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On ne saura peut-être jamais le degré d’implication de Béthio Thioune dans le drame de Médinatoul Salam. Absent du Tribunal, il a entendu les accusés le disculper tour à tour. Khadim Seck a reconnu avoir tiré quatre balles sur la foule cornaquée par Bara Sow et Ababacar Diagne dont les parents ont assisté à la diffusion de la vidéo sur l’exhumation des corps. Glaçant !

Il fallait se boucher les oreilles et fermer les yeux. Les familles de Bara Sow et Ababacar Diagne, qui réclament justice, ont revu les images insoutenables des derniers instants de leurs enfants. Le procureur près le Tribunal de grande instance de Mbour, où se tient le procès du double meurtre de Médinatoul Salam, a projeté quelques images de l’exhumation des corps de Bara Sow et Ababacar Diagne. Il a aussi donné les détails de l’autopsie, qui dit que les corps étaient criblés de balles. Des images que le public et les parents des victimes ont du mal à regarder. Dans sa démarche de confondre les accusés, le ministère public a également sorti des objets mis sous scellés qu’il a montrés au public. Des habits dont l’un des boubous appartenant à Demba Kébé tacheté de sang qu’il portait lors de la tuerie. Il a également montré des habits des victimes, un pistolet, un chargeur trouvé chez Samba Ngom ainsi que des barres de fer et une manche de pelle saisie sur les lieux du crime.
Hier, l’audition de Demba Kébé, cité comme celui qui a incité ses camarades à attaquer la bande à Bara Sow, était très attendue. Mais, il s’est confondu en dénégations à la barre : «Je n’ai demandé à personne d’attaquer (Bara Sow et Ababacar Diagne). Cheikh Béthio n’a jamais ordonné de tuer Bara Sow et n’a jamais remis d‘arme pour tuer qui que ce soit.» Aly Diouf reconnaît avoir envoyé un Sms à Cheikh Faye, chambellan de Béthio, pour lui annoncer la venue de Bara Sow et compagnie. Aliou Diallo, lui aussi a admis qu’il a participé à la bagarre durant laquelle Bara Sow et sa bande ont utilisé des gourdins pour se défendre. Il a avoué qu’il fait partie du «commando» et confirmé que «c’est Cheikh Béthio qui a ordonné de bannir les victimes de sa demeure». Bien sûr, il a nié le fait que cette  injonction «ait été à l’origine des affrontements». Al Demba Diallo n’a pas réfuté sa participation à la bagarre qui a été fatale à MM. Sow et Diagne. «J’ai participé à l’inhumation en tant que membre du commando», dit-il. Il reste une question, qui a son pesant d’or dans ce procès : où était Béthio Thioune le jour des faits ? «Il était dans ses appartements en train de suivre le combat de lutte entre Balla Gaye 2 et Yékini et n’a en aucune façon ordonné de s’attaquer à Bara Sow et Ababacar Diagne», répètent sans se lasser les thiantacounes. Lesquels ont néanmoins reconnu qu’il leur avait demandé de chasser leurs ex-camarades au cas où ils remettraient les pieds dans sa maison.

«Le quatrième tir m’a échappé et la balle a atteint Ababacar Diagne»
Attraction de la journée, Khadim Seck n’était pas à sec de révélations. Agé de 41 ans, il a reconnu sans ambages  avoir tiré quatre coups de feu dont une dans la foule. Il refait le film de cette sinistre journée à Médinatoul Salam : «C’est Cheikh Béthio Thioune qui m’a remis l’arme qui a tué Ababacar Diagne. J’admets que je n’avais pas l’intention de le tuer. Quand le problème a commencé, j’ai tiré trois coups de sommation en l’air pour disperser la foule. Le quatrième tir m’a échappé et la balle a atteint Ababacar Diagne qui, malheureusement, est passé de vie à trépas. C’est après la bagarre que j’ai vu deux corps sans vie gisant à même le sol, et je n’avais pas  identifié le corps qui a reçu la balle. Je n’ai pas assisté à leur inhumation. J’ai tiré par erreur avec le fusil chargé que m’avait donné Cheikh Béthio pour sécuriser les bœufs (Sic).» Après son acte, Khadim Seck et Serigne  Saliou Barro ont caché l’arme du crime sous un tas de gravats. Ils ont été aidés dans cette tâche par «Samba Ngom et Mamadou Ann qui ont effacé les traces de sang qui recouvraient les portières arrières et la malle de la voiture de Cheikh Béthio Thioune». Mamadou Guèye alias «Pape Malaka» voulait jouer au médiateur ce jour-là, «en essayant de calmer les différents protagonistes comme le faisait Serigne Saliou Barro, mais je ne fais pas partie de ceux qui ont enterré les corps». C’est le tour des témoins…
abciss@lequotidien.sn

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