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C’est dans des dénégations systématiques que l’accusé a rejeté les faits. Il dit n’avoir jamais fait l’apologie du terrorisme et personne ne peut aussi affirmer l’avoir vu dans une zone de combats. Il était au Nigeria, dit-il, pour extirper des compatriotes du fief de Boko haram.

Considéré comme le cerveau de cette affaire, Mactar Dio­khané est loin de sortir de l’auberge dans ce procès qui les oppose au ministère public. Pour son deuxième jour consécutif, il faisait encore hier face à la Chambre criminelle. Mais continue à clamer toujours son innocence. «Je n’ai jamais fait l’apologie du terrorisme, et aucun Sénégalais ne peut affirmer m’avoir vu dans une zone de combats», a-t-il répondu au juge. Mactar Diokhané  dit aussi n’avoir jamais posé un acte terroriste. «Les enquêteurs n’ont aucune preuve contre moi, à moins qu’ils montent un dossier pour me charger», dit-il en précisant qu’il n’exerce aucune autorité sur ses coaccusés. Mieux, il n’est pas capable, poursuit-il, de commettre un acte contraire aux commandements de Dieu et aux lois du pays.
Cependant, l’accusé justifie sa présence au Nigeria par l’enseignement de l’arabe qu’il y dispensait. Il reconnait avoir rencontré Aboubacar She­kau  pour sauver, dit-il, les Sénégalais qui étaient dans le fief de Boko haram. «Je les ai trouvés dans un état lamentable. Certains étaient très faibles et ne pouvaient plus parler. Et cela pouvait être du à la maltraitance parce qu’ils ne s’entendaient pas avec les membres de Boko haram. J’ai agi par bonté pour les aider à rentrer sains et saufs», a-t-il avancé. Il poursuit : «Si je n’avais pas réussi à extirper les Sénégalais du fief de Boko haram, je renoncerais à ma nationalité sénégalaise. Ce jour-là, je représentais mon pays et je ne devais pas échouer dans la médiation.»
Mactar Diokhané dit avoir convaincu Aboubacar Shekau pour obtenir l’autorisation de sortie des Sénégalais dans ce bourbier. «Peut-être qu’il a été séduit par ma pertinence», se targue-t-il. Avant de revenir sur son calvaire lors de cette opération commando. «Au Nigeria, j’ai été arrêté avec un blanc. Ce dernier a subi un bon traitement. Quant à moi, j’ai été isolé dans une cellule obscure. J’avais subi toutes sortes de tortures. On me donnait du jus pour mon repas. J’y ai fait 28 jours.»
Mactar Diokhané se prévaut en outre d’un patriotisme qu’il a suffisamment démontré en réussissant à extirper des sénégalais du fief de Boko haram, là où les autorités sénégalaise chargées de cette mission ont lamentablement échoué. Il qualifie son acte de bravoure pour avoir réussi le plus difficile. Mais au lieu de lui décerner une médaille de reconnaisse, on l’arrête, regrette l’accusé qui trouve qu’il ne serait pas devant la barre si c’était dans un autre pays.
A la question de savoir s’il a reçu le message de Daesh pour l’installation d’un Etat islamique dans le pays et ses environs, il a répondu par l’affirmative. «J’ai reçu le message de Daesh pour l’installation d’un Etat islamique au Sénégal et dans les pays limitrophes par application télégramme. Mais je ne prenais pas trop au sérieux ce message», minimise-t-il.
Interpellé à nouveau sur les 65 mille euros reçus de Abu Zaïd, il explique : «Cet argent était un financement de l’Arabie Saoudite. Et si toute personne qui reçoit un financement émanant de ce pays est un terroriste, les terroristes sont vraiment nombreux au Sénégal. Il y a des Sénégalais qui sont mieux financés que nous. Peut-être qu’on est poursuivis parce que nous n’avons pas de pouvoir dans ce pays.»
La Chambre criminelle était loin de le lâcher. «Est-ce que votre première femme Amy Sall était au courant de l’argent qu’il avait confié à sa seconde épouse Coumba Niang ?», demande-t-on à l’accusé. La réponse était non.
Interpellé sur sa barbe très touffue, il dira qu’il a une barbe à la mode. «Même Lionel Messi en a», explique-t-il en provocant le rire dans la salle.

«Imam n’a jamais participé à une réunion à Rosso ou au Lac Rose»
Concernant ses relations avec imam Ndao, l’accusé Mactar Diokhané le décrit comme un patriote et un bon musulman qui croit aux principes de la religion musulmane et qui est contre la violence. D’après lui, tous ses enseignements tournent autour de la religion et tout jeune qui suit ses conseils ne va jamais dévier. M. Diokhané lave même imam Ndao à grande eau. «Imam n’a jamais participé à une réunion. Je n’ai jamais discuté avec lui d’un projet d’installation d’un Etat islamique au Sénégal. Et je n’ai jamais dit que ses daaras constituent des lieux d’endoctrinement», martèle-t-il. Mactar a nié toutes les déclarations qui lui sont prêtées devant le juge instructeur.
Le président Samba Kane de lui rappeler les propos de Abdou Aziz Dia alias Abu Zender devant les enquêteurs : «Ces individus cités supra (Matar Diokhané, Cheikh Ibrahima Dieng, Lamine Coulibaly, Mohamed Mballo, Omar Yaffa, Moustapha Faye, Moustapha Diop)» ont participé à des combats à côté des jihadistes. «J’ai pris part à des rencontres tenues à Rosso et à Richard Toll et les thèmes débattus étaient de savoir s’il faut rejoindre les rangs de Daesh ou de Boko haram. Lors de ces assemblées, Mactar Diokhané était présent. Il y avait deux tendances dirigées par Moustapha Diop et Mactar Diokhané. Ce dernier portait son choix sur Boko haram tandis que Moustapha Diop voulait qu’on soutienne Daesh.» Mactar Diokhané soutient que de telles allégations sont fausses. Car, il ne connaissait pas son co-accusé.
justin@lequotidien.sn

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