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Même si le Parquet n’a pas requis la perpétuité à son encontre, imam Alioune Ndao est considéré comme la tête pensante de cette affaire. Mais, ses avocats s’échinent à prouver que l’accusation est fantaisiste, manque d’éléments de preuve. Au final, il pense que le procès se tient sous la dictée de l’Occident dans sa guerre contre l’islam. Rien que ça !

Il est considéré comme le cerveau de cette affaire. Imam Alioune Ndao, qui risque 30 ans, est un homme serein malgré la gravité de l’heure. Il semble avoir transmis cette sérénité à ses avocats, qui ont passé la journée à détruire l’accusation du Parquet. «La publication faite par Abu Hamza sur sa page Facebook et l’appel téléphonique de Matar Diokhané à son épouse sont les deux éléments sur lesquels le Parquet a fondé ses accusations», balancent ses conseils. Lesquels assurent que tout le reste n’est que des suppositions. Me Babacar Ndiaye détaille : «L’authenticité de cette publication et l’appel même restent à prouver. Le Parquet a voulu utiliser ces éléments pour instaurer un conflit de religion en invoquant l’affaire de Diourbel alors que mon client a le droit d’émettre son point de vue sur la religion. Nous avons la religion la plus démocratique du monde. L’islam a toujours toléré le débat d’idées. Et l’imam Ndao a été sommé de quitter la région de Diourbel alors que cette région n’appartient à personne, mais au Sénégal.» Par conséquent, Me Ndiaye estime que «personne ne peut pas être poursuivi pour ses opinions. Pourtant dans ce pays, on a vu des chefs religieux poursuivis pour des chefs de meurtre (allusion à Béthio Thioune) mais n’ont jamais été jugés». Quelle est alors la particularité de cette affaire ? «C’est l’appartenance de l’imam à la communauté des Ibadous  qui serait à l’origine de ses ennuis judiciaires. S’il appartenait à une autre confrérie, il n’aurait pas subi ce traitement. On a dit comme il est Ibadou, si on le maltraite, rien ne peut arriver. Ce qui est fait à imam Ndao est injuste», tonne-t-il. Donc, il compte sur les juges de la Chambre criminelle pour rétablir la vérité. «Car pour lui, imam Ndao n’est pas n’importe qui. C’est un dignitaire religieux, qui mérite respect», souligne l’avocat, très offensif dans sa plaidoirie.

«Il aura 88 ans à sa sortie de prison»
Me Babacar Ndiaye a aussi trouvé que la peine requise à l’encontre de son client était exagérée. «Elle est synonyme de la peine capitale. Si vous condamnez imam Ndao à 30 ans, il va mourir en prison. C’est une condamnation à la mort civile. On vous demande de l’éliminer parce qu’on a requis 30 ans. C’est la peine capitale. Il aura 88 ans et ne pourra pas résister aux difficiles conditions de détention», prévient-il. En tout cas, Me Babacar Ndiaye estime qu’imam Alioune Ndao ne mérite pas cela. «Il devait être décoré parce qu’il a contribué à l’humanisation de plusieurs citoyens, a-t-il remarqué. L’Occident a diabolisé l’islam. Ce qui fait que le mot Allahou Akbar est considéré comme une peste. On fuit maintenant les musulmans.»
Finalement, on invoque le passé pour déjouer le «complot». «L’accusation dont imam fait l’objet, Serigne Touba a subi la même chose. En s’opposant à l’administration coloniale, il a été accusé de vouloir organiser une guerre sainte. C’est ainsi qu’il a été déporté au Gabon. C’étaient des accusations de la puissance coloniale sur la base de mensonges. Mais Dieu était à ses côtés. Imam Ndao est en train de subir le même sort. Mais qu’il se rassure, Dieu sera toujours à ses côtés», se convainc Me Ndiaye, qui a fait retentir «des Allahou Akbar» dans la salle. Que risque-t-on si ce procès est aussi compliqué et complexe ? «Dans cette affaire, met-il en garde, on risque de condamner des innocents sur la base de simples suppositions, si l’on ne fait pas attention. A propos de l’apologie reprochée aussi à l’imam, aucun acte terroriste n’a été commis au Sénégal. Imam n’a jamais diffusé des actes terroristes, il regarde les vidéos par curiosité intellectuelle pour comprendre les maux de la Oumah.» Selon Me Ndiaye, imam Ndao et ses coaccusés ne peuvent pas être poursuivis pour ce délit. Quid du financement du terrorisme ? «On ne peut pas avec une modique somme créer un Etat terroriste», précise-t-il. Selon Me Babacar Ndiaye, le Parquet a voulu jouer sur la corde de la peur en disant que les Sénégalais l’ont échappé belle. «Juste après le réquisitoire du Parquet, cette nuit-là, je n’ai pas dormi. D’ailleurs, lorsque je suis arrivé à la maison ce jour-là, ma femme m’a regardé et m’a dit : ‘’Chéri Taay Nékoo’’ (Ndlr : Chéri, tu ne vas pas bien…) C’est la première fois qu’on arrête un dignitaire comme imam Ndao pour des actes de terrorisme sans que ses proches ne soient arrêtés», s’interroge-t-il.
En écho, El Hadji Basse parle d’un procès tenu sous la dictée de la France «dans sa lutte contre l’islam. Notre Président est allé jusqu’en France pour participer à la marche qui dénonçait les tueries de Charlie Hebdo, un journal qui avait caricaturé le prophète (Psl)». A l’en croire, cette lutte a commencé depuis la période coloniale. Pour lui, «on veut liquider imam et c’est une stratégie». «La seule erreur qu’il a commise, c’est que dans ce quinquennat devenu septennat par le wax waxet, vous n’avez plus le droit d’adhérer à la masse ou d’avoir une ambition quelconque. Khalifa Sall et Barthélemy Dias en sont des preuves. Mais, il est malheureux qu’on vienne demander l’élimination ou la liquidation d’un imam. On est en train de jouer sur l’opinion parce qu’on a fait comprendre à tout le monde qu’imam est un terroriste», dit Me Basse. Toutes les plaidoiries se terminent par une demande d’acquittement.
justin@lequotidien.sn

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