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Des zones d’ombre, il en existe dans le projet de reconstruction du marché Sandaga. Mais un groupe d’architectes est bien décidé à barrer la route à toute velléité de démolition d’un des monuments les plus emblématiques de Dakar. En conférence de presse hier, Annie Jouga, Jean Charles Tall, Mamadou Berthé et Cie, réunis dans le Collectif «Sauver Sandaga», soutiennent que le bâtiment du marché ne constitue pas un danger.

Les cantines qui ceinturaient le marché Sandaga démolies, seul le bâtiment central continue à défier le temps. Et pour le Collectif Sauver Sandaga qui faisait face à la presse hier, de nombreuses zones d’ombre entourent encore ce projet de réaménagement. «Un certain nombre de questionnements par rapport aux objectifs réels d’un programme de réaménagement» empêchent ces architectes de donner leur onction au projet. Mamadou Berthé estime même que le projet porté par le ministre de l’urbanisme Abdou Karim Fofana est tout simplement «illégal». «Ce projet est également illégitime. Ou tout au moins, la communication  gouvernementale ne donne pas d’explications pouvant asseoir sa légitimité», estime l’architecte. En cause, une foultitude d’interrogations qui se bousculent dans l’esprit des animateurs dudit collectif qui se demandent si la Commission supérieure des monuments historiques a été saisie du projet sur Sandaga.  Le projet a-t-il été autorisé pour sa phase de démolition ?  La reconstruction est-elle proposée sur la base d’un permis de construire ? Qui est l’architecte responsable de ce projet ? Autant de questions pour lesquelles les architectes attendent les réponses de l’Etat.
Architecte et membre du collectif, Annie Jouga y rajoute une couche en soutenant que «Sandaga mérite d’être préservé comme d’autres chefs d’œuvre  visibles dans la capitale sénégalaise».  Tout en reconnaissant que le bâtiment recèle «quelques bobos qui n’ont besoin  que d’être réparés», Mamadou Berthé abonde dans le même sens. «Nous avons dit qu’il est temps de tirer la sonnette d’alarme afin de faire en sorte de prendre les bonnes décisions pour l’avenir de notre pays. Ils ont mis en amalgame le bâtiment principal et les environs, mettant le tout dans un package. Avant que ces opérations ne se passent, nous avons rencontré les autorités qui nous ont fait part d’un certain nombre  de projets dont un projet qui consistait à raser le bâtiment et à le reconstruire à l’identique. Un autre qui consistait à raser le bâtiment et tout l’ensemble pour créer un nouvel immeuble sur le même site  un R  plus 4 ou 5».
Engagé dans ce combat citoyen, les membres du collectif estiment que l’enjeu est de taille. «Au-delà de Sandaga, l’enjeu est la définition d’une image  de la ville en cohésion avec son histoire et ses perspectives d’avenir», expliquent les membres du Collectif Sauver Sandaga qui soulignent que la vision contre laquelle ils s’élèvent est une vision mercantiliste du développement urbain.
A la place d’une démolition, le collectif prône «une réhabilitation de ce patrimoine classé historique». «Nous sommes obligés de nous battre pour préserver un pan essentiel de notre identité. Cette destruction, si elle est effective, serait illégale. Un monument classé ne peut être démoli sans l’autorisation de démolir», argumentent les membres du collectif. L’architecte Jean Charles Tall est plus catégorique en disant «qu’il n’y a pas urgence à casser le marché Sandaga». Selon cet homme de l’art, les rapports du bureau de contrôle et de la Direction de la protection civile «n’ont pas fait état d’un quelconque danger par rapport au bâtiment abritant le marché Sandaga». «Est-ce qu’il y a des rapports qui disent très clairement  qu’il faut détruire ce monument ? Si ces rapports existent, pourquoi ils ne sont pas rendus publics ? A notre connaissance, il n’existe pas d’autres rapports techniques sur l’état technique du marché Sandaga. Il y a un rapport qui est fait par le bureau contrôle et un autre rapport de la Direction de la protection civile», souligne l’architecte Jean Charles Tall.

Un pan d’histoire qui disparaît
«Un grand pan de notre histoire et de notre culture est en train de disparaître», rappellent les architectes. L’immeuble Brière de l’Isle, le Building administratif, le stade Assane Diouf, le marché Sandaga et d’autres immeubles du centre-ville, la Corniche de Dakar risquent de ne plus exister dans quelques années, indiquent les animateurs du collectif. Ces derniers invitent les autorités à accepter de discuter avec eux pour prendre les bonnes décisions.

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