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Le représentant du ministère public a requis hier à Dakar contre les jeunes arrêtés lors de la marche avortée du 25 juillet dernier de Me Abdou­laye Wade une peine de prison assortie du sursis. Ils seront fixés sur leur sort le 11 août. Ils étaient attraits à la bar­re, hier, pour «participation à une manifestation interdite et violation d’arrêté préfectoral».

Hier, les prolongations de la marche avortée du 25 juillet dernier de Me Abdoulaye Wade, tête de liste nationale de la Coalition gagnante/Wattu senegaal, se sont jouées au Tribunal d’instance de Dakar, ex-tribunal départemental. En effet, après avoir passé les élections législatives dans leur cellule en prison, les jeunes arrêtés le jour de cette manifestation avortée ont fait face au juge et ses assesseurs. A l’ouverture du dossier à la barre, la défense a soulevé des exceptions de nullité de la procédure. Après une pause de quelques minutes observées, le Tribunal a statué sur le cas des prévenus Abdoul Aziz Diallo et Ibrahima Dia qui ont fini par être écartés de l’affaire. L’exception soulevée est qu’après l’interpellation des deux, la police ne leur avait pas notifié qu’ils pouvaient bénéficier de l’assistance d’un avocat, comme le stipule la loi.
C’est tout le contraire des autres jeunes membres de la Coalition gagnante/Wattu Sene­gaal interpellés. Il s’agit de Serigne Diouf, Filly Cissokho, Mamadou Sabaly, Mame Mbaye Diouf, Yoro Dieng Guèye, Joseph Nafa Niang et Abdoulaye Diao. Attraits à la barre pour «participation à une manifestation interdite et violation d’arrêté préfectoral», les prévenus suscités ont tous nié les faits.
Interrogés tour à tour, ils ont chanté le même refrain. C’est-à dire qu’ils ignoraient que la marche a été interdite par l’autorité administrative. Mais dans son réquisitoire, le procureur a laissé entendre que les prévenus sont «coupables des faits pour lesquels ils sont poursuivis». Et de renchérir : «Toute participation à une manifestation interdite est un délit puni par la loi.» Par conséquent, le maître des poursuites a requis une peine assortie du sursis contre le groupe des mis en cause.
Dans sa plaidoirie, Me El hadj Amadou Sall, un des avocats de la défense et par ailleurs membre du comité directeur du Parti démocratique sénégalais (Pds), a rappelé les dispositions de la loi en vigueur sur le droit à la manifestation. «Nous sommes sous le régime de la déclaration préalable qui a été faite. Une déclaration a été adressée au préfet par Joseph Sarr (Ndlr : Tête de liste départementale de la Coalition gagnante/Wattu senegaal). Et aucune décision du préfet interdisant la marche ne lui a été notifiée. C’est faux.» Dans une salle qui dégage une chaleur extrême à cause de la présence massive du public, Me Sall hausse le ton au fur et à mesure que les minutes s’égrènent. «Ces jeunes ont été arrêtés parce que juste ils portaient des tee-shirts à l’effigie de la tête de liste nationale de la Coalition ga­gnan­te/Wattu senegaal. Ils sont victimes d’une injustice. La tentative de marcher ne peut pas être sanctionnée, parce que la loi ne le dit pas.»
Après ces mots, Me Amadou Sall dira : «Je partage la gêne de monsieur le procureur.» La réponse ne se fait pas attendre. Regard fixé sur le conseiller des jeunes, le représentant du Parquet rétorque : «Je ne suis pas gêné.» Pour finir, Me Sall a plaidé la relaxe pure et simple de ses clients. Les autres conseillers de la défense lui ont emboîté le pas. Le délibéré a été fixé au 11 août.
Durant la campagne électorale, Me Abdoulaye Wade, depuis le département de Dagana, dans le nord du pays, avait appelé les citoyens sénégalais à envahir les préfectures, sous-préfectures du pays pour réclamer leur carte d’électeur. A Dakar, la tête de liste nationale de la Coalition gagnante/Wattu senegaal avait exhorté les citoyens à marcher de la Place de l’Indépendance au ministère de l’Intérieur afin de manifester pour la même cause devant les locaux de ce département en charge de l’organisation des élections législatives du 30 juillet dernier. Son convoi stoppé net à la poste de la Médina, les jeunes malchanceux ont été pris dans le panier à salade par des policiers en civil au centre-ville.
msakine@lequotidien.sn

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