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En 2003, pour trouver une solution durable aux récurrents problèmes d’inondations de la ville de Saint-Louis, les autorités avaient à l’époque précipitamment creusé un canal ou brèche de cent (100) mètres de long sur quatre mètres de large en aval de la ville afin de permettre aux eaux du fleuve de se déverser dans la mer.
Aujourd’hui, cette brèche s’est élargie en amont vers l’ancienne embouchure à une vitesse inattendue pour atteindre plusieurs kilomètres à cause de la pression combinée des eaux du fleuve et de la mer.
Cette situation perturbe depuis tous les écosystèmes du milieu avec des impacts environnementaux et sociaux indescriptibles et difficiles à gérer par les populations du Gandiol :
La disparation des îlots environnants (village de Ndoune Baba Dièye) et la destruction de la mangrove qui servait de refuge et de lieu de reproduction des poissons, des tortues et de plusieurs espèces d’oiseaux ;
La nappe d’eau douce de la zone est en train de remonter en devenant de plus en plus salée, ce qui expose les populations à des problèmes persistants  d’alimentation en eau ;
La salinisation des sols constitue une menace sérieuse sur l’avenir de la culture maraîchère qui était jusque-là, avec la pêche, les principales activités des populations de la zone ;
L’exode des jeunes en activité, ayant perdu leurs moyens de subsistance vers d’autres horizons.
En effet, durant la période de 2004 à 2008, beaucoup de jeunes du Gandiol ont entrepris des voyages très risqués à travers l’océan pour regagner l’Espagne. Cette émigration clandestine s’est traduite par des séries d’accidents et leur corollaire de morts ou de disparus à jamais dans les flots de l’océan Atlantique ;
Plusieurs installations hôtelières se trouvant à l’époque sur la Langue de Barbarie au niveau de Gandiol sont aujourd’hui rayées de la carte, privant des chefs de famille de leur outil de travail et réduisant sensiblement la capacité d’accueil touristique de la région.
Tous les villages du Gandiol en amont de la ville de Saint-Louis subissent encore les conséquences du projet de 2003. Aujourd’hui à Ndoune Baba Dièye, à Pilote Bar, à Tassinere, à Mouit Mboubaye et plus encore à l’intérieur des terres, on assiste à la destruction continue des habitations et des espaces agricoles.
C’est donc avec un grand intérêt et beaucoup de soucis que nous accueillons le projet de construction d’un ouvrage qui devra jalonner les côtes de la Langue de Barbarie sur 3,5 kilomètres dont le but est de protéger les populations de Guet-Ndar contre les crues du fleuve et les débordements imprévisibles de la mer.
Cependant, nous osons espérer que l’objectif du projet, au-delà de soulager les populations de Saint-Louis, vise aussi à préserver tout le littoral ainsi que les intérêts de l’ensemble des populations riveraines du fleuve Sénégal.
Actuellement, les populations du Gandiol vivent avec désolation et impuissance les conséquences du canal creusé en 2003, avec tout le lot de désagréments cités précédemment.
La situation actuelle de l’embouchure du fleuve est un problème global et toute intervention est susceptible d’avoir des répercussions au-delà de la ville de Saint-Louis.
Ainsi, après avoir identifié les acteurs du projet et l’ensemble des parties prenantes, la convention des Gandiol-Gandiol, qui est un regroupement des forces vives du terroir, attire l’attention des autorités sur la nécessité de prendre en compte les préoccupations des populations qui vivent en amont de la ville de Saint-Louis.
En application de la loi 2001-01 du 15 janvier 2001, portant Code de l’environnement du Sénégal et de l’ensemble des dispositions légales et réglementaires qui organisent et encadrent des projets de cette nature, nous demandons aux acteurs concernés de prendre toutes les mesures nécessaires pour une bonne exécution du projet.

El   Hadji Ndiogou DIOP
Coordonnateur de la Convention des Gandiol-Gandiol
Géographe, Ingénieur en Environnement et Santé Sécurité au Travail
infos@gandiol-gandiol.org

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