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Imam Alioune Badara Ndao a expliqué hier dans l’après-midi à la Chambre criminelle son plan de développement pour la région de Kaolack d’un montant de 600 millions de francs Cfa. Cependant, il n’a jamais été question pour le religieux, accusé de blanchiment de capitaux entre autres, d’installer un Sénégal un Etat islamique.

Le présumé terroriste imam Alioune Badara Ndao a presque nié en bloc hier, devant la Chambre criminelle, les propos qui lui étaient prêtés et qu’il aurait tenus durant l’enquête à la gendarmerie, puis au juge d’instruction. Cependant, il a reconnu avoir conçu un plan de développement local pour d’abord sa commune et qui devait progressivement s’élargir au niveau régional. Pour les composantes de ce plan, on note une bergerie pour régler les problèmes de ravitaillement du pays en lait et en moutons notamment pendant les fêtes de Tabaski, créer un fonds endogène qui proviendrait de la société pour servir cette société, vaincre l’insécurité en mettant en place des comités de vigilance en collaboration avec la police et la gendarmerie. Il s’agit aussi dans ce plan d’éradiquer la mendicité et de renforcer le parc automobile. Pour dérouler ce programme, il avait besoin de juste 600 millions de francs Cfa. Le religieux comptait sur les cotisations de la population, les bonnes volontés, des partenariats, mais aussi sur l’Etat. «Mais ce programme devait commencer par ma commune comme test, ensuite s’élargir au niveau régional», a indiqué l’accusé. Omission volontaire ou involontaire, l’imam n’a pas mentionné l’aspect militaire, précisément la formation des jeunes aux armes.
Invité à revenir sur ce point, il a dit à la barre : «La formation des jeunes au maniement des armes devait être confiée à la police et à la gendarmerie.» Selon le Parquet, il aurait déclaré à l’enquête : «Si je dirigeais l’Etat du Sénégal, je me chargerais moi-même de l’entraînement des jeunes aux armes.» A la question de savoir si le développement du pays ne revient-il pas à l’Etat ? L’accusé répond : «Si. C’est pourquoi j’ai confié ce plan au préfet et au sous-préfet.»

«Si je voulais renverser l’Etat, je n’allais pas confier mon
plan au gouverneur» de Kaolack
Selon le procès-verbal de la gendarmerie évoqué par le procureur, imam Ndao prévoyait également dans son projet de développement de combattre la laïcité au Sénégal. Par ailleurs, le procureur le soupçonne de vouloir installer un Etat islamique au Sénégal. Une accusation qu’imam Ndao a catégoriquement rejetée. Tout de blanc vêtu, l’homme à la barbe longue et aussi blanche que le boubou a fait s’avoir qu’il n’a jamais été question pour lui d’installer un Etat islamique, alors que devant le juge d’instruction, il aurait soutenu : «C’est cette forme de laïcité que nous voulons justement combattre. Mon plan est un plan de développement local très différent d’un Etat islamique. Si j’avais l’intention de renverser l’Etat, je n’allais pas confier mon plan au gouverneur (de Kaolack)… Si j’étais contre l’Etat, je n’allais pas donner 3 hectares pour la construction d’une école», s’est-il défendu, répondant ainsi à l’interpellation d’un de ses avocats, Me El Hadji Basse.

«Le contexte actuel veut que les hommes religieux soient
des terroristes»
L’accusé ne voit par ailleurs aucune relation entre concevoir un projet de développement local et renverser un Etat. Même s’il n’avait aucune velléité de renverser l’Etat républicain, il comprend les accusations portées contre sa personne. «Le contexte actuel veut que les hommes religieux soient des terroristes. Les gens pensent que nous autres religieux ne devons pas avoir des ambitions de diriger ce pays, que nous ne devons que nous occuper de nos daaras», s’est plaint l’imam.
Me Mounirou Balal, un des conseillers de l’accusé, est revenu sur le supposé pistolet trouvé chez son client au moment de la perquisition de son domicile. L’arme en question serait un jouet : «Ce pistolet qui était dans mes bagages était un jouet que j’avais saisi des enfants et que j’ai gardé dans la caisse où je range les trucs de ce genre.» Mais imam Alioune Badara Ndao a reconnu avoir cherché pendant 3 ans à avoir l’autorisation de détenir une arme pour sa défense, en vain.
ksonko@lequotidien.sn

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