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Il y a bien des domaines où la très honnie et antipathique Marine Le Pen s’érige en modèle pour notre Macky Sall national, en ce qu’elle pose des actes nobles qu’on attendait plus chez notre président de la République que chez la présidente du désormais premier parti de France.
Qualifiée au second tour de l’élection présidentielle en France avec un score de 21,30%, derrière Emmanuel Macron qui culmine à 24,30%, Marine Le Pen n’a pas tardé à se mettre dans les habits de présidente de la République française, en se plaçant déjà au-dessus de la mêlée. Le lundi 24 avril 2017, sur France 2, elle a fait une déclaration qui a son pesant d’or : «Ce soir, je me mets en congé de la présidence du Front national. J’ai toujours considéré que le président de la République doit être le Président de tous les Français, et qu’à ce titre il doit rassembler tous les Français. C’est une conviction profonde. Ainsi, je me sentirai plus libre, mais surtout je serai au-dessus de toute considération partisane.» On est tenté d’applaudir. On se surprend même à admirer une telle posture d’une dame si décriée.
Au Sénégal, le Président Macky Sall s’arc-boute contre vents et marées à sa double casquette de chef de l’Etat et chef de parti, en dépit des recommandations des «Assises nationales» dont il avait pourtant signé la Charte de gouvernance démocratique, «avec des réserves», dit-on. Aujourd’hui, les «Assisards», bien servis avec le gâteau du pouvoir, font la politique de l’autruche devant cette sorte de parjure du Président Macky Sall. Pourtant, d’après tous les sondages faits même bien avant le premier tour, Marine Le Pen est donnée vaincue au second tour, à tous les coups, quel que fut son adversaire. On a beau être en désaccord avec la candidate du Front national à cause de son nationalisme de mauvais aloi et son offre politique faite de xénophobie, avec des slogans comme «La France aux Français» ou «La France d’abord», il faut reconnaître que sur ce point précis de l’élévation au-dessus des contingences de politique politicienne, Marine Le Pen a beaucoup séduit son monde. On peut quand même retrouver chez elle des valeurs inconnues sous nos tropiques.
D’ores et déjà, Marine Le Pen se dit partante pour un débat télévisé prévu le 3 mai prochain avec son adversaire au second tour, en l’occurrence Emmanuel Macron. Une autre leçon que Marine Le Pen a donnée au Président Macky Sall. Lors de l’élection présidentielle sénégalaise de 2012, le candidat Macky Sall s’était défilé à l’annonce d’un débat qui devrait l’opposer au candidat Abdoulaye Wade. Pourtant, à l’annonce d’un possible face-à-face entre les deux candidats qualifiés au second tour de l’élection présidentielle, beaucoup de Sénégalais avaient déjà commencé à se pourlécher les babines dans la perspective d’assister à une première dans l’histoire politique de notre pays. Fidèle à sa réputation de «télé des grands moments», la Rts, habilitée à accueillir ce débat, en tant que première chaîne publique, avait déjà commencé à mettre les petits plats dans les grands et déployer un dispositif impressionnant pour être à la hauteur de l’évènement. Pour sa part, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), déjà dans les starting-blocks, attendait sereinement d’être saisi par les mandataires des deux candidats pour régler les modalités d’organisation du débat. Encore sous l’euphorie de son bon score au premier tour, Macky Sall, très exalté, voire excité, mais surtout galvanisé à outrance par ses troupes, s’était dit prêt à un débat qui devait l’opposer à Abdoulaye Wade. Puis, coup de théâtre ! Le candidat Macky Sall déclare forfait. Couardise ou trouille ? Toujours est-il que le candidat Macky Sall avait tôt fait d’envoyer au charbon ses répondeurs automatiques pour essayer de noyer le poisson et justifier cette reculade honteuse qui ne l’honorait pas. Racine Talla, membre du staff de la communication de la coalition Macky2012, déclare à qui veut l’entendre : «Il y a une différence entre “je suis prêt” et  “je vais y aller”… Les motifs de ce refus de débattre avec Abdoulaye Wade reposent sur deux principes : premièrement, la candidature de Abdoulaye Wade n’est pas  légale. Deuxièmement, un apprenti ne doit pas débattre avec son maître en public du fait que les règles de politesse africaine l’interdisent.» (Cf. Le Pays au quotidien, n° 189, page 2). El Hadji Hamidou Kassé, responsable du pôle communication de la coalition Macky2012, pour sa part, laisse entendre : «Nous ne discutons pas avec un candidat qui a fait du forcing pour être candidat… Nous n’avons pas besoin de débattre avec le Président sortant. Parce que le faire, c’est le reconnaître. Et nous pensons que le débat est tranché.» (Cf. « L’Observateur, n° 2538, page 7). Pape Samba Kane, éditeur du quotidien Le Populaire, fulmine : «On ne débat pas avec Wade, il faut le laisser se débattre.» (Cf. Le Populaire, n° 3684, pages 1 et 5). Bref, rien que des tentatives d’explication cousues de fil blanc, servies par des lieutenants et «apprentis-sorciers» de Macky Sall, des experts dans l’art de l’esquive et de la fuite en avant, aux arguments spécieux, peu convaincants et qui justifient mal cette dérobade.
