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Entre histoire politique, art et fiction, Laurence Attali rend hommage dans son film «Tabaski» au peintre Iba Ndiaye, natif de Saint-Louis et qui avait réalisé une série de tableaux sur le thème de cette fête religieuse dans les années 1970. La réalisatrice sénégalaise d’origine française montre dans son court métrage l’ambiance qu’il fait à Dakar avant la fête du mouton.

3 thèmes dans un seul film. La réalisatrice sénégalaise d’origine française n’a pas voulu faire dans la dentelle en réalisant son court métrage de 26 minutes. Inspiré de l’œuvre du peintre Iba Ndiaye, natif de Saint-Louis et qui avait réalisé une série de tableaux sur le thème de la «Tabaski» vers les années 70, le film Tabaski de Laurence Attali se veut hybride, mêlant fiction, art et histoire politique. Ce, pour rendre hommage au peintre «hors pair» disparu en 2008 à Paris. «Je me suis inspirée de son œuvre, notamment la célèbre série La ronde de Tabaski : A qui le tour ?, réalisée dans les années 70. En fait, cela faisait référence à toute une période politique où régnait l’oppression, la ségrégation. Mais aussi aux assassinats politiques et des coups d’Etat qui se sont passés après les indépendances», a expliqué Laurence Attali.
Le point de départ du film était Iba Ndiaye, «un peintre qui a fait un travail magnifique et particulièrement cette œuvre sur la Tabaski». Cependant, Laurence voulait ne pas parler directement de la Tabaski, mais plutôt en parler à travers la représentation par l’art. «J’ai mis pas mal de temps à trouver le peintre qui allait non pas incarner Iba Ndiaye, mais réinventer sa propre Tabaski et aussi donner cet imaginaire de la Tabaski. Et quand j’ai rencontré Camara Guèye à la Biennale de 2018, j’ai compris qu’il serait à même de pouvoir travailler avec nous», a affirmé Mme Attali lors de la projection du film en avant-première mondiale vendredi, au musée Théodore Monod de l’Ifan.
Ce sont d’ailleurs ces œuvres de l’artiste Camara Guèye que l’on voyait dans le court métrage, qui sont exposées au musée pendant la projection. Un moment de rencontre entre le cinéma et les arts plastiques. «C’était très important pour moi que la première de ce film soit liée à l’exposition de Camara. C’était indispensable que ces deux choses arrivent en même temps. Camara vend vite ses œuvres et il n’y aura pas une deuxième production qui pourrait s’associer à une exposition. Et cela me semblait absolument évident que ça soit ici», justifie-t-elle.

Une ambiance de Tabaski
Ce film projeté pour la première fois narre l’ambiance qu’il fait à Dakar, à quelques jours de la fête de Tabaski. Dans un quartier populaire, l’on voyait un jeune homme et son troupeau de moutons déambuler dans les rues. Une jeune femme qui venait de temps en temps chez Camara pour lui apporter à manger etc. Dans le même quartier, un peintre du nom de Camara Guèye est enfermé dans son atelier et travaille sans relâche sur le thème de la Tabaski. Sur ces tableaux, des têtes de bélier tranchées, carcasses pendues, y étaient peintes. Le tout accompagné d’une peinture rouge qui gicle sur ces dessins comme du sang frais. Une scène à la limite terrifiante, mais qui faisait référence à l’Aïd-el-kébir, appelée aussi la fête du mouton. Une inscription tracée au mur : «Tabaski, à qui le tour ?», sautait aussi à l’œil. De là, on note une représentation de la Tabaski par l’art.
Les personnages qui venaient souvent devant l’atelier raccrochent le peintre à la réalité. Il y a le berger, celui qui cherche le mouton, et la voisine qui rend service à tout le monde. Ainsi que Tabaski, le nom du mouton qui a donné le titre du film. Lequel était dans l’atelier et observe le peintre Camara travailler et qui le rapproche aussi à la réalité. Parce que, pense Laurence, «Camara est dans un univers totalement fictif, c’est dans sa tête qu’il entend les archives radios, images etc.». Et même, ajoute-t-elle, «tout ce qu’il voit souvent à l’extérieur, le vendeur de couteaux, le mouton ficelé, c’est l’imaginaire et le subjectif du peintre qui font qu’il voit l’archive de Patrice Lumumba et autres».
C’est avec une annonce à la radio de la libération de Nelson Mandela que la réalisatrice a terminé le film. Et c’est à ce moment-là que Camara efface l’inscription tracée au mur : «Tabaski, à qui le tour ?» «Parce qu’on a dans la vie des moments de répit, où il arrête d’y avoir de la violence, de la ségrégation etc. Parce qu’aussi, si ce n’était pas nous les artistes qui disent il n’y aura pas de prochain tour, qui va le dire», a conclu Laurence Attali.
mfkebe@lequotidien.sn

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