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Le spectacle servi par certains hommes politiques du parti présidentiel lors de leur passage sur trois télévisions privées, dans la nuit du mercredi 11 décembre 2019, a choqué plus d’un Sénégalais. Les propos hostiles se sont multipliés d’abord sur les bancs de l’Assemblée nationale. Si invectives, vociférations et insultes ne sont pas nouvelles, elles prennent un tour nouveau ces temps-ci et apparaissent sous la forme d’une guéguerre entre responsables du parti au pouvoir.
Alors que les hommes politiques sont déjà discrédités, ces séances audiovisuelles risquent de creuser un peu plus le fossé entre les Sénégalais et leurs représentants. Les insultes, les invectives et les calomnies renvoient à un monde politique dérisoire, mal élevé, dénué d’intelligence, de culture, de civilité, bref d’humanité.  Aujourd’hui, l’incivilité ou l’insulte en politique est considérée comme une incapacité à faire de la politique, à contrôler ses passions. Et tout dérapage peut se payer cher en termes d’image pour le parti présidentiel et même par ricochet du président de la république.
On voit de ce fait, émerger au Sénégal ce que l’on appelle, aujourd’hui, des «clowns en politiques» dont la caractéristique principale est de verser dans la politique spectacle, Pratiquer le clown, c’est s’éloigner d’une norme comportementale admise par tous. Ce qui fait la spécificité du clown c’est de faire surgir en nous, ce personnage, cette créature, cette face d’un humain en désordre, inadapté, dérangé et dérangeant, où persiste une présence d’enfance. Il y a souvent chez les clowns quelque chose d’un comportement enfantin qui dans la vie serait pathologique, le fait d’une personne attardée, diminuée. Un état d’enfance qui surgit en vous et vous fait voir le monde avec des yeux étonnés. Tout est différent. Rien ne va plus de soi. Et spectateurs et spectatrices s’amusent de cette rupture, de ce danger potentiel d’enfance, de ce risque d’un comportement qui échappe à la norme.
Ainsi, il n’est pas nécessaire d’être un amuseur professionnel pour être classé parmi les «clowns en politique». On peut inclure dans cette catégorie les candidats qui placent leur stratégie et leur comportement sous le signe de la provocation, et tirent argument de leur peu d’expérience des affaires publiques. On en a aujourd’hui une illustration éclatante avec Donald Trump, qui doit apparemment son score au style tonitruant de ses interventions, mais aussi à ses mensonges sur l’immigration, les complots contre le Peuple américain ou la «déchéance» des Etats-Unis dans le monde. Le développement de cette forme particulière gagne du terrain au Sénégal. Beaucoup de nos hommes politiques, aussi bien ceux du pouvoir que de l’opposition, s’accaparent de l’espace public et versent dans la politique spectacle.
Notre espace public subit une dégradation liée à l’essor de cette catégorie d’hommes politiques qui empêchent que les véritables questions liées au développement de notre pays soient au cœur du débat public. Mais cette dégradation est liée également à l’apathie de la masse, fascinée et manipulée par les démagogues. Et, la télévision y contribue beaucoup. D’un côté, elle incite certains à se faire remarquer par des comportements provocateurs comme des invectives ou des claquements de pupitre pour exprimer la réprobation. En même temps, la retransmission des incivilités leur confère un caractère insupportable.
Au moment où le président de la République entame son deuxième mandat axé sur l’application du Pap 2, avec ses 5 grandes initiatives, ses 3 programmes et les 5 accès universels, le rire, la dérision et la moquerie doivent restés bien sagement chez les divertisseurs.
Tabouré AGNE
Agnetaboure@yahoo.fr

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