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S’accrochant à un hypothétique maintien au pouvoir, Yahya Jammeh vit ses derniers instants à la tête de la Gambie même s’il prétend vouloir prouver le contraire. Le Maroc et le Nigeria lui ont proposé un asile pour faciliter son départ de Banjul, qui se vide de ses occupants à moins d’une semaine de la fin de la transition. Même si Mohamed VI et Buhari sont attendus aujour­d’hui à Banjul, Jam­meh a interdit hier à la Cour suprême d’organiser la prestation de serment de Adama Barrow le 19 janvier.

Questions pour un suiveur de dictateur : à quoi joue Yahya Jammeh, qui s’entête à rester à la tête de son pays à n’importe quel prix ? Pourtant, il lui est aménagé plusieurs portes de sortie qui éloigneraient son pays d’une intervention militaire qui prend plus en plus l’apparence de l’évidence à cause de ses gesticulations. Le Roi Mohamed VI a dépêché mercredi son ministre des Affaires étrangères et le chef du service de renseignement marocain à Banjul pour lui offrir son hospitalité et l’extirper du labyrinthe où il s’est perdu et il n’y sera extirpé que grâce à un fil d’Ariane diplomatique. Moha­med VI sera aujourd’hui dans la capitale gambienne pour donner un caractère plus officiel et solennel à son offre. Marié à une Marocaine, Yahya Jammeh peut s’offrir un «exil doré» au pied de l’Atlas où souvent des chefs d’Etat en rupture de ban viennent se réfugier. Le dictateur zaïrois Mobutu a rendu à Rabat son dernier souffle après que Lau­rent Désiré Kabila l’a chassé du pouvoir en 1997. Considéré comme la capitale «d’anciens dic­tateurs», le Royaume chérifien a aussi accueilli Moussa Dadis Camara, le Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, ou encore Blaise Compaoré pour une période courte ou longue.

 Mohamed VI et Buhari à Banjul ce vendredi  
Aujourd’hui, Jammeh a l’embarras du choix. Le Président Buhari arrive ce vendredi dans ses bagages avec une offre qui ferait peut-être dégonfler «Big man», figé dans ses positions depuis le 20 décembre. Hier, l’Assemblée nationale nigériane a voté à Abuja une loi pour proposer au Président gambien sortant un asile politique. Abuja avait offert le même privilège à l’ancien chef de guerre et ex-Président du Liberia, Charles Taylor. Le chef de l’Etat gambien, qui y posséderait une propriété, accepterait-il de s’installer au Nigeria, vu le sort réservé à Charles Taylor qui a été extradé au Liberia avant d’atterrir à la Cpi qui l’a condamné à 50 ans de prison pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, viol, meurtre et pillage ? Wait and see ! De toute façon, il peut oublier sa retraite dorée à Kanilai où il voulait rester pour cultiver sa ferme. Car sa présence sur le sol gambien restera une menace permanente pour son successeur.

Jammeh interdit la prestation de serment de Barrow…
En tout cas, c’est une porte de sortie honorable aménagée à l’enfant de Kanilai, qui vit reclus dans son enclave depuis le 1er décembre.  A 6 jours de la fin de la transition, la Cedeao, qui semble mettre en réserve l’option militaire agitée comme une épée de Damoclès, conduit sa mission de dernière chance pour con­vaincre l’ex-capitaine à abandonner les rênes du pouvoir. Comme le lui a signifié le Peuple gambien le 1er décembre.  Ces propositions sont une aubaine pour Jam­meh  au ban des «grands hommes», un paria, qui cherche à manœuvrer pour s’ouvrir une porte de sortie, qui ne mène pas à la Cour pénale internationale (Cpi) ou devant une autre juridiction.  Jammeh, qui est aussi menaçant qu’une mouche sur la croupe d’un taureau, ne dilue pas sa détermination. Il a nommé un médiateur chargé d’aplanir les différends avec le camp de Adama Barrow, voté une loi d’amnistie qui couvre la période post-électorale. Ce n’est pas le dernier coup de Trafalgar de cet autocrate au crépuscule de sa vie… Il a pris hier une décision interdisant à la Cour suprême d’organiser la prestation de serment du Président élu. Il a aussi enjoint la Haute juridiction  à ne pas la recevoir si évidemment Adama Barrow arrivait à le faire dans d’autres circonstances.  Inquiétant !
bsakho@lequotidien.sn

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