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De retour de l’université d’été de la Femis, Pape Bolé Thiaw a présenté le week-end dernier, son dernier court métrage intitulé Daan Doolé. Après les regards critiques portés par les étudiants de Ciné-Banlieue sur ce documentaire de 13 minutes, le jeune réalisateur a été très acclamé mais surtout félicité par son maître Abdoul Aziz Boye. Ce dernier n’a pas manqué de dire toute sa fierté.

Daan Doolé (Payer de sa sueur pour gagner sa vie), le dernier court métrage qu’a réalisé Pape Bolé Thiaw pour marquer la fin de son stage à l’université d’été de la Femis, a été projeté samedi dernier au Ciné-Banlieue. Le jeune réalisateur, qui était présent pour une discussion avec le public composé essentiellement d’étudiants à l’école du cinéma, explique qu’il a voulu, à travers cette œuvre, rendre un hommage à tous les jeunes immigrés qui se battent au quotidien pour affronter la dure réalité de l’Occident, afin de subvenir aux besoins de leur famille. Son œuvre fait en effet un focus sur un jeune immigré sénégalais qui vit en France et qui, pour joindre les deux bouts, vend des sacs sur la grande place de Château Rouge. Ce jeune homme (Mohamed Wade) qu’il a filmé n’est pas une exception. Son histoire ressemble à celle de beaucoup d’autres Africains qui, malgré les réalités de leur pays d’accueil, arrivent tout de même à s’en sortir tant bien que mal.
Dans Daan Doolé, Ahmada (le personnage principal) se raconte face caméra et ses mots pour décrire l’immigration résonnent comme une chanson de bravoure face à ces policiers blancs qui l’empêchent la plupart du temps, à gagner sa vie. Le film de Pape Bolé Thiaw, et surtout son regard, plonge le cinéphile dans un univers où l’on découvre également que malgré les difficultés, les jeunes immigrés sénégalais sont solidaires et arrivent ensemble à faire face à bien de problèmes. Comme par exemple, lorsque la police saisit la marchandise de l’un d’entre eux, ils se cotisent pour aider ce «malchanceux» à relancer ses affaires. L’autre élément non moins important de ce film de 13 mn, c’est que le réalisateur fait un link entre les dures réalités de l’immigration que vivent ces jeunes et leur capacité malgré tout, à se battre pour subvenir ou participer aux besoins de leur famille laissée en Afrique. Dans ce cas particulier, Ahmada est à deux jours du mariage de sa sœur qui vit au Sénégal. Il aurait souhaité être présent. Car cette sœur, dit-il, «représente beaucoup» pour lui. Mais ne pouvant revenir au bercail, sa seule consolation restera sa capacité à pouvoir se débrouiller et envoyer de l’argent pour les festivités de ce mariage.

Séquences confessions intimes
Ce qui fait la force du film de Pape Bolé Thiaw, ce n’est pas pour autant le sujet tel qu’il a été traité. C’est surement le franc-parler du personnage qu’il a réussi en deux semaines (et en deux jours de tournage) à connaître et à filmer dans des séquences assez poignantes. Ahmada lui livre en réalité des confessions intimes, les larmes aux yeux. Et ces larmes ajoutées à la dure réalité qu’il raconte font pleurer certains cinéphiles. D’ailleurs au générique final, certains restent encore choqués par les larmes de Ahmada, pendant qu’il évoquait sa relation avec sa mère laissée au Sénégal et ses sentiments à chaque fois qu’il doit prendre des nouvelles de celle-ci. Daan Doolé est donc un film de cœur, un regard d’un jeune du Sud sur un autre jeune africain immigré au Nord, avec cette volonté de dire entre les images : «L’avenir sera radieux pour qui sait se battre.» Cela s’illustre assez bien dans une autre séquence du film, celle du jeune homme assis sur un banc public regardant de jeunes européens jouant dans un jardin.

L’éternel clin d’œil au mouridisme
Fait du hasard, simple coïncidence ou volonté inavouée du réalisateur, il y a aussi cette particularité qui consiste à faire ressortir dans chacun de ses films, son attachement au mouridisme. Ici en effet, le réalisateur de Baye Fall (son film documentaire sorti en 2015) véhicule, sans le vouloir forcement, tout un message à travers l’accoutrement de son acteur. «Mon message dans ce film n’a rien à voir avec le mouridisme. C’est un concours de circonstances qui fait que ce jeune homme que j’ai filmé était un mouride», se défend celui qui dans les premières images du film fait un gros plan sur le chapelet, le Coran et le tee-shirt sur lequel est gravée une image de Cheikh Ahmadou Bamba. Avec Daan Doolé, Pape Bolé révèle une nouvelle facette de son talent. De quoi rendre fier son mentor Abdoul Aziz Boye. C’est avec fierté que ce dernier lui a servi samedi dernier devant tous les jeunes qu’il encadre : «Jeune homme, je suis fier de toi ! Tu viens de réaliser la moitié du contrat qui nous lie. Mais je ne te laisse pas.» «On doit continuer pour que tu réussisses encore d’autres choses… Je tiens à te voir faire de la fiction. Car tu en as la capacité», a encore ajouté M. Boye, non sans inviter tous les jeunes de Ciné-Banlieue à prendre exemple sur Pape Bolé Thiaw mais aussi sur leurs autres aînés que sont : Moly Kane ou encore Khady Diédhiou qui ont tous été à l’université d’été de la Femis.
Aussi, selon Abdoul Aziz Boye, le moment est venu pour que la jeunesse face le renouveau du cinéma sénégalais. «Vous êtes en train de participer au renouveau du cinéma sénégalais !», leur a-t-il lancé, mentionnant également qu’il est fier de Pape Bolé, parce que «c’est un gosse qui cherche sa voix et qui a beaucoup de qualité humaine». «A vous tous, jeunes de Ciné-Banlieue, tout est possible. Apprenez le cinéma, mais sérieusement», a-t-il conclu.
arsene@lequotidien.sn

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