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Après avoir offert un festival offensif en huitièmes de finale de la Coupe du monde face à l’Argentine (4-3), l’Equipe de France aborde son duel contre l’Uruguay en sachant pertinemment que le scénario sera totalement différent.

Après avoir sorti en 8es de finale l’Argentine dans le plus spectaculaire match de ce tournoi jusqu’à présent (4-3), la France se frotte de nouveau à un double champion du monde. Comme l’Albiceleste précédemment (1978 et 1986), l’Uruguay a deux étoiles sur le paletot. La Celeste a brillé à une autre époque, un autre siècle sur le monde en 1930 puis 1950. Son premier fait d’armes à domicile a coïncidé avec l’acte héroïque d’un Français longtemps passé inaperçu. C’est en Uruguay, en 1930 pour la première Coupe du monde, que l’attaquant tricolore Lucien Laurent a inscrit le premier but de l’histoire d’un Mondial face au Mexique (4-1). Une des rares statistiques qui ne sera jamais effacée. La Celeste allait ensuite rafler la mise à domicile pendant que le Conte Verde repartait pour trois semaines de navigation vers Ville­franche-sur-Mer.
Les Bleus ont souvent croisé la route de cette sélection au maillot mythique par la suite, notamment lors du triste Mondial de 2010 en Afrique du Sud. C’était le début de la fin pour les mutins de Domenech qui avaient fait match nul au Cap en ouverture de leur groupe (0-0). L’Uruguay allait atteindre les demi-finales lors de cette édition, éliminée par les Pays-Bas (3-2), et finalement quatrième. Cette Celeste rappelle aussi de bons souvenirs à Didier Des­champs. Le sélectionneur, qui honorera son 81e match sur le banc pour ce quart, a débuté son aventure tricolore comme coach face à l’Uruguay en août 2012 (0-0). Idem pour le capitaine Hugo Lloris qui fêtera sa 102e cape à Nijni Novgorod. Le gardien a commencé en Equipe de France face aux Uruguayens en novembre 2008 (0-0). Ces trois dernières confrontations, plus celle de juin 2013 à Montevideo qui a vu la défaite des Bleus (1-0), ont toujours été serrées, et pas tellement favorables aux Français. Ces matchs ont aussi été chiches en but. Le quart qui se présente sonnera-t-il aussi creux ?
L’Uruguay campe en tout cas toujours sur ses positions. La Celeste est quasiment intraitable en Russie. Depuis que les partenaires de la charnière de fer Godin-Gimenez ont posé leurs crampons sur ce Mondial, ils n’ont encaissé qu’un seul but en quatre matchs face au Portugal en 8e (2-1). Ils sont sortis de la phase de poules comme la seule défense totalement hermétique. Lors de leurs trois matchs de préparation précédents face à la République tchèque (2-0), le Pays-de-Galles (1-0) et l’Ouz­békistan (3-0), les Uru­guayens étaient aussi restés étan­ches. «Le profil de cette équipe est différent de l’Ar­gentine, prévient Didier Des­champs. Il faudra être patient mais pas que ça. Ils sont très bien organisés défensivement. Ils ont cette culture. Ils ont ça dans les gènes avec cette culture sud-américaine dans l’utilisation du corps, des bras, le don de soi, de ne jamais rien lâcher. Ils défendent tous. Ils donnent très peu d’espaces. Ce sera un grand combat.»

L’attaque française au révélateur
L’attaque tricolore va donc avoir fort à faire et Kylian Mbappé comme Olivier Giroud vont passer au révélateur. Encore plus Antoine Griezmann qui va se coltiner pendant 90 minutes –voire plus– ses potes de l’Atlético Madrid avec Gimenez et surtout Godin qui n’est autre que l’un de ses meilleurs amis, et le parrain de sa fille Mia. Mais les sentiments doivent rester aux vestiaires de Nijni Novgorod, sans doute l’une des villes les moins attrayantes de ce Mondial. Didier Des­champs a pris toutes ces statistiques en compte. Pour dynamiter le verrou sud-américain, le sélectionneur hésitait encore ces dernières heures sur l’identité du remplaçant de Blaise Matuidi, suspendu, dans le système en 4-2-3-1 qui a fait ses preuves face à l’Argentine, surtout offensivement. L’idée repose plus dans l’animation que dans le dispositif. D’où la cote à la hausse de Nabil Fekir ces dernières heures, dans un registre plus ambitieux, à gauche. Avec Kylian Mbappé à droite, plus Antoine Griezmann derrière Olivier Giroud, la France n’aurait jamais affiché autant de panache sur le papier depuis le début de ce Mondial. L’idée d’un retour de Thomas Lemar, décevant comme beaucoup face au Danemark (0-0), est médiane.
Mais connaissant Didier Deschamps, son légendaire pragmatisme surtout dans un match à élimination directe, l’idée d’une titularisation de Corentin Tolisso flotterait plus dans l’air. DD a toujours eu un penchant pour le joueur du Bayern Munich qui lui correspond plus dans le style et l’état d’esprit de battant. Ce quart de finale se jouera peut-être plus à la «grinta» qu’au talent, dans un combat plus défensif qu’un feu d’artifice offensif comme face à l’Albiceleste. Cette idée peut être renforcée par la probable absence de Edinson Cavani (touché au mollet gauche) dans l’équipe de départ de Oscar Tabarez. Le doyen des sélectionneurs de ce Mondial (71 ans), à la grande expérience, va probablement ménager le Parisien d’entrée. L’absence du meilleur buteur uruguayen (3 buts) depuis le début du Mondial –mais également meilleur buteur des éliminatoires Amsud avec dix réalisations– pourrait recroqueviller la Celeste. «Mais nous nous préparons comme s’il était là, temporise DD. On avance comme ça. De toute façon, on ne saura la vérité qu’à une heure et demie du coup d’envoi. Et son remplaçant éventuel, Christian Stuani, est aussi un très bon joueur. Mais il est bien évident que l’Uruguay avec ou sans Cavani n’est pas pareille. Vu qu’il joue en France, on connaît encore mieux son potentiel. Il a des qualités au-dessus. Mais je vais quand même conditionner mon équipe à toutes les possibilités.»

Cavani, l’hypothèse du coup de bluff
Si l’énigme flotte encore sur Cavani, que certains (dont nous faisons partie) pensent toujours à un coup de bluff jusqu’au dernier moment, son remplaçant se tient donc prêt avec Christian Stuani (31 ans). L’attaquant de Gerone en Liga n’a pas les statistiques du Matador mais il sort quand même de sa meilleure saison en Espagne avec 21 buts dont dix de la tête (le meilleur dans ce registre parmi le Big 5 européen). La charnière tricolore Varane-Umtiti le connaît bien comme elle connait parfaitement Luis Suarez. Après Lionel Messi, «Big Sam» va se coltiner un autre partenaire du Fc Bar­celone. Ce sera également une des clés de cette rencontre surtout si Cavani fait banquette. Suarez (31 ans) reste le plus grand buteur uruguayen (53 buts). Il sait mordre à tout moment. Et pas seulement les oreilles.
Ff

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