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Quand elle n’est pas sur scène, on ne la remarque point. Elle est très timide. Ce n’est pourtant pas ce qu’elle transmet une fois derrière les platines. Elle, c’est Dj Zeyna, une fille aussi talentueuse que mystérieuse.

Sa timidité contraste avec sa générosité sur scène. Entre Seynabou Ndoye et Dj Zeyna, c’est deux personnes différentes dans un seul corps. Quand on a la chance de la voir sur scène et de la côtoyer dans la vie de tous les jours, on se demande si finalement elle est la même. En effet, derrière les platines, cette dame se lâche comme si elle est possédée par des esprits. A la base, elle voulait être beat maker (compositeur de musique assistée par ordinateur, Mao). En 2011, la jeune Seynabou Ndoye se pointe à la maison des cultures urbaines avec l’ambition d’y ressortir en maîtrisant les rudiments de la Mao. Mais la formation à laquelle elle avait postulé accuse un retard. «Autant aller suivre les cours de Dj en attendant», s’est-elle dit. Plus tard, un concours de circonstances fera d’elle «la Dj» que tout rappeur rêve d’avoir au Sénégal. Mais c’est le Lougatois Nitt Doff qui saura la convaincre de travailler avec elle. Une union improbable devenue formidable, car le tempérament «chaud» du rappeur combiné à la douceur de Seynabou Ndoye offre au public du rap Galsen un duo atypique.
Pourtant, être une fille et se faire un nom dans un milieu d’ordinaire réservé aux hommes se paye parfois au prix fort. «Ce n’est pas facile d’être une fille dans le mouvement hip-hop quand on connaît les préjugés dont souffre ce mouvement. Mêmes les hommes sont taxés de bandits quand ils font du rap. A plus forte raison une femme qui mixe», reconnaît Dj Zeyna. Pour autant, quand la passion devient une force mentale, les préjugés passent au second degré. «Je crois fermement qu’on a notre place ici. Et cela, malgré que ce soit un milieu généralement occupé par les hommes», lance-t-elle, juste avant d’aller faire sa balance jeudi dernier à la Maison de la culture Douta Seck. Toute­fois, même si les préjugés ne l’affectent pas, «l’image de garçon qu’on veut toujours nous coller devient parfois insupportable», mentionne-t-elle frustrée. Dj Zeyna se définit d’ailleurs comme une femme «coquette». «Mes proches me reprochent souvent de trop prendre soin de moi», livre-t-elle tout sourire, exhibant sa féminité.

Un besoin de se singulariser
Une force de caractère, Seynabou Ndoye se l’est forgée. Née d’une famille lébou, cette passionnée des cultures urbaines a dû d’abord convaincre ses parents que le rap n’est pas une affaire de bandits, et ensuite qu’une fille peut y faire carrière. «Les parents peuvent être influencés par l’image que véhiculent des rappeurs, mais pour les convaincre je les ai invités à me voir dans mon milieu.» Dans son milieu en effet, elle s’est fait connaître en participant à la compétition nationale des Dj en 2014. Sûre de ses talents, Seynabou Ndoye remporta la compétition et par la même occasion prouva à ses parents qu’elle a du talent pour pratiquer cet art. Depuis 4 ans, elle assure donc le «Show of the year». Récemment encore, elle était en France pour faire découvrir ses talents. Et maintenant, c’est sa mère qui lui demande d’aller travailler quand elle reste trop à la maison. Avec le recul, elle expli­que son choix d’être par un «be­soin pressant de se singulariser». Son prochain défi, c’est de sortir son premier album, une «façon d’écrire l’histoire».

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