PARTAGER

Il est fréquent aujourd’hui au Sénégal de voir des artistes atteints de maladie grave, ou au terme de leur carrière, faire des quêtes pour se faire soigner. Une situation qui n’enchante guère les acteurs du secteur. Ils se sont réunis hier autour d’une table ronde pour réfléchir sur le statut des acteurs du secteur de la musique.

Un artiste peut gagner de l’argent dans sa période active, mais il suffit qu’une maladie grave le frappe pour qu’on commence à chercher à cotiser de l’argent pour l’aider. La question de la précarité des artistes s’invite souvent aux débats. Et hier, au Monument de la renaissance, elle a été encore abordée par les différents intervenants, experts et acteurs du secteur de la musique, comme l’Association des managers et agents d’artistes (Amaa), les Acteurs de l’industrie musicale (Aim), l’Associa­tion des métiers de la musique du Sénégal (Ams) ou l’Associa­tion des diffuseurs artistiques et festivals du Sénégal (Adafest), qui ont pris part à la table ronde organisée dans le cadre de la célébration de la fête de la musique, au même titre que Aziz Dieng, conseiller technique au ministère de la Culture.
Pour ce dernier justement, la question nodale est la reconnaissance de l’artiste en tant que travailleur. «Là où il y a un point faible, là où le bât blesse chez nous, c’est la reconnaissance de l’artiste en tant que travailleur. Est-ce que par exemple sur la question de la santé, la question de la mutuelle est la solution enfin trouvée ? Ou est-ce que l’artiste bénéficie d’un mécanisme de sécurité sociale comme tous les autres travailleurs ? Et comment ?» M. Dieng note par ailleurs qu’au-delà des artistes, il y a tous ceux qui gravitent autour d’eux : les techniciens, les régisseurs, les producteurs, les diffuseurs… tous ces professionnels de la culture qui accompagnent les artistes, les auteurs interprètes tous les jours, qui les aident à mieux exprimer leur talent et qu’on ne doit pas oublier. «Les différents métiers de la culture, dont beaucoup de personnes partagent les mêmes conditions : précarité, longue attente de revenus, revenus intermittents. Est-ce que tout cela est organisé dans notre pays ?», s’interroge-t-il avant de répondre : «Si ça l’est. Ça ne l’est pas suffisamment.»
Outre la précarité dans le secteur, la musique fait aussi face à une désorganisation qui gagnerait aussi à être corrigée, demande le conseiller technique du ministre de la Culture. «N’im­por­te qui se lève et devient producteur. Il faut réglementer tout cela ! C’est une préoccupation qui doit être prise en compte. Il faut une réflexion sur ces questions en vue d’aller vers une très bonne mutation. Il faut réfléchir pour trouver les solutions les meilleures, pour qu’on ait un environnement juridique favorable pour l’épanouissement de notre culture.»
C’est en quelque sorte un vaste chantier qui touche, par-dessus les questions de protection sociale et celles relatives à la reconnaissance, la formation, la liberté d’expression, l’organisation, les questions du droit de propriété intellectuelle, des droits d’auteurs et droits voisins… «Dans beaucoup de pays, l’artiste est reconnu de fait. Il n’est pas reconnu de jure. La reconnaissance juridique du statut professionnel de l’artiste et de son statut social ; sa reconnaissance en tant que travailleur a des conséquences. La première, la plus importante, permet à l’artiste de bénéficier des mêmes droits que les autres travailleurs», explique-t-il.
Président du comité d’organisation de la fête de la musique, qui était à l’initiative de cette table ronde, Ousmane Faye s’est réjoui de voir en cette table ronde, après des années de léthargie voire de blocage, un début de solution. «Aujourd’hui, il s’agissait de convoquer une rencontre pour rassembler tout cet ensemble disparate, fusionné dans un seul élan. Et voir comment créer une dynamique pour ne plus s’arrêter.» Un groupe sera mis en place et les travaux lancés pour une proposition de projet de statut de l’artiste avant la fin de cette année 2018.
aly@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here