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(Envoyé spécial en Chine) – Shanghai film art center (Sfc), il est 13h 30 en local. Une longue file d’attente dans une discipline militaire s’introduit dans l’une des salles de cinéma situées au premier étage. Au programme, un film d’époque. Et pas n’importe lequel, un film américain réalisé par Bily Wilder. Le titre : Some like it hot (Certains l’aiment chaud). C’est un film qui date de 1959, mais qui n’a rien perdu de son intérêt. En témoigne la foule qui s’est déplacée pour l’occasion. Certains cinéphiles de troisième âge sont sûrement là pour revoir une œuvre qu’ils avaient suivie ou dont ils avaient entendu parler lorsqu’ils étaient jeunes. D’autres sont venus pour le plaisir de regarder un film américain au programme du 20e Shanghai international film festival. Il dure 122 minutes. Et dans le noir de cette salle de plus de 500 places, l’écran blanc vient de s’illuminer sous le générique d’ouverture.
Le public est plongé dans l’univers de Chicago des années 1959. En pleine période de la prohibition, un corbillard est poursuivi par un véhicule de police. Des tirs s’échangent, mais le véhicule arrive à s’échapper afin d’aller livrer son précieux chargement d’alcool de contrebande. La police fait une descente dans le tripot clandestin, dont deux musiciens, Joe le saxophoniste et Jerry le contrebassiste, arrivent à s’enfuir. Le lendemain, ils courent cacher l’alcool. Alors qu’ils vont chercher une voiture pour se rendre à leur nouvel engagement, Joe et Jerry sont témoins d’une tuerie entre bandes rivales de la mafia. Afin d’échapper aux représailles, ils se font enrôler dans un orchestre composé uniquement de femmes et doivent donc en conséquence se travestir. Prenant comme prénom Joséphine et Daphné, les deux compères partent en train pour la Floride. Ils font la connaissance de Sugar Kane, la chanteuse de la troupe. Pendant le trajet, une petite sauterie improvisée autour de quelques verres permet aux deux nouvelles arrivées de sympathiser avec le reste du groupe. Joe alias Joséphine est désormais très attiré par Sugar qui lui raconte ses déboires amoureux avec les saxophonistes : elle souhaite se trouver un millionnaire en Floride pour l’épouser.

Un regard ironique sur l’union entre personnes de même sexe
En Floride, de nombreux millionnaires les accueillent chaleureusement dans l’hôtel de luxe où elles vont se produire. Daphné éblouit l’un d’entre eux, Osgood Fielding, et se fait inviter à dîner sur son yacht le soir même. Joséphine ourdit d’autres plans et, dans ce but, subtilise la valise du directeur et seul homme de la troupe. Ainsi, Joséphine peut se transformer en jeune millionnaire pendant que toutes les musiciennes vont à la plage. Sugar y fait la connaissance de Junior, jeune héritier à millions, qui n’est autre que Joe. Junior lui fixe un rendez-vous sur le bateau de Osgood. Le soir, l’orchestre joue et Sugar chante. A la fin du spectacle, elle se dépêche de se rendre au port de plaisance pendant que Joséphine doit se métamorphoser en Junior. Alors que Daphné passe une soirée dansante et chaude avec Osgood, un Junior stratège fait croire à Sugar qu’il est insensible à toute démarche féminine. Elle se fait donc un devoir de lui démontrer le contraire : «Let’s throw another log on the fire», lui dit-elle même (Ndlr : On va mettre le feu à une autre bûche). Tout ce petit monde rentre et Daphné, euphorique, annonce à José­phine qu’elle est fiancée. «Why would a guy wanna marry a guy ?», demande celle-ci. «Security !», répond la future mariée (– Pourquoi est-ce qu’un homme n’épouserait-il pas un autre homme ? – Pour la sécurité ! )…
C’est peut-être là que la projection de film à cette époque (2017) trouve son sens. Puisqu’il faut le reconnaître, la polémique entre pro et anti mariage gay est un secret de polichinelle en Chine comme dans de nombreux pays du monde. Le film de Billy Wilder fait ainsi montre d’une hallucinante et prophétique clairvoyance, 58 ans après sa sortie. Tout un passage du film constitue, en réalité, un vrai clin d’œil ironique aux travestis, face aux rigueurs de la censure moralisatrice. C’est sûrement superflu de le dire encore à la suite de nombreux critiques : cette œuvre est l’une des meilleures comédies de tous les temps…

Leçon finale : «Personne n’est parfait»
C’est un film qui mélange, en outre, avec brio plusieurs genres comme la comédie, le film de gangster, la comédie musicale avec une touche de romance. Un bon mélange des genres qui font de cette réalisation un film assez unique. Chaque séquence se pose comme une grande leçon de cinéma. A la fin de la projection, on retient le légendaire «I wanna be loved by you…poo poo pee do», chanté par la talentueuse actrice Marilyn Monroe, en robe transparente et cette réplique finale complètement surréaliste «Nobody’s perfect» de Joe E. Brown, en milliardaire amoureux à Lemmon, qui vient de lui révéler qu’il est un homme et pas une femme. Même si ce film tourné en blanc et noir a vieilli, il contient le charme des films des années 50. Un grand classique du 7e art à voir ou revoir absolument.
arsene@lequotidien.sn

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