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Abdoualye Diouf Sarr.

La qualité des soins primaires dans les régions de Ziguinchor, Sédhiou, Kédougou et Tambacounda n’est pas des meilleures, surtout pour les maladies comme la tuberculose, l’angine de poitrine et l’asthme. C’est le résultat d’une étude menée par l’Institut de population, développement et santé de la reproduction (Ipdsr) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et la London school of health, economics and political science. Elle recommande aux autorités de revoir la formation initiale des infirmiers.

L’étude sur la qualité des soins primaires de santé, réalisée dans les régions de Ziguinchor, Sédhiou, Kédougou et Tambacounda, montre des résultats mitigés. Des progrès certes dans la prise en charge des cas de dysenterie chez l’enfant où le Sénégal arrive largement en tête. «Des résultats bien meilleurs que dans d’autres pays comme la Chine, l’Inde et même le Kenya», constate Mylène Lagarde, assistante et professeur au département de l’économie de la santé de la London school of health, economics and political science. Mais, relativise Pr Mamadou Sall, directeur de l’Institut de population, développement et santé de la reproduction (Ipdsr) de l’Uni­versité Cheikh Anta Diop de Dakar, membre de l’équipe de recherche, il y a encore énormément d’efforts à faire en matière de qualité des soins. Dans des cas de maladies comme l’asthme, l’angine de poitrine, la tuberculose, les résultats sont beaucoup moins favorables pour le Sénégal. «Un patient sur deux seulement est correctement pris en charge et a reçu les médicaments appropriés», révèle Mylène Lagarde qui ajoute que ces résultats montrent qu’il y a des améliorations à faire dans la qualité de soins concernant la prise en charge de ces pathologies.
Mais qu’est-ce qui explique cette contre-performance enregistrée pour ces maladies surtout pour le cas de la tuberculose qui est une priorité nationale ? Ce ne sont pas les connaissances des prestataires enquêtés sur ces maladies qui sont mises en doute, explique Mama­dou Sall. «Ce sont les pratiques et/ou la prise en charge qui posent quelque fois des problèmes», indique-t-il.
Professeur Sall dit avoir observé des décalages énormes entre la formation de certains prestataires et les tâches qu’ils sont amenés à faire quotidiennement sur le terrain. «La plupart des soins primaires dans les postes de santé sont donnés par des infirmiers qui ne sont pas forcément formés à la prise en charge des patients dans le cadre d’une consultation. Ils sont plutôt formés en général à poser des perfusions, à donner des soins à l’hôpital», renseigne Mylène Lagarde.
L’équipe de recherche pense qu’il y a lieu de revoir la formation initiale des prestataires dans la prise en charge de certaines affections. «On doit leur offrir la possibilité de comprendre qu’il est très important de poser des questions aux patients, de mener un interrogatoire approfondi ; ce qui leur permettra de comprendre quels sont les symptômes dont souffre le patient et de poser un diagnostic sans se tromper», conseille Mme Lagarde.
Dr Ndèye Ndella Diagne Konaté, coordonnatrice de la Cellule qualité au ministère de la Santé, est consciente du fait qu’il y a des choses à améliorer. Elle soutient que le ministère a élaboré un plan stratégique qualité 2018-2022. Ce plan compte s’appuyer sur des leviers comme les infrastructures, les ressources humaines.
Concernant le curriculum de formation des infirmiers, le ministère prévoit de le revoir et d’y intégrer le management de la qualité. Une façon de développer davantage la culture de la qualité.
Pour obtenir les résultats publiés hier, l’équipe de recherche a utilisé une approche très novatrice appelée «patients mystères». Ce sont des personnes que l’équipe de recherche a formées et envoyées auprès de 200 prestataires et 16 centres et plus d’une centaine de postes de santé. Ces «patients mystères» se sont présentés comme de vrais patients, mais qui en fait pouvaient dire aux chercheurs quelles questions le prestataire a posées, quels examens il a faits. Et ces chercheurs pouvaient apprécier, car ils savaient quelle prise en charge est recommandée pour telle ou telle maladie.
ndieng@lequotidien.sn

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