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Né à Kandiadiou, un village situé dans la région de Sédhiou,
Mamadou Lamine Sow alias Es-Ow, qui vit en Finlande depuis quelques années, suit sa passion pour la musique. De festival en festival, Es-Ow s’est forgé un nom en partageant la scène avec de grands artistes. En novembre 2016, il sort son premier album : Celebration, un pur mélange de reggae et de style typiquement casamançais. Nour­ri du brassage culturel et mu­sical entre le zouk, la mu­sique traditionnelle de la Guinée, celle de la Casamance et bercé par les airs de Alpha Blondy, c’est tout naturel pour l’enfant peulh d’avoir ces différentes influences dans son album.
Dans cet album, composé de 8 titres, Revolution, Dialiya, Diawara, Sorila, Dale, Sunkutu Gnimma, Celebration (titre éponyme), l’artiste rend hommage aux enfants à travers le morceau «phare», Save the children. «J’ai choisi ce morceau parlant des enfants pour parler de moi-même, de tout un chacun. Les enfants sont trop vulnérables. Quand il y a guerre, hécatombe, ce sont eux les premières victimes. Les enfants ont le droit d’être sauvés, protégés, aidés, éduqués et accompagnés jusqu’à ce qu’ils aient 18 ans et puissent faire les choses d’eux-mêmes. Je me suis dit je ne sortirais pas d’albums sans parler des enfants, parce que je n’ai pas vécu une enfance de luxe.»

Retour sur son enfance à Kandiadiou
Es Ow, qui a passé son enfance dans son village natale à Kandiadiou, se souvient des tracasseries que lui et bon nombre de ses amis ont connues durant leur cursus scolaire. N’ayant qu’une seule école dans tout leur village, ils étaient obligés, après l’obtention du Certificat de fin d’études élémentaire (Cfee) et de l’entrée en sixième, de parcourir 12 km de plus pour poursuivre leurs études. «Beaucoup de mes amis qui étaient brillants à l’école ont arrêté les études, parce qu’ils ne pouvaient pas s’adapter. Il y avait plein de tracasseries», explique-t-il.
Des tracasseries, Mamadou Lamine Sow en a connu aussi durant tout le long de son cursus scolaire. Il se rappelle à l’élémentaire que c’était un véritable casse-tête pour ses parents de prendre en charge ses fournitures scolaires. «A l’approche de chaque ouverture des classes, ma maman vendait ses bêtes pour m’acheter des cahiers, stylos… Elle a tout fait pour que je puisse terminer mes études. Big up à elle !»
A l’université encore, le jeune paysan a dû batailler ferme pour s’en sortir. «Je logeais aux Parcelles Assainies et, les matins, c’étaient des bousculades au niveau des bus ; je me suis une fois blessé au genou. A la Fac aussi, c’était à coup de bousculades que l’on arrivait à avoir une place où s’asseoir. Un jour, j’ai eu ma place mais je n’avais pas de stylo pour écrire. Je l’avais perdu», narre-t-il

Réhabilitation de l’école élémentaire de Kandia­diou : un projet à cœur
Fort de ce parcours, l’éducateur et chanteur Es-Ow Diato a nourri, depuis les nuits glaciales d’Helsinki, un projet auquel il espère aujourd’hui donner forme. Ce projet consistant à donner un nouveau visage à l’école primaire de son village natal Kandiadiou lui tient vraiment à cœur. Cette école étant celle où il a fait ses études primaires, celle qui a fait de lui tout ce qu’il est devenu. «Quand je viens au Sénégal, c’est dans le but de faire la promotion de mon album qui est notre fils aîné. C’est pour également accompagner et parler du projet qui me tient à cœur et qui a pour objectif de changer la vie scolaire de quelques enfants en Casamance, notamment dans mon village natal.»
Créée en 1956 par les colons, cette école fut la première construite dans cette zone, avant les indépendances. Elle a formé pas mal de cadres mais depuis quelques années, cette dernière était dans un état pitoyable. Les deux salles de classe, qui la formaient, étaient tellement fissurées qu’aux yeux d’Es-Ow, il était inadmissible de laisser les enfants étudier dans ces conditions. Ainsi, il a entrepris de restaurer les deux salles, d’éliminer les abris provisoires qui y ont été construits et de bâtir de nouvelles salles de classe et une clôture pour cette école qui était attenante à une route. «Pas mal d’accidents s’y sont produits. Un de mes cousins en a été victime. Mais il s’en est heureusement sorti», explique-t-il.
Convaincu qu’il serait plus utile aux enfants de son village qu’aux enfants finlandais dans le luxe, Es-Ow promet de faire le maximum pour changer les choses et ce, avec l’aide des habitants de son village. Grâce à l’argent collecté durant ses shows, il espère réhabiliter l’école de Kandiadiou mais aussi celle d’autres villages environnants et redonner le sourire aux enfants. Puisque, pour lui, il n’y a qu’une vérité qui vaille : «Dès que l’éducation est ratée, il n’est plus question de développement. Le point de départ de tout développement, c’est l’éducation. Il faut qu’on éduque la population !»
aly@lequotidien.sn

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