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«Regards croisés sur les rôles et responsabilités en matière de gestion des ressources naturelles entre la Gambie et le Sénégal» : c’est le thème de l’atelier qui a réuni Sénégalais et Gambiens, membres de «Kawral Sénégam­bie» qui est un cadre de concertation sur la gestion et la préservation des ressources naturelles dans l’espace transfrontalier entre le Sénégal et la Gambie. Au cours de cet atelier, les chefs de Services départementaux des forêts de Bassé (Gambie) et de Vélingara (Sénégal) ont animé des communications sur le Code forestier de ces deux pays.
Si au Sénégal les communes, c’est-à-dire les institutions politiques, sont hyper responsabilisées dans la gestion de l’environnement, en Gambie ce sont les populations riveraines des forêts à qui est dévolue la responsabilité de leur gestion et protection.
Exemple, pour l’affectation d’une terre à usage agricole ou pour l’arboriculture, le demandeur gambien s’adresse en premier au chef de village qui, avant de délivrer l’autorisation de défricher, consulte le comité de développement villageois (Vdc ou Village development committee) qui est composé de 25 membres issus de différents clans du village. Après étude du dossier, le chef de village se réfère aux services techniques qui se rendent sur le terrain en question pour voir s’il n’y a pas des variétés interdites de coupe (baobabs, caïlcédrats, venn). Le chief, une autorité administrative locale, est ensuite saisie, qui à son tour transmet le dossier au gouverneur de région. Toutes ces étapes ne seraient jamais faites si déjà la demande était rejetée par le village.
La carbonisation est formellement interdite dans ce pays et l’abattage d’un arbre est soumis à l’onction préalable des services techniques. Une manière de faire qui a séduit les chefs de village présents à cet atelier. Le président de l’Association des chefs de village de la commune de Kandia, Abdoulaye Sabaly, a dit : «Au Sénégal, les chefs de village n’ont plus aucune autorité sur les ressources naturelles et le foncier. Ils laissent faire, puisque ce sont des personnes qui n’ont aucun intérêt à préserver la forêt, parce qu’ils ont d’autres moyens de survie, qui ont pouvoir de décision sur les ressources environnementales.» Mme Aïssatou Baldeh de Bassé a noté : «Si en Gambie la forêt est peu agressée, c’est parce que les populations riveraines sont responsabilisées et ont tout intérêt à ne pas la piller. Par conséquent, elles ne laisseront pas d’autres individus le faire.»
En outre, dans le pays de Barrow, chaque village a sa forêt communautaire supervisée par le service technique. Le comité de développement villageois planifie son exploitation et initie des activités génératrices de revenus à l’intérieur : apiculture, vente de bois d’œuvre, artisanat d’art, transformation et conservation des fruits.
Le «Kawral Sénégambie», dirigé par le journaliste Moussa Sibo Mballo, est une initiative d’un projet de renforcement des capacités de la société civile locale en gouvernance des espaces transfrontaliers entre le Sénégal et la Gambie, financé par l’ambassade de France au Sénégal et piloté par le consortium Casades (Comité de soutien et d’appui aux activités économiques et sociales) et l’Association Mballodiren (Gambie). Ils ont mis à profit les bonnes relations qui prévalent entre le Sénégal et la Gambie suite à la prise de pouvoir du Président Adama Barrow pour lutter contre l’intense destruction des ressources forestières de part et d’autre de la frontière.
akamara@lequotidien.sn

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