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Le réalisateur El Hadj Demba représente le Sénégal dans la catégorie documentaire au Clap Ivoire 2017. Il traite dans son court métrage, J’existe, de la condition d’une femme mère de famille. Ndèye vit dans un quartier défavorisé de Guinaw Rail et a à sa charge 3 enfants. C’est son histoire que ce réalisateur, qui se définit comme «un artiste radical et marginal, politisé de la tête aux pieds», se plait à raconter tout en se racontant. En le rencontrant à Abidjan, Le Quotidien a découvert ce qui le lie à la Côte d’Ivoire, au rap, à son personnage principal et a pu l’interpeller sur sa vision du cinéma.

El Hadji Demba vient de la banlieue dakaroise. Il a été à l’école de Ciné Banlieue. Tenaillé qu’il était par l’envie de raconter le périple migratoire de jeunes qu’il a connus et qu’il fréquentait, il s’adonna au cinéma et cela, sous l’œil averti de Abdoul Aziz Boye (le père de Ciné Banlieue). «Beaucoup de nos amis partaient en Europe, et ne sont jamais revenus. Ils reposaient dans les cimetières de l’océan. J’ai voulu parler de cela, restituer cela. L’idée était de créer un ciné club pour parler de tous ces maux qui nous gangrènent», explique-t-il. C’était en 2008, une époque où le jeune homme a découvert, lu et visionné les discours, les livres et les films sur Thomas Sankara. La vie du célèbre capitaine Bur­kinabè, ses combats, sa force feront jaillir en lui, une rage de se prouver. Sa conscience politique prend pour point de départ Sankara. Il décida alors de dire à son tour les choses par le canal de l’image. Aujourd’hui, l’homme, toujours flanqué de son bonnet de baol-baol, livre sa vision du cinéma. Pour lui, «un cinéma doit être conscient, le cinéaste doit faire des films pour son Peuple, des films qui parlent aux gens ordinaires, des films pour parler pour tous les laissés-pour-compte». En clair pour El Hadji Demba Dia, «le cinéma est juste un outil, un outil de communication et on s’en sert». Et donc il s’en sert pour grimper les échelons.
Sélectionné pour présenter son court métrage J’existe, au Clap ivoire 2017, le jeune homme exprime sa fierté. «Les festivals permettent de montrer notre travail, de vulgariser ce que l’on fait. C’est aussi des espaces d’échanges et de dialogue entre nous autres créateurs de l’Uemoa. C’est important de nous frotter avec nos confrères, d’évaluer la dimension de ce que l’on fait et voir ce qui nous lie et qui nous différencie.» Lui, ce qui le lie à la terre ivoirienne est encore plus grand. Ce n’est pas juste une histoire de cinéma. «La Côte d’ivoire, c’est un pays particulier. Mon auteur préféré c’est Ahmadou Kroumah, mon footballeur préféré Didier Drogba, mon chanteur préféré Alpha Blondy, mon humoriste préféré Adama Dahico», confie-t-il tout joyeux de sa présence en terre ivoirienne. El Hadji Demba Dia accorde une grande importance aux relations qu’il tisse. Ce représentant du Sénégal au Clap Ivoire évoque avec fierté, ses raccords avec des sommités du rap sénégalais à l’instar de Awadi, Fou Malade, mais les petites rencontres l’inspirent également. C’est le cas avec son personnage principal, Ndèye, qu’il décrit comme une femme «extraordinaire».

J’existe au Clap Ivoire
C’est lors de ses pérégrinations à Guinaw Rail que le réalisateur a rencontré le personnage principal de son film. Cette femme, pour qui il a une grande admiration, menait un quotidien très difficile mais a pu de tout temps, s’organiser pour nourrir ses enfants. «C’est son combat au quotidien pour sa survie et garder sa dignité qui m’a poussé à faire ce film. Je voulais rapporter son noble combat, qui méritait d’être montré, et le rendre universel», mentionne-t-il. Et le jeune réalisateur est surtout ravi d’avoir amené son personnage principal à se confronter avec elle-même, à changer sa vision des choses, sa façon de vivre. «C’est la magie du cinéma ! Transformer la vie des gens économiquement et socialement», dit-il. Au clap Ivoire, il espère en faire autant en émerveillant le public abidjanais lors de la projection de son court métrage cet après-midi au Cinéma Majestic.

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