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Avec un récit captivant et terrifiant sur l’arrivée au pouvoir de Hitler et l’«Anschluss» en 1938, l’écrivain Eric Vuillard a remporté ce lundi 6 novembre, le prix Goncourt 2017. La plus prestigieuse distinction de la littérature française vient récompenser son livre L’Ordre du jour. Presque en écho avec le prix Gon­court, le prix Renaudot a été décerné à La Dispa­rition de Josef Mengele, un «roman de non-fiction» de Olivier Guez sur le médecin tortionnaire d’Auschwitz, jamais inquiété après la guerre.

Pour Eric Vuillard, le prix Goncourt 2017, était donc à l’ordre du jour. A 49 ans, c’est déjà le neuvième livre de l’écrivain, connu aussi en tant que réalisateur de Mateo Falcone.
Le jury s’est montré séduit par un livre qui fait apparaître la tragédie de notre monde et sa capacité de basculer facilement dans l’horreur. L’Ordre du jour décrit l’envol d’une idéologie portée par les foules, mais surtout par les petites et grandes magouilles des industriels opportunistes et profiteurs qui se mettront au service d’une politique totalitaire et génocidaire. Tout cela nourrit ce livre dédié à l’annexion de l’Autriche par l’Alle­magne, le fameux «Ans­chluss» de 1938.

Eric Vuillard et les conquêtes du monde
Né en 1968 à Lyon, Eric Vuillard a publié son premier récit en 1999, Le Chasseur. Le récit, un genre littéraire qu’il affectionne particulièrement et qui l’emmènera jusqu’au prix Goncourt. Jusque-là, il avait déjà reçu le Prix Ignatius J. Reilly en 2010 pour Conquis­tadors. C’est également l’histoire d’une conquête, mais située au Pérou, à l’époque de la destruction de l’Empire inca.
Dans La Bataille d’Occi­dent (2012), il fustige la bêtise des va-t-en-guerre lors de la Première Guerre mondiale. Dans Congo (2012), il montre la violence d’une modernité sans morale nommée colonisation. Et dans Tristesse de la terre (2014), il avait revisité la conquête du Far West et disséqué les mythes fondateurs de l’Amérique.

Le prix Goncourt pour un récit ?
A défaut d’être un roman, L’Ordre du jour est un récit grinçant qui a visiblement provoqué autant de débats au sein du jury qu’à l’extérieur. Peut-on choisir un récit pour la plus haute distinction littéraire en France ? Le jury a dit oui, mais avec une majorité très serrée, à six voix contre quatre, au troisième tour de scrutin.
En plus, c’est en quelque sorte la maison d’édition de la ministre de la Culture qui a remporté ce prestigieux prix. Françoise Nyssen («Je félicite, avec une émotion particulière, Eric Vuil­lard…») est en effet la directrice (mise en disponibilité) des éditions Actes Sud. La plus petite des grandes maisons d’édition a ainsi de nouveau réussi un coup d’éclat en décrochant pour la troisième fois en cinq ans, le prix Goncourt, après Jérôme Fer­rari en 2012 et Mathias Enard en 2015. Sans oublier le prix Gon­court reçu par Laurent Gaudé en 2004.
Eric Vuillard succède ainsi à Leïla Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016, qui sera nommée ce lundi 6 novembre «représentante personnelle du Président français Emmanuel Macron pour la Francophonie». L’ultime preuve qu’un lauréat ne sait jamais où le prix Goncourt va l’emmener.
rfi.fr

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