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Ses ancêtres lui ont appris à raconter les gloires des rois. Aujourd’hui, malgré l’âge, sa mémoire est restée intacte, notamment quand elle rapporte les relations entre les cours royales et les artisans.

Il tient à son esthétique : «Je préfère accueillir mes hôtes avec une belle tenue», lance-t-il d’entrée, avant de prendre une trêve de quelques minutes. De retour, il apparaît drapé dans un joli boubou bleu, une écharpe blanche autour du cou. Des lunettes blanches cachent des yeux à l’acuité visuelle réduite. Saliou Thiam vit de narration. Il récite le passé, revient sur les épopées qui l’ont marqué. Il tient à la tradition orale et la fait revivre.
L’octogénaire mesure près de deux mètres. Son mince et ridé visage est embelli par des moustaches blanches. L’art de raconter, il l’a hérité de son père El Hadji Abdoulaye Ndama Thiam, un ouvrier qui travaillait à Ngaye Mekhé. Evidemment, pour le compte des rois. Leurs relations datent de plusieurs siècles. Il n’a pas seulement hérité du verbe et de la mémoire de son défunt père. C’est après le décès de ce dernier qu’il est devenu le chef du village de Gateigne Teug, devenu Gateigne Kouré. D’un débit rapide, il retrace sa généalogie : «Nous sommes d’origine toucouleur, mon grand-père s’appelait Alamine Thiam, on l’appelait Ala Thiam. Gateigne fut créé par notre ancêtre Thioukouly Thiam.»
D’ailleurs, c’est sur cette terre qu’ils ont commencé à s’exprimer en wolof, lorsqu’ils l’ont rejoint en 1967. Depuis, ils ne l’ont plus quittée. «C’est mon grand-père Makha qui me l’a raconté en 1976, quand on a déménagé ici. A l’époque, il était le chef de village. On est à Gateigne depuis 7 siècles, mais notre lignée est née à Aeré Lao», révèle-t-il, assis sous la photo de son homonyme et guide religieux, Serigne Saliou Mbacké.
Le communicateur traditionnel s’épanche sur le passé de sa localité : «Notre grand-père Thioukouly était doué dans la fabrication de fusils et il était très apprécié des différents rois.» Le spécialiste de la parole revient sur les rapports entre les griots, les bijoutiers et les cordonniers : «Il y avait de la complicité et du respect entre les travailleurs manuels et les rois, dont Lat Dior. Ils fabriquaient les objets dont ces derniers avaient besoin. En guise d’exemple, je peux citer les hilaires pour la culture, les chaussures en cuir, les selles, les chapeaux. Le plus grand cordonnier s’appelait El Hadji Saliou Mbow. Ces artisans étaient aussi capables d’armer les troupes royales.»
Malgré le poids de l’âge, Saliou Thiam n’a pas besoin de micro pour se faire entendre. Ses timbres vocaux retentissent. Sa voix est perceptible de loin. C’est un héritage. Au crépuscule de sa vie, il compte transmettre son savoir et ses expériences à ses enfants. «A chaque fois que je sors, je montre aux enfants les différents lieux qui ont marqué l’histoire de Gateigne», dit-il fièrement, avec un large sourire.

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