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En tendant la main aux Socialistes exclus du Ps, Tanor a lancé un nouvel épisode de ses rapports avec Khalifa Sall. Les antécédents souvent tumultueux rendent quasi-impossible une hypothétique entente entre les deux Socialistes. Même si, en politique, tout est question de circonstances.

Samedi dernier, le Parti socialiste avait ouvert une nouvelle page de son histoire en tendant la main à ses anciens dissidents. Si Me Aïssata Tall Sall fait ses gammes loin du Ps, Khalifa Sall et son groupe revendiquent toujours leur appartenance à l’ancien parti unique fondé en 1948. Cependant, les uns et les autres posent des conditions comme Bamba Fall, en attendant peut-être la réponse de Khalifa Sall, une réconciliation entre Tanor et l’ex-responsable à la Vie politique du parti apparaît comme une utopie, voire un mirage. La cause à un passif lourd et des soubresauts qui ont conduit Khalifa Sall à des déboires judiciaires.
Depuis 2012, Ousmane Tanor Dieng et Khalifa Sall placent leurs pions dans le cadre d’un jeu d’échecs au cours duquel, les seconds couteaux attaquent et contre-attaquent. Un combat par procuration que les deux protagonistes n’ont rien fait pour arrêter. Le Congrès des 6 et 7 juin 2014 participe à ce jeu de dupes. Khalifa Sall, pensant récolter les faveurs de Tanor pour la prochaine Présidentielle, retire la candidature de Me Aïssata Tall Sall. Quoique Serigne Mbaye Thiam, en tant que chargé des Elections du parti, ait ordonné la poursuite des travaux. Face à ces jeunes loups aux dents longues, le Secrétaire général du Ps n’oublie pas son alliance avec Macky Sall en 2012. Et ce dernier point est le lit de la discorde entre lui et Khalifa Sall. Avec 2 ministres, 20 députés à l’Assemblée nationale, une poignée de Pca…, Tanor ne pouvait faire la politique de l’autruche sur ses avantages.
Au lendemain des Locales au bout desquelles Khalifa Sall se retrouve tout puissant maire de Dakar en contrôlant 16 des 19 communes de la capitale, la guerre pour le contrôle du Ps prend forme. Les pro-Khalifa, en l’occurrence Bamba Fall, Idrissa Diallo, Barthélemy Dias, multiplient les déclarations incendiaires contre leur Secrétaire général. Dans le camp des loyalistes, Cheikh Seck, Serigne Mbaye Thiam, Aminata Mbengue Ndiaye, Abdoulaye Wilane s’érigent en bouclier pour Tanor. Le référendum du 20 mars 2016 sera le point culminant.
5 mars 2016 ! Cette date sera à jamais gravée dans l’histoire de la Maison du parti. Ce jour-là, des centaines de partisans de Khalifa Sall inondent le siège du Ps et habillés en t-shirts sur lesquels il est inscrit : «Je suis socialiste, je vote Non.» Copieusement hué dès son arrivée à la réunion de ce Bureau politique qui devait entériner le «Oui» au référendum, Ousmane Tanor Dieng est humilié. Il a failli y laisser sa vie face à des militants qui voulaient lui faire la peau. Des blessures sont enregistrées parmi les proches de Tanor qui est exfiltré dans… les toilettes. La salle Lamine Guèye, siège du Bureau politique, est saccagée au cours de cette chaude journée. «Les responsabilités seront situées et les responsables seront punis», avertira OTD.

Khalifa Sall, candidat du Ps en 2024 ?
Désormais, le linge sale des Socialistes va se laver en justice. Sur instruction du Bureau politique qui va se tenir finalement le lendemain, 6 mars 2016, Ousmane Tanor Dieng dépose une plainte. Le 9 janvier 2017, Bamba Fall, maire de la Médina, Bira Kane Ndiaye, directeur de Cabinet du maire de Dakar, Bassirou Samb, chef de cabinet du maire de Grand-Yoff, et près d’une dizaine de responsables proches de Khalifa Sall sont placés sous mandat de dépôt pour «tentative d’assassinat, violence et voies de fait, destruction de biens appartenant à autrui, injures publiques et menaces de mort». Khalifa Sall porte le combat. Il dénonce un complot orchestré par la direction du Ps pour l’atteindre. Le maire de Dakar s’affranchit des statuts du parti pour mener des tournées. Il annonce son intention de partir aux Législatives en dehors de Benno bokk yaakaar.
Un opposant que prend au sérieux Macky Sall. Le président de la République sort de ses tiroirs le rapport l’Ige qui incrimine la gestion du maire de Dakar dans l’utilisation de 1,8 milliard de la caisse d’avance de la Ville de Dakar. Le 7 mars 2017, le doyen des juges d’instruction envoie Khalifa Sall en prison. Le Ps et Ousmane Tanor Dieng rejettent toute instrumentalisation de la justice. Tanor semble avoir pris le dessus sur son camarade. Le coup de grâce intervient le 30 décembre 2017. Le Bureau politique exclut 65 responsables dont Khalifa Sall et Cie. Plus d’un an après, l’ancien Premier secrétaire du Ps appelle à des retrouvailles. Cependant, le contexte peut expliquer son geste. Si Macky Sall, en principe, ne devrait pas concourir en 2024, le Ps pourrait avoir son candidat. Le Ps se prépare-t-il à cette hypothèse ? Sera-t-il Khalifa Sall ? Ce dernier va-t-il accepter cette main tendue ? Sa réponse pourrait conditionner la suite des évènements au Ps.
bgdiop@lequotidien.sn

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