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La conception de brise-lames (tétrapodes) et d’autres aménagements peut constituer une solution durable parmi tant d’autres face à l’agression du littoral sénégalais et de l’Afrique de l’Ouest en général, victimes de l’érosion côtière, a estimé le directeur du Centre expérimental d’études et de recherches pour l’équipement (Cereeq), le Professeur Papa Goumbo Lô. Les brise-lames expérimentés à Saly-Portudal (Mbour) pour protéger ses plages sont parmi les solutions durables susceptibles de stopper l’érosion côtière, a soutenu M. Lô dans un entretien avec l’Aps. «Les brise-lames de Saly ont été faits à base de matériels nouveaux, testés par des géologues et qui peuvent briser des vagues jusqu’à huit mètres de hauteur», a-t-il expliqué. Un brise-lames est une construction du type digue ou jetée (môle), établie devant un port, une zone aménagée, une plage ou un littoral vulnérable à l’érosion. «Nous avons fabriqué des tétrapodes de 2,40 m, 4,5 tonnes, avec 2 à 3 mètres cubes de volume, conçus avec du ciment marin et coûtant moins cher que tout ce qui a été fait en termes de brise-lames», a dit l’environnementaliste aménagiste.
Le tétrapode est un élément de brise-lames, un bloc de béton armé fait de quatre cônes tronqués assemblés par leurs bases, utilisé plus particulièrement en ingénierie avec un profil courbe et calculé de telle sorte qu’il minimise l’impact des flux marins. Quant aux brise-lames qui sont une solution naturelle, ils stoppent, brisent et cassent la houle qui tape sur la plage et permettent au sable de se déposer. Pape Goumba Lô souligne que «dans certains sites côtiers, comme à Ouakam, Ngor et ailleurs, quelle que soit l’ampleur de la houle, la côte ne bouge pas, car en face de Yoff Layène, se trouve l’île de Yoff qui protège toute cette partie». «Toutes les houles qui devaient taper sur Yoff sont déviées par l’île de Yoff. L’île de Ngor fait la même chose pour la plage éponyme et Soumbédioune est protégée par les îles de la Madeleine. Quant à Ouakam, sa plage est protégée par un petit îlot submergé, appelé le marabout couché», a fait savoir le directeur du Cereeq. «Si aujourd’hui, on a pu ériger un port à Dakar, c’est que l’île de Gorée protège la zone du port. Il existe à ce niveau des brise-lames naturels», a dit l’aménagiste.
M. Lô, à titre de comparaison, a donné l’exemple des îlots Corail qui «sont en mer et qui servent de brise-lames naturels protégeant ainsi beaucoup de plages comme celles d’Haïti, d’Hawaï qui restent inertes malgré les courants». «Au Sénégal, ce que nous devons faire est de comprendre la nature, de ne pas la réinventer, mais plutôt de reproduire ce qu’elle a fait ailleurs pour se protéger», a recommandé Papa Goumbo Lô. Pour l’île de Gorée, a-t-il indiqué, «il faut des infrastructures adaptées pour protéger sa partie sud, un site fortement menacé par les houles». Les constructions faites dans cette partie de l’île doivent «répondre à des normes dans ces zones tectoniques, c’est-à-dire qui bougent», a suggéré M. Lô qui relève néanmoins que «le sud-est de Gorée peut être protégé par des brise-lames qui réduiraient la force des houles, tout en stabilisant la zone tectonique». «Les brise-lames, a-t-il expliqué, sont dimensionnés et calculés en fonction de la houle, de la profondeur, de la direction des houles, de la nature du sable, mais aussi de plusieurs facteurs qui, aujourd’hui, sont maîtrisés», selon l’aménagiste côtier. C’est la raison pour laquelle, dit-il, «nous sommes de plus en plus tournés vers les solutions plutôt que les conséquences que nous avons dépassées depuis une dizaine d’années».

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