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Ahmad Bâ alias Ahmad Ahsai, est un jeune rappeur sénégalais vivant dans le populeux quartier de Niarry Tally. Il vient de lancer son tout premier single : Siggil te xool. Un morceau dans lequel il appelle toutes les personnes vivant des situations difficiles, toutes les personnes qui ont développé des complexes d’infériorité, de culpabilité, toutes les personnes qui dépriment à cause de critiques infondées, à relever la tête.

«On a tous des difficultés, on a tous connu des épreuves, des choses dont nous ne sommes pas fiers. Nous sommes tous égaux. On n’a pas besoin de se faire valider auprès de quelqu’un d’autre, ou à se justifier auprès de qui que ce soit. Peu importe ce qu’on a fait dans la vie. Là d’où l’on vient ne détermine pas là où on sera demain. Quiconque se croit au-dessus de tous, quiconque se croit investi de forces surnaturelles, se méprend. La vie est longue et remplie d’événements inattendus, de changements drastiques.» En attendant ces mots et la formulation de cette philosophie, on croit forcément que ce sont des propos sortis de la bouche d’un patriarche. Pas du tout ! Dans son premier single, Siggil te xool, Ahmad Bâ alias Ahmad Ahsai, ce jeune rappeur âgé de 24 ans, adopte un langage mûr et une philosophie comparables à ceux d’un vieillard ayant déjà 100 ans. Ses textes et son attitude reflètent bien l’adage qui dit : un jeune qui a lu 100 livres et celui qui a voyagé dans 100 lieux sont pareils à un vieillard qui a vécu 100 ans.

Pour en réalité, réaliser son premier single intitulé Siggil te xool, Ahmad Ahsai révèle qu’il s’est nourri de livres et qu’il lui a fallu des années de recherche et de préparation. «J’ai commencé les enregistrements en 2014, et en 2016 je finalisais mes chansons… En 2017, j’ai sorti mon premier single. De 2013 à 2017, c’était plus une période de préparation et de recherche. Ça m’a pris du temps, mais j’ai acquis en expérience, surtout dans le domaine technique, je produis des chansons aussi, je fais le beat et le mastering», explique le jeune artiste.

Steph et Paul : les encadreurs
Passionné de voyages et diplômé en technique de sons, Ahmad Ahsai a pu, au cours de ses années de formation à Sun Hitech, se perfectionner mais surtout et mieux encore, compter sur le soutien et l’appui considérables de deux de ses professeurs : Paul Sambou et un certain Stéphane.  «Quand ils ont su que je faisais du rap et que j’aimais bien ce que je faisais, ils ont cru en moi et ensemble on a commencé à faire de la musique», explique-t-il. «Dans Siggil te xool, c’est Paul qui a composé la musique, moi je fais le beat, je continue l’enregistrement. Il m’a donné des conseils et on a ajusté ensemble tout le morceau. C’était mon professeur de Mao : musique assisté par ordinateur de même que Stéphane», précise-t-il. Tous les deux, poursuit-il, l’ont beaucoup aidé, et continuent de le faire jusqu’à présent. «Je profite bien de leurs conseils. Paul E. Sambou est  mon mentor, il m’encadre toujours, et je suis même actuellement en stage dans son studio, où je bénéficie de son expérience dans le milieu tout comme celle de Stephane.» Cela dit, le jeune homme note qu’il a son propre studio, non sans sentir le besoin de faire des stages, histoire de s’améliorer.

Un passionné du rap
La musique, le rap a toujours été une passion pour Ahmad Ahsai. «J’ai commencé à me sentir très connecté au rap quand j’avais 12 ans», confie-t-il. Pour lui, c’était la fougue de jeunesse. Mais au fil du temps, Ahmad s’est rendu compte que le rap est une musique extirpée du fond du cœur, une musique très honnête, une musique vectrice d’émotions… «Cet aspect du rap m’avait beaucoup touché. Les rappeurs sont en général, des gens très honnêtes avec leur musique, ils ne sont pas pédants. Ils disent les choses qui leur viennent du fond du cœur», explique-t-il. Le rap a été donc pour lui  un moyen d’exprimer ses premiers soucis d’adolescent, ses toutes premières pensées et de diffuser tout ce qu’il ne pouvait pas dire aux autres personnes. Mais au fil des années, cette  fougue de jeunesse va évoluer pour devenir tout simplement  un moyen d’expression, un moyen d’extérioriser ses sentiments, un moyen d’affirmation. «Je continue toujours avec le rap, parce que je trouve que c’est assez puissant. C’est une musique que toute la jeunesse du monde écoute, et j’ai envie d’amener cette chose, ces consciences, cette positivité, cet éveil dans le rap»,  dit ce jeune rappeur…

Siggil te xool show à Niarry Tally
Siggil te xool est en réalité, une modeste contribution de Ahmad Ahsai, dans le milieu hip-hop. Il affirme que beaucoup d’autres projets sont en train d’être muris et suivront bientôt, mais en attendant, Ahmad pense à la promotion de ce single. Il prévoit en ce sens d’organiser un grand concert dans son quartier à Niarry Tally. La date n’est pas encore retenue mais il envisage déjà y inviter d’autres jeunes qui feront des sketchs, pour sensibiliser les jeunes  de Niarry tally sur plusieurs fléaux, notamment les grossesses, précoces ou non désirés, l’alcoolisme… «C’est une réalité dans le secteur ici à Niarry Tally ; je vois des jeunes devenir mère. Je suis témoin de comment leur vie a changé. Par rapport à comment elles vivaient quand elles étaient toutes jeunes en train de profiter de la vie avec beaucoup d’amis. Maintenant elles ne vont plus à l’école, elles ont perdu leurs amis. Ce sont des choses qui me travaillent. Il y a aussi ces jeunes qui prennent de l’alcool, qui sont bannis et qui vivent en marge de la société. Je veux organiser ce concert pour les sensibiliser, et leur dire que ce n’est pas vraiment ça la solution.»
Les idées, Ahmad Ahsai en a plein la tête mais les fonds ne sont pas encore réunis, pour faire aboutir ses projets. «J’avais l’intention de faire beaucoup de show, mais les réalités ne sont pas favorables, il n’y a pas assez de fonds. Je me contente pour le moment de ce que la vie m’offre en espérant un avenir meilleur», mentionne le jeune homme.
aly@lequtotidien.sn

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