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La Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Mbour a ouvert la première session 2019 par le procès du double meurtre de Médinatoul Salam. Malgré son dossier médical, le juge a ordonné le jugement du guide des thiantacounes par contumace. Les premières auditions des accusés permettent de sérier les responsabilités dans cette affaire.

C’était une journée attendue par les familles de Bara Sow et Ababacar Diagne tués sauvagement le 22 avril 2012. Lors du procès des thiantacounes hier, elles ont attendu la narration des faits. Moussa Dièye, charretier, n’a pas nié son implication dans cette obscure affaire que le juge de la Chambre criminelle essaie d’élucider. Il avoue : «J’ai transporté les corps des victimes à bord de ma charrette pour leur inhumation même si je suis tombé par hasard sur les événements en revenant du chantier. Les deux corps étaient cachés dans la maison du Cheikh.»  Samba Fall a tout simplement nié avoir fait partie de l’attaque, qui a été fatale à la bande à Bara Sow  et à Ababacar Diagne. Il a soutenu qu’il ne «faisait pas  partie du groupe qui a procédé à l’inhumation des corps». Mais, il a «participé à celui qui a déplacé les corps jusqu’au bâtiment en construction avant qu’ils ne soient à nouveau déplacés pour l’inhumation». Alors que Ablaye Diouf, ancien étudiant de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad, a reconnu avoir «participé à l’enterrement des victimes sans en aviser le Cheikh et son chambellan, Cheikh Faye». Pape Ndiaye, cité comme celui qui a convoyé les renforts à bord de son tracteur lors de l’attaque contre Bara Sow et Ababacar Diagne, a nié les faits tout en  affirmant n’avoir pas été en possession de l’engin qu’il avait laissé à son apprenti. Adama Sow a, pour sa part, réfuté sa participation aux assauts qui ont causé la mort des deux talibés de Béthio même s’il dit avoir été présent sur les lieux.
D’après l’acte d’accusation lu par le Tribunal, Khadim Seck a déclaré que Cheikh Béthio lui «a remis son arme et lui a même laissé la directive de ne jamais laisser Bara Sow remettre les pieds dans sa maison». Avant eux, c’est Cheikh Faye qui a ouvert le bal hier. Criblé de question par le président de la Chambre criminelle, le procureur et les deux parties, le chambellan de Cheikh Béthio, âgé de 49 ans, estime qu’il n’est «impliqué ni dans le meurtre de ces deux talibés ni à leur enterrement». Car, dit-il, il était dans les appartements de la vaste demeure, le soir du 22 avril 2019. Poursuivant ses explications, il a même précisé que c’est son guide qui lui avait demandé de ne pas sortir de son appartement. Cependant, il a soutenu avoir alerté la gendarmerie afin «de les informer de la présence de Bara Sow, banni des lieux par le Cheikh suite à des insanités sur Serigne Saliou Mbacké».
Bataille de procédures
Aujourd’hui, l’audience reprendra avec l’audition d’autres accusés, qui vont permettre au juge de démêler le vrai du faux. Lequel a dû arbitrer la bataille de procédures entre les avocats de la défense et des parties civiles et le Parquet, qui a occasionné une suspension de l’audience pendant 30 minutes. Car les conseils de Cheikh Béthio Thioune ont introduit une demande pour qu’on sursoie au jugement de leur client  en l’étayant avec le dépôt d’un dossier médical attestant son incapacité à se présenter à l’audience. Tout en demandant à la Chambre criminelle de juger les talibés du guide des thiantacounes arrêtés depuis 2012. «Cheikh Béthio est un citoyen ordinaire. Il doit se présenter à la barre de votre Tribunal. Mais, depuis janvier 2019, il reçoit des soins intensifs. Nous ne pouvons pas solliciter le renvoi de cette affaire comme nous le permet le Code pénal car cela pourrait porter préjudice aux accusés qui sont en détention préventive depuis 7 ans. Vous avez un dossier médical signé établi par son médecin traitant qui vous éclaire sur la santé de Béthio Thioune», argumente Me Sèye. Me Mouhamadou Moustapha Dieng renchérit : «La défense a déposé à temps et en toute transparence le dossier de Cheikh Béthio Thioune qui atteste un état de santé précaire. Le droit à la santé est un droit fondamental. Cependant, les accusés ont droit à un procès équitable et doivent être jugés conformément à la loi. Donc, l’affaire doit être retenue.»
Ces arguments n’ont pas convaincu le ministère public. «Le Parquet n’a pas le dossier entre ses mains au moment où je vous parle. Le débat en matière pénale est un débat loyal. On ne doit pas prendre parti. Cela porte atteinte à la bonne administration de la justice. Quand un dossier médical n’est pas (porté) à ma connaissance, je ne peux pas prononcer un sursis de contumace», balance le procureur. Il ajoute : «Cheikh Béthio est placé sous contrôle judiciaire depuis le 21 février 2013. La Chambre d’accusation n’a toujours pas levé cette mesure. Le dossier constitue un tout. L’argument balancé n’est pas du tout recevable. L’accusé doit respecter les obligations imposées par la justice.» Des propos appuyés par des avocats de la partie civile en l’occurrence Me Khassimou Touré qui  a précisé  qu’on ne leur a jamais communiqué le dossier médical de Cheikh Béthio avant de souligner que les victimes ont les mêmes droits que les accusés. Ainsi, la Chambre criminelle a décidé de juger les accusés ainsi que le principal mis en cause. «Nous rejetons la demande de sursis du Cheikh et ses conseils sont interdits de participer aux débats», tranche net le juge, qui annonce que le guide des thiantacounes sera jugé par contumace. A Bordeaux, il doit avoir la tête tournée vers Mbour où se tient le procès.
abciss@lequotidien.sn

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