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La vie des enfants de rue d’Abidjan, les «moustiques», racontée à travers une série télévisée qui retrace l’existence de quelques petits enfants d’un quartier pauvre. Une réalisation de Alex Ogou, co-produite par Tsk studios et Canal+ international. A partir du samedi prochain sur les chaînes de Canal+.

Qu’est-ce qui fait basculer un jeune, garçon ou fille, dans la délinquance et la marginalité ? Alex Ogou, le réalisateur de la série Invisibles, qui est programmée sur Canal+ Afrique à partir du 29 octobre prochain, n’a pas apporté une réponse définitive. Il a néanmoins tenté dans sa série de faire découvrir au spectateur le monde impitoyable des «moustiques», ces adolescents délinquants, qui sèment la terreur dans certains coins d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire.
En prélude à la programmation, le premier épisode de la série a été diffusé le jeudi dernier à la salle du Canal Olympia de Dakar, en présence du réalisateur. Une manière de découvrir que la vie de «Bri» (brigand en argot abidjanais) tient, comme partout dans le monde, à parfois rien. Un père au chômage et qui sombre dans l’alcoolisme, même s’il se revendique musulman, une mère dans l’impossibilité d’exercer son petit commerce, et qui ne sait plus à quel saint se vouer pour nourrir sa petite famille, le décrochage de l’école, l’attrait de l’argent facile et de certains amis qui vous font miroiter des facilités qui peuvent sembler hors de portée… Ingrédients d’une plate banalité, mais au résultat quasi-infaillible. Le petit Chaka n’a pu résister longtemps à son copain Timo, mais cela, ce n’est pas dans le premier épisode qu’on le verra.
Pour rester dans le côté moral, il faut néanmoins noter que la délinquance juvénile au niveau d’Abidjan n’a peut-être pas encore atteint des villes comme Dakar, mais on s’y rapproche dangereusement. Ici aussi, on a des no man’s land dans certains quartiers de la ville, des zones de non-droit, où même la journée, la police ne s’aventure qu’en nombre, et pour une mission bien précise. Or, chaque année, avec le phénomène des «talibés» voué à eux-mêmes, on fabrique une bonne armée d’enfants de rue, avec des perspectives aussi peu claires que les rues dans lesquelles ils s’abritent. Et si leur futur ne sera nécessairement pas celui des «moustiques» d’Abidjan, il ne sera pas nécessairement meilleur. Et dans plusieurs capitales africaines, le cas pourrait se reproduire, mettant les adultes et les autorités le nez dans la fange de leur démission de responsabilités. Comme dit le film, on ne les voit pas dans la journée, parce qu’on veut les ignorer, mais la nuit leur appartient.
On notera le souci du réalisme du réalisateur, la qualité des images, et le jeu des acteurs, surtout les plus jeunes, dont on imagine que pour beaucoup, ils en étaient à leur premier rôle. Le réalisateur a poussé ce souci du réalisme jusqu’à aller recruter certains jeunes sortis de centres de réinsertion pour jeunes délinquants. Mais il n’a pas voulu donner des noms pour ne pas les confronter à la stigmatisation. De plus, plusieurs scènes du film ont été tournées dans les quartiers «chauds» d’Abidjan, comme Abobo Derrière Rail, que beaucoup d’Abidjanais ne connaissent d’ailleurs que par ouï-dire. Toutefois, le réalisateur a trouvé aussi un bon nombre d’acteurs chevronnés pour encadrer son équipe de bambins en mal de formation.
L’ennui des séries pour certains, c’est que l’on ne s’en détache pas tant que l’on n’a pas vu tous les épisodes et toutes les saisons. C’est d’ailleurs que beaucoup n’aiment pas devenir accros, parce qu’ils ne sont pas certains de pouvoir tout visionner quand cela passe. Et la meilleure solution dans ces cas, c’est de ne pas commencer à visionner. On peut imaginer que tous ceux qui ont participé au visionnage du premier épisode sont, pour leur part, déjà contaminés. Ils doivent en être à attendre avec impatience le début de la série sur Canal+.
mgueye@lequotidien.sn

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