs inconnus. La révélation a été faite lors de la restitution des travaux que la mission sur les urgences médicales a effectués dans les régions de Diourbel et Kédougou. Pr Ma­ma­dou Diarrah Bèye, directeur du Samu national, rapporte : «Le diagnostic fait à Bambey, à l’établissement de santé de Diour­bel, au niveau des deux établissements de santé de Touba, mérite feed-back. Il faut améliorer ce qui existe déjà. Il y a beaucoup de personnes qui gravitent autour des urgences alors qu’elles ne sont pas outillées. Il y a trop de décès. Les besoins en sang sont énormes. J’ai envie de pleurer parce que ce dont on a besoin n’existe pas. C’est le fibrinogène, il n’existe pas au Sénégal. Un gramme coûte 80 mille francs. Et pour prendre en charge une femme, il faut 6 grammes. Il faut que les médecins-chefs de région, les directeurs des hôpitaux et le ministère prennent leurs res­ponsabilités. Une régulation médicale, c’est trouver une solution à un problème réel. On prend un malade dans un hôpital, et parfois on dit l’établissement est plein.» Sans mettre de gants, le médecin rapporte cette anecdote : «On a eu un malade qui a été hospitalisé dans un commissariat à Dakar à Dieup­peul. Cette personne a été ramassée dans la rue, mal fagotée. Les gens ont voulu l’amener dans une structure hospitalière, mais de structure en structure, ils ont été renvoyés parce que, disaient-ils, ils n’ont pas de places. Il faisait de l’hypoglycémie. Finalement, ils en avaient marre et c’est au niveau d’un commissariat que les gens l’ont déposé. Le commissaire a appelé le gouverneur qui a appelé les médecins. Ils lui ont donné des médicaments. On l’a lavé et donné à manger. Et finalement, c’est lui-même qui nous a appelés. Il est finalement rentré chez lui. Il faut qu’on arrête. Cela fait 5 ans que je tape sur la table, les gens ne veulent pas nous écouter.» Anesthésie-réanimateur, devant un public médusé, il met le doigt sur la désorganisation notée dans les structures sanitaires. Amer, il rouspète : «On ne sait pas qui est qui parce que l’identification fait problème. Chacun fait ce qu’il veut. Il faut mettre en place un système de badges. Au niveau des urgences, l’accueil est vital. Ce n’est pas une hôtesse qui accueille. Ce qui manque, c’est l’infirmier organisateur de l’accueil. Dans 95% de nos hôpitaux, on met la salle d’attente, après on met l’urgence. La salle doit être organisée, réfléchie. Il faut que les gens aient cette démarche qualité dans nos structures. Le personnel de santé méconnaît le Samu. Le problème, il faut aller vite. Les urgences, c’est tous les jours, 25 heures sur 24. Les urgences, ce sont les insuffisances respiratoires, les enfants qui meurent. Si on ne peut pas gérer les urgences quotidiennes, on ne peut pas gérer toutes les urgences. Il faut qu’on règle cette question.»
A Diourbel, l’urgence est l’érection d’un Samu pour soulager les patients référés dans d’autres structures. Pr Bèye a du mal à comprendre cette situation : «Le pôle de Diourbel était planifié en 2014. On est en 2017 et rien n’est fait. Il faut renforcer le système de régulation dans les structures de santé, renforcer les Sau. Il faut qu’ils soient aux normes. Le centre de santé est aujourd’hui sous-utilisé. Une région doit avoir une autonomie. Chaque région doit répondre à un cahier de charges clair, avoir un service de réanimation. Il faut avoir des Samu dans les régions. Il faut que le système de gestion des urgences bénéficie de subventions suffisantes.» Dans cette région, il y a cinq urgentistes dont un au niveau du district sanitaire de Diourbel et le reste au niveau de Touba. «Il y a beaucoup d’acquis même s’il y a des choses à faire pour les services d’accueil des urgences en termes de ressources humaines, d’équipements d’urgence dans les services de pédiatrie, au niveau de la maternité, du bloc opératoire et de la réanimation. L’idée, c’était de partager ces normes pour que les régions deviennent de plus en plus autonomes dans un cahier de charges pour une meilleure prise en charge dite des urgences pour que les malades graves qui sont ici soient pris en charge dans la zone parce que plus on perd du temps, plus ça coûte la vie, pour diminuer les évacuations sur Dakar. Ce sont les mauvaises prises en charge des urgences qui font que les patients auront des complications. Au-delà de la disponibilité des produits, Il faut réfléchir sur les mécanismes de gestion. C’est le renouvellement des médicaments d’urgence au niveau des trousseaux qui pose problème. Quand les gens viennent en urgence, on ne peut leur demander de payer.»

