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Ce ne sera pas la première fois qu’elle passera de l’autre côté de la scène pour diriger une pièce de théâtre. Mais cette pièce-ci, «Adja la militante du Gras» de Marouba Fall, est particulière pour Ndèye Fatou Cissé puisqu’elle lui a valu une distinction internationale. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la pièce devait être jouée à Sorano sous sa direction. Mais le Covid-19 est passé par-là.

Sur les planches sénégalaises, ce ne sont pas les excellentes comédiennes qui manquent. De grands noms ont marqué l’histoire, comme Assy Dieng Ba, Isseu Niang ou Awa Sène Sarr. Mais quand il s’agit de diriger la mise en scène, elles sont moins nombreuses même si elles ne manquent pas pour autant de talents. Ndèye Fatou Cissé est une de ces perles rares. Pensionnaire du Théâtre national Daniel Sorano, elle est bien connue des Sénégalais puisqu’ayant incarné certains rôles dans des séries ou des pièces de théâtre. Aujourd’hui, elle passe de l’autre côté pour diriger la mise en scène de la pièce de Marouba Fall Adja militante du Gras. A quelques jours de la représentation prévue initialement le 7 mars dernier, nous l’avions rencontrée aux côtés de l’auteur pour discuter de la pièce. «C’est une commande passée depuis janvier et on devait jouer ça pour le 7 mars, mais comme le Président a décrété l’arrêt de toutes les manifestations, donc on a reporté», expliquait-elle. Amoureuse du théâtre, Ndèye Fatou Cissé a été formée à l’Ecole nationale des arts en 1995. «J’avais fait du théâtre à l’école et quand j’ai appris qu’il y avait un concours pour intégrer cette école, je l’ai passé», se souvient-elle. Pendant son cycle de quatre ans en art dramatique, elle s’est aussi formée à la mise en scène. «Quand on fait une formation en art dramatique comme moi à l’Ecole des arts pendant 4 ans, on est aussi formé en mise en scène. Et moi, j’ai aussi suivi des stages en scénographie au Burkina Faso, en Tunisie ou en Côte d’Ivoire», raconte-t-elle. Au-delà d’un challenge, assurer la mise en scène d’Adja est avant tout un plaisir. «J’adore cette pièce. J’ai gagné un prix de la Meilleure interprétation féminine en France en jouant Adja la militante. En plus, je pense que le hasard n’existe pas et c’est le théâtre Sorano qui a choisi en me donnant ce texte». A la sortie de l’école, Ndèye Fatou a intégré la troupe Zenit’Art où elle fera ses armes aux côtés de Pape Faye. «Je suis restée là-bas pendant 5 ans avant d’aller au Théâtre nationale Daniel Sorano», raconte-t-elle.

Modèle de femme dévouée

Pourquoi le choix de cette pièce pour célébrer la journée dédiée à la femme ? «Certains demandent pourquoi ne pas avoir choisi Nder en flamme pour ce 8 mars. Mais Sorano a joué cette pièce N fois. L’auteur de cette pièce, Alioune Badara Bèye, est le président du Conseil d’administration du théâtre et il n’y a même pas deux ans, on a joué Nder ici. Mais je pense que c’est une continuité des femmes de Nder», explique Mme Cissé. Plusieurs années après sa création, Adja garde son actualité. «La pièce date de longtemps, mais en la jouant, on a l’impression qu’elle a été écrite aujourd’hui même. Le message qu’elle donne, c’est la femme dévouée, prête à franchir des obstacles. Marouba me disait qu’il s’était inspiré de Adja Arame Diène. Et en lisant le livre, on découvre une femme qui milite dans le parti, mais dont le mari ne veut pas qu’elle entre en politique. Elle affronte son mari, mais pas dans le sens où elle se bat contre lui. Au bout du compte, on voit la femme qui atteint son objectif malgré les objections de son mari et de sa fille. C’est une femme déterminé et ce message est très actuel.» Auteur de la pièce, Marouba Fall ne cache pas toute la confiance qu’il accorde à l’artiste. «Elle va apporter sa touche personnelle. J’ai écrit la pièce en tant qu’auteur avec ma vision. Mais le metteur en scène aussi a sa sensibilité. L’essentiel, c’est de respecter le texte de l’auteur. Elle doit s’assurer que les comédiens ne mangent pas les mots, qu’ils ne déforment pas le texte. Pour le reste, elle a sa sensibilité. Et moi je suis très ouvert à ça parce que c’est un autre regard qui ne va pas diminuer ma pièce, mais l’enrichir», explique-t-il. Avec l’arrivée de la pandémie dans le pays, comme tous les autres lieux accueillant du public, Sorano avait baissé le rideau. Mais le travail ne tardera pas à reprendre. Dans les prochains jours, la scène du boulevard de la République va de nouveau s’animer, à la grande joie de ses pensionnaires.

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