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Soleil voilé, le second roman de Jean Dib Ndour, a été présenté vendredi à Blaise Senghor. L’auteur a dressé les grandes lignes de son roman en compagnie du professeur de Lettres Raphael Ndiaye qui, lui, en a fait une analyse. Fruit d’une auto-édition, Soleil voilé, raconte en 196 pages l’histoire de Niowi, un Sénégalais immigré en Europe.

Niowi est un jeune sèrère qui quitte son village pour emprunter le chemin de l’exil. A Dakar puis à Paris, on découvre l’univers parsemé d’embuches, d’un jeune «villageois» en capitale, puis d’un jeune Africain vivant en Europe. Etant immigré et vivant en France depuis longtemps, Jean Dib Ndour part de son propre vécu, pour raconte celui de Niowi et de millier d’autres Africains qui tentent de se frayer un chemin en Occident. Il partage avec son personnage principal Niowi beaucoup de points communs, mais refuse le titre de roman autobiographique à son roman. «Je ne peux pas me défaire du roman, mais je ne dirais pas que c’est mon histoire propre. Il y a des sujets et des thématiques, où je peux me retrouver mais ce n’est pas mon histoire. Je me suis inspiré de personnages, d’amis, de gens que j’ai côtoyés», avoue-t-il.
Entre choc des cultures, intégration ou assimilation, Jean Dib Ndour convainc ses lecteurs que le soleil de Niowi est bien voilé. Niowi, ce nom qui sonne si énigmatique a poussé Jean Dib Ndour à choisir un autre titre pour son roman. A l’entame M. Ndour révèle qu’il avait titré son roman : Niowi ou la quête de soi. Mais s’étant renseigné et rendu compte qu’en Occident Niowi n’était pas bien compris, il a finalement opté pour l’oxymore, Soleil voilé. «Soleil comme espoir d’une vie meilleure, cette quête d’une vie épanouie qui,  parfois, est voilé par cette quête existentielle», indique-t-il.
Commis à l’analyse de l’œuvre, le professeur de Lettres Raphael Ndiaye, non moins sérère, a su quant à lui, aisément, deviner le sens caché du nom que porte le personnage principal de Jean Dib Ndour dans Soleil voilé. «Niowi signifie textuellement en sérère : Vis ! C’est une injonction. On désigne ainsi les enfants qui auraient cette capacité de naître et de mourir à volonté et pour leur faire demeurer dans notre existence et pour pouvoir les y attacher davantage. On leur donne des noms de rejet apparent». Niowi, Sagar, Ken Bugul, Abuntaw n’y ont pas échappé, ce sont des réalités bien ancrées chez les sèrères, les wolofs, les diolas et bien d’autres ethnies au Sénégal, fait remarquer l’auteur, qui démontre à travers son livre, qu’il est très attaché à sa culture sérère. «C’est vrai que Soleil voilé parle de problématiques d’immigration, mais j’ai tenu à faire un clin d’œil  à l’Afrique. D’où le choix de ces prénoms. Niowi s’appelle Emanuel mais il tient à son prénom sérère», confie-t-il.
S’inscrivant dans la même veine, Raphael Ndiaye rappelle que le récit de Soleil voilé débute d’ailleurs avec une immersion au village : le petit déjeuner fait à base de couscous de mil (tiéré), la calebasse, les cooqs (cuillères)… Mais bientôt le portrait sombre de la capitale remplacera celui du village sérère de Niowi. M. Ndiaye aborde, alors, les dures conditions de Niowi à l’université de Dakar. Etudiant, Niowi rêvait d’un avenir meilleur. Il cherche alors et obtient une préinscription qui le mène en Europe (précisément à Paris). Arrivé en Occident, Niowi est une fois encore confronté à d’autres difficultés, d’autres  problématiques et angoisses que partagent tous ceux qui sont partis de leur terroir pour se retrouver en Occident. Parmi ces angoisses, le second roman de Jean Dib Ndour rappelle ceux de ces immigrés africains qui ont réussi en Europe, qui veulent rentrer et qui se demandent quelle est leur chance de s’épanouir dans leur pays. De ceux qui hésitent de venir parce qu’il y a un risque, parce qu’ils se demandent s’ils vont trouver du travail.
Au terme de son analyse, le professeur Raphael Ndiaye retiendra que Soleil voilé est un roman d’une «actualité brûlante» et que son auteur, Jean Dib Ndour est un écrivain, un «vrai» écrivain. Quelqu’un qui sait conter et raconter, qui sait construire un récit avec une logique, quelqu’un qui s’est bien documenté pour écrire. «Vous ne sentez pas une rupture dans la construction du récit. Quand je suis arrivé à la fin du récit, je suis resté sur ma faim. Je ne voulais pas que le récit s’arrête», a confié M. Ndiaye. N’est-ce pas là la magie de l’écriture ?
aly@lequotidien.sn

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