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Venue se ressourcer au pays de Senghor depuis 2 semaines, la chanteuse franco-martiniquaise, Queen Sheeba, a effectué un saut au journal Le Quotidien. Histoire de présenter son album 100% reggae, «Love, life racine», et sa vie d’artiste profondément ancrée dans les valeurs africaines. En afro-descendante très fière de ses origines, Queen Sheeba (la reine de Saba) exprime ses impressions et son amour pour la terre sacrée de ses ancêtres. Les trémolos dans sa voix témoignent de son émotion.

Tout est majestueux chez elle. Avec son allure fière, son accoutrement qui trahit ses racines africaines, sa démarche, son regard, ses locks noués dans un foulard (moussor), Queen Sheeba capte tout sur son passage. Installée sur son siège, les gestes bien coordonnés, la reine laisse enfin échapper ses premiers mots. Des mots qui véhiculent un message si fort qu’il n’y a nul besoin de creuser davantage. En tant qu’adepte de Bob Marley, Queen Sheeba porte en étendard la philosophie rasta et tout comme elle en imbibe son album Love, life, racine. Mais avant d’en venir à cet album, elle se présente avec la manière : «Je suis artiste martiniquaise et depuis l’âge de 7 ans.» A 7 ans déjà, Grégoire Roseline (son vrai nom) jouait des pièces de théâtre intergénérationnelles avec sa maman et ses tantes en Martinique. En 1973, Queen Sheeba passait son premier enregistrement avec un groupe, mais se souvient qu’en Martinique ce n’était pas évident. «Il n’y avait pas de femme au-devant de la scène au moment où nous sommes arrivées. Chez nous, il y a toujours eu des femmes qui chantaient, mais elles étaient derrière. Ça restait un sujet tabou.» Puis à Paris, Queen poursuivit son activité artistique et fut la choriste de pas mal de groupes, des groupes connus et inconnus. De 1987 à 1997, une dizaine d’années, elle fit par exemple les chœurs de Alpha Blondy. «Je lui ai fait 4 albums. J’ai voyagé avec lui et le tout dernier c’était en 1995 à Grand Bassam. J’ai été aussi la choriste de Jimmy Cliff, quand il était venu pour la promotion d’un de ses albums. J’ai été la choriste d’autres Jamaïcains comme Wiston Jarret, des Twinkle Brothers et de bien d’autres. J’ai accompagné pas mal de chanteurs», note-t-elle. Et aujourd’hui, après environ 40 ans dans le milieu artistique, Queen Sheeba a décidé de se consacrer à sa propre carrière. «Cela fait maintenant 4 ou 5 ans que j’ai commencé une carrière solo en tant que chanteur lead et j’ai produit mon album Love, life racine.»

Love, life, racine
Sorti en 2016, Love, life, racine est composé de 15 titres disponibles sur toutes les plateformes de téléchargement (Amazone, Sportify…). Dans cet album, la reggae woman parle d’amour, de vie et de racine. «Love parce que l’amour c’est la clé qui éclaire l’obscurité de nos consciences. Life parce qu’il n’y a pas de vie sans amour. Et racine pour ne pas mettre roots, parce que les racines sont à la source de la vie.» Toute une philosophie se cache derrière cette appellation et cet album dont les titres témoignent du lourd sacerdoce que porte son auteur. Dans l’un des titres, Queen s’adresse aux jeunes qui tendent à s’occidentaliser et à bafouer leurs valeurs. Dans un autre, il est question de la Martinique, ou plutôt du chantre de la Négritude, Aimé Césaire. Dans cette chanson, la Martiniquaise rend hommage à Césaire, qu’elle a connu quand elle n’avait à peine que 10 ans et qui, dit-on, était d’une grande généro­sité. «Je l’ai aimé comme un roi et continue de l’aimer comme un héros. On ne cesse de l’aimer. Ces écrits sont un cri d’espoir…», reprend-elle comme refrain dans son éloge à Césaire. Outre ce morceau, il y a un autre chanté en créole, en clin d’œil à la Guadeloupe et un autre en Anglais : Don’t be afraid. Chanté en anglais, ce morceau s’adresse surtout aux Noirs, ceux d’Afri­que comme ceux de la diaspora. A travers Don’t be afraid, Queen Sheeba revendique son appartenance au Peuple noir à qui elle demande de n’avoir pas peur d’être eux-mêmes, de leur culture. Elle dit : «vous êtes des citoyens comme tout le monde, blanc ou noir, chacun a sa place dans la société». Pour la chanteuse, il est essentiel que le Noir se connaisse lui-même, son histoire, sache qui il est réellement, qu’il s’aime, qu’il s’aime avec son cœur, son âme, qu’il aime sa couleur pour former un Peuple fort. «La Négritude c’est un ensemble de valeurs culturelles et artistiques auxquelles je suis très attachée. Aussi j’ai du mal à accepter que chez nous on se décolore la peau. Cela me fait mal quelque part. Ce qui m’a inspiré ce titre c’est qu’un jour j’ai rencontré à Paris une Noire qui se décolorait la peau. Je lui avais demandé pourquoi elle fait cela et je lui fais savoir qu’elle pouvait avoir le cancer de la peau. Elle m’avait dit qu’elle n’aimait pas sa couleur et qu’elle était trop noire. Cela m’a fait très mal», raconte-t-elle les yeux larmoyantes. Résultat d’une acculturation, ou d’un gros complexe ? Une chose est claire chez Queen, il faut s’aimer soi-même. Pour s’aimer soi-même, il faut connaître son histoire et sa culture. Elle revendique son africanité et est fière de partager sa culture. Au Sénégal, elle continue alors de se ressourcer et de nourrir son rêve de s’installer en Afrique définitivement. C’est tout la mal que nous lui souhaitons.

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