Le Président Macky Sall a reçu ce samedi 22 avril 2017 au King Fahd Palace ses alliés de Benno bokk yaakaar, une rencontre au cours de laquelle le chef de l’Etat a, entre autres, dit qu’«on ne verra jamais un seul détenu d’opinion dans ce pays. Cela n’existe pas depuis que nous sommes au pouvoir». Mais ce qu’il ignore, c’est que l’absence de détenus politiques ou de journalistes emprisonnés n’est pas le seul baromètre pour juger de la bonne santé d’une démocratie. D’autres éléments entrent en ligne de compte, comme la présence d’une opposition forte et dont les droits et libertés sont garantis et respectés par l’Etat, mais aussi l’organisation systématique de débats télévisés entre les candidats à l’élection présidentielle. A ce propos, des pays africains, de loin réputés moins démocratiques que le Sénégal, ont maintenant banalisé cet exercice. En effet, on a vu les débats radiotélévisés au Bénin entre Lionel Zinsou et Patrice Talon, tous deux alors candidats à la Présidence béninoise. Auparavant, il y a eu le débat entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire. L’intérêt du débat est d’aider tous les indécis à se faire une idée sur lequel des deux leaders politiques les inspire le plus et d’éclairer davantage la décision finale de l’électeur qui a du mal à départager les deux «finalistes».
La troisième leçon que Marine Le Pen a administrée à Macky Sall a trait à «la préférence nationale» que l’égérie du Front national a comme chevillée au corps. On peut tout reprocher à Marine Le Pen, sauf de dire qu’elle n’a pas le souci primordial de l’intérêt supérieur de ses compatriotes avant tout. Rien à voir avec le Président Macky Sall dont le patriotisme économique est sujet à caution. N’a-t-il pas laissé en rade le secteur privé national dans les compétitions pour l’adjudication de gros marchés où les entreprises nationales sénégalaises ne bénéficient d’aucun avantage comme cela se fait partout dans le monde ? Les secteurs bancaire et de l’immobilier sont trustés par les Marocains. La consolidation des intérêts français au Sénégal, avec l’octroi de grandes parts de marché aux entreprises françaises qui tiennent les rênes de l’économie sénégalaise, est scandaleuse : Total, Orange, Eiffage, Senac, Bolloré ou Necotrans sont comme en territoire conquis. Notre économie est tellement extravertie que le secteur tertiaire qui tire la croissance est exclusivement entre les mains de firmes étrangères qui rapatrient leurs bénéfices chez eux. Raison pour laquelle le taux de croissance de 6,7% dont le régime de Macky Sall se gargarise tout le temps n’est pas perceptible dans la poche de goorgoorlu ou dans le panier de la ménagère. Pendant ce temps, le Président Macky Sall s’évertue à redonner vie à une entreprise française, Alstom, agonisante et qui se préparait à un dépôt de bilan. Plus de 4 000 emplois français sauvés pour un Train express régional (Ter) qui va coûter plus de 500 milliards de F Cfa au contribuable sénégalais. Au moment où les entreprises sénégalaises mettent la clef sous le paillasson à une quantité industrielle, sans que cela n’émeuve outre mesure notre distingué chef de l’Etat.
C’est clair, Marine Le Pen ne gagnera sans doute pas l’élection présidentielle française au soir du 7 mai 2017. Les intentions de vote au second tour sont de l’ordre de 60% pour Emmanuel Macron, contre 40% pour Marine Le Pen. A l’image de son père, Jean-Marie Le Pen qui, en 2002, s’était qualifié au second tour, à la surprise générale, au nez et à la barbe de Lionel Jospin, candidat du Parti socialiste, mais qui s’est heurté à un mur après. En effet, au soir du scrutin du 5 mai 2002, les Français avaient décidé de faire barrage au candidat du Front national qui avait alors subi une raclée mémorable, car Jacques Chirac a été plébiscité avec une score à la Soviétique (82,21%) contre seulement 17,79% pour Jean-Marie Le Pen. L’histoire est en passe de se répéter pour le clan Le Pen.
Le Président Macky Sall serait maintenant bien inspiré de retenir les leçons de Marine Le Pen plutôt que s’échiner à martyriser l’opposition sénégalaise pour laquelle il n’a aucune forme de respect alors que c’est un rouage essentiel de la démocratie. Après avoir échoué à vouloir réduire l’opposition à «sa plus simple expression», le Président Macky Sall continue à nous bassiner avec un discours politique bâti sur un lexique indigent et d’une pauvreté affligeante comme lorsqu’il parle de «fanfaronnades» ou d’«ours polaires» après nous avoir longtemps rebattu les oreilles avec des «bakk» de «mbeurou lamb» du genre «(«Dinaa leen yëkëti ba ca kaw door leen ci suuf»), puis en sereer («Fagne na ngoor o roog a deb no kolum o fagnine fagne fagne ta wathiathia»)». De la hauteur ! De la hauteur !

Pape SAMB – papeaasamb@gmail.com 

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