La complainte des praticiens de la région
En écho à ce diagnostic sans complaisance, Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel, renchérit : «La plupart des hôpitaux qui jouxtent Diourbel préfèrent les y amener alors que les services de réanimation dans la région ne sont qu’au nombre de deux. Au niveau de l’hôpital de Diourbel et Matlaboul Fawzény (Touba), il n’y a pas de bloc opératoire dédié à la mère et à l’enfant. Il n’y a pas non plus de radiologue à Matlaboul Fawzény. Ce qui fait que le scanner n’est pas fonctionnel. Pour les postes de dialyse, seul Fawzény en dispose. Dans toute la région, il n’y a que 4 médecins urgentistes. 127 agents travaillent dans les Sau. Ce qui est très insuffisant, 3 orthopédistes dans toute la région, un seul néphrologue, pas de psychiatre et de psychologue et psychiatrique. Alors que les ambulanciers manquent de formation.» Dans le même sillage, le directeur de l’hôpital Matlaboul Fawzény de Touba affiche les carences de sa structure. Il dit : «Il y a une volonté renouvelée. Nous attendons qu’il y ait des moyens. Si on veut gérer les urgences, il faut des Sau aux normes. Au-delà des infrastructures, ce sont des ressources humaines qui manquent. Les ratios sont loin d’être respectés. Il faut des moyens substantiels parce que les hôpitaux auront beau être aux normes, s’ils n’ont pas de moyens, c’est presque zéro. Il faut un monitoring des urgences, que chaque 3 mois on puisse s’asseoir et travailler de manière progressive à cela.» A l’hôpital de Ndamatou, ce sont les mêmes nuages au-dessus du service des urgences. Son directeur, Moustapha Sourang, insiste sur l’importance du Sau : «C’est une activité importante. C’est l’œil extérieur qui vient nous voir. Il y a des choses qui nous interpellent directement. L’équipement a été acquis à 80% par nos moyens. Nous avons formés 2 urgentistes. Il y a des efforts à faire par le niveau central. Il faut avoir de l’espace. Je lance un cri du cœur : il faut construire des Sau aux normes. On est au pied du mur. Le nombre de malades que nous recevons, nous ne pouvons pas les satisfaire. 1 280 malades par mois sont reçus. Nos Sau, ce sont des embryons.»

Assisses nationales des urgences
Par ailleurs, le syndicaliste Mballo Dia Thiam s’indigne de la politique sanitaire. «Il y a 15 ans, on disait que le ventre, c’est l’urgence et l’indigence. Ce sont des questions qui ne datent pas d’aujourd’hui. Où est la volonté financière ? Comment, avec un budget de 165 milliards, on peut régler cette question. Où est le Bci ? C’est le temps d’agir, on agit peu», dit-il en réclamant la tenue des assisses nationales consacrées exclusivement aux urgences. «Il faut aller vers les états généraux des urgences. Le sang, c’est le premier intrant des urgences», persiste le secrétaire général du Sutsas. En attendant, Mbaye Dione, chef du Service régional de l’action sociale, esquisse des pistes de sortie de crise.  «Il faut recourir aux travailleurs sociaux pour qu’ils puissent contribuer à la prise en charge des patients. Il faut aussi la contribution des Cls, la Rse pour mettre en place un fonds régional des urgences.»
badiallo@lequotidien.sn

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